Au cours de la période, nos contributeurs déclarent poursuivre les pratiques qu’ils ont mises en place en matière de préparation des repas. Deux enquêtes quantitatives viennent éclairer nos observations

Les contributeurs à l'enquête s’inscrivent dans la prolongation de ce qu’ils ont mis en place dans les semaines qui précèdent.


Nous relevons cependant des mentions plus fréquentes sur les limites monétaires, peut-être parce que les économies ont été entamées. Les possibilités d'approvisionnement conditionnent les pratiques culinaires : “ j'essaie de ne pas changer ces habitudes, mais la relative pénurie alimentaire m'oblige à acheter des produits plus chers et pas forcément de meilleur qualité; étant au RSA, cela me pose quelques problèmes” (acteur associatif dans les Pays de la Loire 72600, 1er mai) ; “je n'ai pas les moyens de me payer la nourriture cuisinée des supermarchés bio, j'ai donc dû me rabattre sur les supermarchés classiques et la qualité de mon alimentation s'en est ressentie.” (consommateur en Occitanie, 1er mai).


La reconfiguration des dépenses alimentaires peut se faire de façon plus sereine, comme le décrit cet habitant de Rhône Alpes le 29 avril : “ Une voisine a contacté un vendeur de fruits et légumes afin qu'il vienne vendre dans notre copropriété, nous lui avons donc réservé quelques places de parking et il vient tous les Vendredi pendant 1h30. C'est très pratique pour grand nombre d'entre nous qui devait se rendre au supermarché faire 2h de queue. Certains voisins le trouvent cher mais à bien y réfléchir, étant donné que je cuisine tout, que rien n'est gaspillé et que je n'achète aucun produits alimentaires au supermarché (à part farine ,lentilles et pâtes), je m'y retrouve”. Les limites ne sont pas seulement monétaires puisque la crise interdit certaines habitudes : “notre assiette a peu évolué depuis le début du confinement : végétarienne, locale et bio. Notre dose mensuelle de viande était au restaurant. On n’a donc plus cette option.” (habitant de Centre-Val-de-Loire, 1er mai). Le régime alimentaire est aussi le fruit du climat d’inquiétude : “J'essaie de boire "moins et mieux" d'alcool - en principe uniquement le soir en week-end, mais les allocutions présidentielles cassent les bonnes résolutions : la situation est angoissante même si ce n'est pas le cas de mon quotidien”. (consommatrice normande le 3 mai).


A l’inverse certaines personnes renouvellent leurs plaisirs gastronomiquesdepuis quelques jours les restaurateurs proposent des plats à emporter. Nous en profitons, en soutien à ces professionnels engagés dans une gastronomie de qualité ; et pour la joie de se faire ce plaisir, de renouer avec une forme de convivialité faute de sociabilité” (consommatrice en Bretagne, 1er mai). La vente à emporter, pis-aller pour les restaurateurs afin de garder le contact avec leurs clients et plaisir pour les mangeurs, se répand : ainsi, dans une commune d’Ille et VIlaine, c’est une quinzaine de jours avant le déconfinement que tous les restaurants ont progressivement suivi le restaurant gastronomique qui l’a proposé. La crise va même jusqu’à susciter des vocations : “avec mes parents et ma petite soeur on a pris une sacré bonne habitude de cuisine, puisqu'on ne perd pas de temps dans les transports on en gagne pour cuisiner, se reposer, faire du sport, même rien glander pendant des heures sans culpabiliser, bref vivre. [...] Personnellement ça m'a donné de l'espoir, j'ai envie de devenir agricultrice depuis un certain temps mais il y a des sujets que je n'arrivais pas à aborder avec mes parents” (étudiante en Pays de la Loire, 5 mai).


Notre enquête qualitative ne permet pas une caractérisation fine des répondants, hors analyse des contributions que nous lançons. Nous constatons tout de même que peu de réponses évoquent directement les limites liées aux revenus. Deux enquêtes viennent utilement éclairer nos constats. Le journal Le Monde a réalisé une exploitation des recherches sur Google, dont quelques résultats sont décrits dans l’article “Masques, insomnie, farine ou jogging… Ce que nos recherches Google disent du confinement” publié le 9 mai. Il relève que “mis à part les masques, peu de questions semblent avoir autant passionné les Français durant le confinement que celles liées au pain et à la farine. Malgré l’autorisation d’ouverture accordée aux boulangeries et pâtisseries, les recherches sur les manières de faire son pain – dont le pain cocotte, recette d’ordinaire très marginale – ont explosé durant ces deux mois. Sur YouTube, entre mi-mars et mi-avril, le visionnage des vidéos de cuisine sur le pain a augmenté de 800 %.” Les nombreux retours que nous avons reçus sur l’autoproduction sont aussi confirmés : “l’intérêt pour les « poules pondeuses » a été multiplié par quatre depuis le début du confinement [...] le confinement a marqué une très nette augmentation du nombre de personnes qui souhaitent faire pousser leurs propres légumes – ce que l’on ne constate pas pour les fleurs”.


Darwin Nutrition a réalisé pour l’IFOP une enquête auprès d’un échantillon de 3045 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, sur le thème “ Quel est l’impact du confinement sur le poids et les habitudes alimentaires des Français ?”. Nous l’avons examiné avec attention, notamment pour apprécier le biais de représentativité de notre échantillon de répondants. L’image “lissée” de nos contributions est interrogée par le fait qu’environ 40% des mangeurs confinés se sont, selon le sondage de l’IFOP, disputés au sujet de l’alimentation, et même la moitié dans les catégories populaires. Le principal sujet de dispute est la répartition de la charge liée aux repas, en défaveur des femmes. A la question “ à partir du 11 mai, envisagez-vous personnellement… ? De manger plus sain/équilibré mais sans faire de régime au sens strict” 56 % des sondés répondent positivement (51% pour les hommes, 60% pour les femmes), et ce sont surtout les professions intermédiaires et les diplômés niveau bac qui sont les plus affirmatifs.


Les deux tableaux suivants, que nous empruntons à cette enquête confirme une affectation de temps “libéré” à la préparation maison, ainsi qu’un mouvement vers des aliments locaux, d’origine garantie et équilibrés.


Figure 1 : évolution de pratiques alimentaires (source étude Darwin Nutrition, IFOP, 2 mai 2020)


Comme nos répondants l’ont signalé, les Français prétendent à de bonnes résolutions sur l'équilibre de leur alimentation, les impacts environnementaux et le temps consacré aux repas.


Figure 2 : évolution de pratiques alimentaires (source étude Darwin Nutrition, IFOP, 2 mai 2020)


Ces bonnes résolutions seront-elles mises en application ? Cette question s'inscrira au cœur de nos préoccupations dans les semaines qui viennent.


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Présentation du Bulletin n°4


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