Cette période sera la dernière du confinement avant le redémarrage progressif après le 11 mai des activités sociales et économiques. C’est l’occasion de tirer un bilan partiel, “à chaud”, des processus alimentaires observés durant la période du confinement, bilan appelé à se poursuivre et décanter dans la durée. Nous observons quelques éléments nouveaux mais surtout des faits progressivement stabilisés qui marquent la période de confinement.


Durant cette dernière période du confinement, quelques éléments de situation ont trouvé une place renforcée dans les témoignages reçus et la presse :


- L’enjeu de la main-d’œuvre en agriculture soulève des inquiétudes : les saisonniers étrangers manquent cette année faute de pouvoir passer les frontières, leur absence se répercute sur la disponibilité ou le prix de certains produits (asperges, fraises par exemple) ; les producteurs en circuits courts ont dû consacrer du temps à la réorganisation de la distribution de leurs produits, notamment avec davantage de livraisons, avec un impact sur l’organisation générale de leur travail (surtravail, semaines très chargées et épuisement progressif, tâches productives en partie sacrifiées ou moins bien menées…).


- La période se caractérise aussi par la poursuite et le renforcement de la mobilisation institutionnelle autour de l’organisation de la vente directe du producteur au consommateur, pour répondre aux nécessités du moment mais aussi pour envisager l'après confinement.


- Dans ce domaine des circuits courts et/ou de proximité s’est installé un relatif jeu de concurrence entre systèmes de paniers organisés par les producteurs et paniers de produits locaux/bio avec des intermédiaires spécialisés capables d’être commercialement “plus agressifs”.


- La réouverture des marchés avec gestes barrière a été vécue de manière mitigée de la part des vendeurs et des clients (pas de convivialité, vendeurs débordés, beaucoup d’attente, doutes sur l’adoption très variable des gestes barrière)

Les personnes qui témoignent à travers l’enquête commencent à envisager l’après-crise. En particulier, l’avenir des innovations expérimentées pour distribuer les produits agricoles et alimentaires, livraisons à domicile en particulier, se pose.

L’augmentation des prix des produits alimentaires observée, d’après les témoignages reçus, dans les supermarchés et chez des primeurs inquiète et déclenche des réactions parfois indignées (de producteurs ou de consommateurs). Objectiver cette évolution générale des prix alimentaires durant la période de confinement reste cependant un travail de moyen terme à mener.

Au fil des semaines, certains éléments d’observation se révèlent stables et constituent des marqueurs nets du fait alimentaire au cours de cette période de confinement.

Le temps retrouvé, notamment pour la transformation domestique, constitue un marqueur important de cette période de confinement. Faire à la maison, “faire son pain” en particulier, aura constitué un fait social qui n’a cessé de se renforcer durant le confinement, avec pour conséquence une pénurie relative de farine dans les rayons des commerces alimentaires. Le fait est surprenant compte-tenu du maintien de l’ouverture des boulangeries et des grandes surfaces, et ne peut sans doute se réduire à l’objectif de limitation des interactions sociales lors des achats : le confinement a probablement déclenché des dynamiques de réidentification autour de gestes et de produits fortement porteurs d’une symbolique de lien culturel et social d'abord, de reprise en main de sa propre sécurité alimentaire ensuite, de plaisir de la table enfin, dont le pain frais et la pâtisserie sont des emblèmes.

L’autoproduction de l’alimentation par les consommateurs eux-mêmes se renforce comme un phénomène social marquant de cette période du confinement, avec en outre durant cette dernière période l’émergence d’une dimension professionnelle, des envies de s’installer agriculteur.

Le renforcement des systèmes de commandes en circuits courts s’est également confirmé, tant à travers des dispositifs formels qu’informels (regroupement de voisins pour commander, appels entre producteurs et leurs clients habituels du marché pour livraisons…). Cette dynamique a suscité l’enrôlement de nouveaux consommateurs qui ont découvert ce mode de consommation. La stabilité dans le temps de ces nouvelles pratiques reste une question ouverte. Les initiatives qui ont été très sollicitées réfléchissent à l’essaimage.

Plus largement, les gestes d’entraide et de solidarité entre voisins autour de l’alimentation auront constitué un autre fait social marquant du confinement, avec différentes échelles d’organisation du palier au quartier, et avec des collectifs préexistants ou émergents sur le moment. Dans le domaine social, les demandes adressées aux dispositifs de l’aide alimentaire ont également explosé durant le confinement, témoignant d’une mise en difficulté massive de populations qui parvenaient jusque là tant bien que mal à se nourrir sans aide extérieure. Cette explosion des demandes adressées à l’aide alimentaire révèle durement l’existence d’une frange significative de populations échappant jusque là de peu, au quotidien, à la grande précarité économique, dans laquelle la crise les a précipitées. Ce bilan structurel constitue nécessairement une composante majeure des réflexions politiques à présent et pour l’après-crise.

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Présentation du Bulletin n°4 | Article suivant : Un fonctionnement alimentaire de croisière avant le déconfinement

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