Depuis le début de la crise du COVID-19, les circuits courts alimentaires ont été extrêmement sollicités, mettant en évidence leur force mais aussi leur vulnérabilité. Plusieurs acteurs en Provence-Alpes-Côte d’Azur partagent leurs retours d’expérience et l’impact de cette période sur leurs activités : Comment ils se sont adaptés, les difficultés auxquelles ils ont dû faire face et comment ils envisagent aujourd’hui de poursuivre ou de réinventer leur activité. Ces témoignages permettent de dégager des pistes de réflexion pour consolider encore davantage ces circuits et construire un système alimentaire plus résilient.


Agathe LAURE, professionnelle spécialisée sur les questions de transition alimentaire et agricole, co-anime le collectif ALiMENT (Association libre pour un manger équitable, naturel et territorial) qui regroupe des acteurs de terrain pour apporter leur expertise dans le développement du Projet Alimentaire Territorial (PAT) de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du Pays d'Arles.




Face à une demande exponentielle pour les produits frais, sains et locaux, les producteurs et distributeurs interrogés ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation pendant le confinement


Une explosion de la demande de la part de consommateurs habitués des circuits-courts et de nombreux nouveaux clients


Déstabilisés par le bouleversement des circuits courts alimentaires suite au confinement (fermeture des débouchés habituels : restauration collective, restauration hors domicile, hôtellerie, etc.) et contraints par les restrictions sanitaires, les acteurs interrogés ont dû faire face dans l’urgence à une demande très forte de la part des consommateurs. L’épicerie Terre de Potage, à Pierrefeu-du-Var (83), spécialisée dans les produits bio, locaux et le vrac, a ainsi enregistré pendant le confinement des ventes exceptionnelles, en très forte progression par rapport à l’avant confinement.


En plus de nos clients habituels, explique Alexandra, en charge de l’épicerie Terre de Potage, nous avons eu énormément de nouveaux clients, qui voulaient soutenir les producteurs, manger plus sainement ou éviter les supermarchés.

L’épicerie paysanne ADELE (Association de Distribution Equitable, Locale et Ecoresponsable) à Marseille, a également connu une forte demande, bien supérieure à la normale de l’année précédente, avec de nombreux nouveaux clients.

De même, Marion du Réseau des magasins de producteurs en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Réseau TRAME) témoigne de l’augmentation globale de la demande dans les magasins du réseau qui ont malgré les contraintes sanitaires, maintenu leurs activités et ont vu leur chiffre d’affaire augmenter fortement. Pendant le confinement, si certains magasins ont observé une baisse de fréquentation, ils ont bénéficié d’une augmentation notable du volume moyen des achats, qui ont doublé en moyenne. Cependant elle note que cette hausse a concerné majoritairement les magasins en centre ville. Ceux qui dépendent davantage du tourisme local ont eux connu une baisse importante de leur activité et des difficultés économiques notables.


Du côté des Paniers Marseillais (PAMA), association regroupant des associations de quartier à Marseille fonctionnant sur le principe des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), l’augmentation de la demande s’est aussi fait sentir. Pendant le confinement, les adhérents étant déjà abonnés à des paniers hebdomadaires ont pu bénéficier de leurs paniers de fruits et légumes habituels. Mais leur intérêt pour les produits frais hors maraichage (viande, fromage) et les produits d’épicerie a également beaucoup augmenté. Les Paniers Marseillais ont également connu un intérêt grandissant de la part de nouvelles familles, à raison de 500 familles supplémentaires en deux mois, croissance incomparable par rapport aux années précédentes, après une demande en stagnation depuis quelques années. Pour répondre à cette demande soudaine, les Paniers ont vendu des paniers ponctuels et ont généralisé les paniers découvertes mensuels. Le système de parrainage, qui était également peu utilisé, a bien fonctionné pendant cette période.


Même si une dynamique ascendante était observée en début d’année, la courbe a été exponentielle pendant le confinement

explique Agnès, animatrice des Paniers Marseillais.



Les nouvelles formes de distribution et initiatives mises en place dans l’urgence pour répondre à la forte demande ont rencontré un grand succès


Les structures interrogées ont été extrêmement réactives face à cette nouvelle demande et ont reconfiguré certains de leurs circuits de distribution. Ainsi, dès la fermeture des marchés, les paysans du marché de la Gavotte (13), marché soutenu par l’ADEAR 13 (Association pour le développement de l’emploi agricole et rural) des Bouches-du-Rhône, se sont ainsi montés en collectif pour proposer un point de retrait aux clients du marché et aux autres clients potentiels. Face au succès de ce format, l’ADEAR, l’a proposé aux sept marchés paysans qu’elle accompagne dans le département. Trois points drive ont ainsi été mis en place, regroupant des paysans de tout le département et des départements limitrophes (Var, Gard, Vaucluse, Alpes de Haute Provence et Hautes Alpes).


Les drives ont dans l’ensemble très bien marché, explique Anne de l’ADEAR 13, avec entre 150 à 250 commandes par marché par semaine. Certains paysans ont même fait de meilleurs chiffres d’affaires que lors des marchés

Photo @Du marché au palier