top of page
Taper sur un ordinateur

    Rechercher 

 Retrouvez tous nos articles, évènements...
 

254 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Les restaurateurs entre casse-tête administratif et élans de solidarité

    Comment éviter de faire de la crise sanitaire une crise systémique pour les restaurateurs et leurs partenaires ? Virginie Brégeon, enseignant-chercheur en sociologie et marketing culinaire, présente ici son analyse de la situation pour les restaurateurs, souvent partenaires et porte-paroles de leurs producteurs. Virginie Brégeon de Saint-Quentin est enseignant-chercheur en sociologie et marketing culinaire (Ferrandi Paris, Institut D.), ses travaux portent sur la restauration durable, les nouveaux comportements de consommateurs, et le tourisme responsable. Par ailleurs, elle connait de près le secteur de la restauration, évoluant dans une famille de restaurateurs, entreprenant elle-même dans la restauration et accompagnant de nombreux chefs et producteurs depuis une dizaine d’années. Ses travaux sont accessibles ici : www.histoiresdegouts-demain.com Alors que le monde agro-alimentaire est en ébullition, que certains marchés ont ré-ouvert, que les producteurs se mettent en ordre de bataille, les restaurateurs sont inquiets, très inquiets. Non seulement parce qu’ils ont été les premiers à fermer (4 heures après une annonce surprise) mais aussi parce qu’ils seront les derniers à rouvrir, et qu’avant que leurs clients ne reprennent leurs habitudes de consommation il va falloir attendre plusieurs mois, voir plusieurs années. Aides et démarches administratives Les solutions financières proposées par le gouvernement ont le mérite d’exister (consulter l’article du 7 avril 2020 dans « l’Hôtellerie Restauration ») : chômage partiel, prêt de trésorerie garantis par l’État (BPI France), aide exceptionnelle de 1500€ aux entrepreneurs indépendants et chefs d’entreprise (les régions peuvent abonder jusqu’à 2000€), report d’échéance de paiement des impôts et cotisations sociales, possibilité de report des loyers et factures. Le chômage partiel est mis en place assez facilement, les prêts eux sont soumis à condition. Les entreprises doivent montrer patte blanche. Ces prêts sont néanmoins indispensables à nombre d’entre eux afin de payer leurs fournisseurs et les charges fixes. Quand aux pertes d’exploitation, elles ne sont pas prises en charge par les assurances, car le « cas de force majeur » n’est pas établi par le gouvernement. La profession s’est mobilisée et fait circuler très activement une pétition en ligne (« Sauvons nos restaurants et producteurs ! » initiée par Stéphane Jégo). Une fois les démarches administratives réalisées, ils réfléchissent à ce qu’il vont faire de tout ce temps… incertain (denrée rare dans la profession !). • Certains se mobilisent pour les soignants. Ils cuisinent des plats chaque jour, livrés souvent directement à l’hôpital ; achats de matières première financés par une cagnotte participative (Florent Layden, Boeschepe ; d’Ici de Là, Dinan ; David Gallienne, Le jardin des Pumes) ; Belles Gamelles, collectif toulousain ; #leschefsaveclessoignants, initié par Guillaume Gomez, Elysée) • D’autres proposent des plats et boissons à emporter ou en livraison, souvent cuisinés par le seul patron, non salarié, qui à la fois doit gagner sa vie et souhaite se sentir utile en maintenant du lien social (Bercail, Rennes ; La Cale de Mordreuc, Pleudihen sur Rance) « Le Restaurant La Belle Epoque (gastronomie) propose son service traiteur, sur commande par téléphone. » • Beaucoup sont solidaires de leurs partenaires producteurs. Ils communiquent auprès de leur communauté afin de les inviter à acheter des produits paysans et locaux. Ils proposent leur cuisine laboratoire afin de transformer et conserver les produits saisonniers haut de gamme, habituellement achetés par les restaurateurs ; agneau, fraises, asperges, produits de la mer en premier (LeCoq-Gadby), ou leur salle de restaurant et parking pour accueillir la vente de producteurs. Ils peuvent même aller les aider aux champs ; l’occasion de se rendre utile, et de mieux connaitre ses partenaires (Mes producteurs mes Cuisiniers). « 13 producteurs livrent plusieurs fois par semaine des commandes aux habitants du quartier dans des restaurants mis à disposition par les restaurateurs » Cagnotte en ligne et solidarité économique « En zone rurale, les producteurs combinent les circuits de commercialisation : ferme, marchés, PVC, dépôt-vente, magasins, restaurants… » Voyant le confinement se prolonger, le chiffre d’affaires de la saison estivale sur la sellette, les restaurateurs commencent à se demander s’ils survivront, tout simplement. Sensibilisés à leurs difficultés, leurs partenaires et clients fidèles se mobilisent. Plusieurs initiatives ont vu le jour récemment : • J’aime Mon Bistrot (plateforme, abonnement de 50% du bon d’achat pour les 10000 premières contributions, dans la limite de 100€ par client) • #Sauvetonresto (plateforme du Pot Commun, 1€ reversé aux hôpitaux par commande) • Aidons nos restaurants (campagne solidaire de la Fourchette et de Trip Advisor, bons pré-payés en ligne) • La Grande bouffe (initiative Lilloise pour préparer la première sortie au restaurant post confinement, qui sera dupliquée sur les territoires ?) • Cagnottes solidaires, Kengo (3% de frais de fonctionnement contre 10% habituellement, pas de seuil imposé pour récupérer les dons sur cette plateforme de financement participatif breton) Par ailleurs, les grands limonadiers ont mis en place l'initiative « bars solidaires » (abondement de la même valeur du bon d’achat en produits des partenaires). Difficile pour les producteurs locaux et produits artisanaux de s’en inspirer car les volumes et taux de marge sont incomparables. Mais si cette contribution aide leurs revendeurs à tenir le choc, tout le monde s’y retrouvera. Reste à s'occuper à la maison • Des chefs proposent des recettes et tutoriels culinaires sur internet. Souvent des recettes plus simples, avec moins d’ingrédients et moins d’esbroufe qu’à l’habitude. Il s’agit de proposer un vrai service pour leur communauté qui en profite pour ré-apprendre à cuisiner. Les astuces anti-gaspi, les produits alternatifs sont plébiscités (Des pingouins dans ma cuisine, Finistère ; Didier Méril et sa fille, Dinard) • Les plus médiatisés d’entre eux répondent à des interview TV, enregistrent des podcasts et vidéos racontant leur confinement (Guy Martin, dans le podcast « Minute Papillon ») • Un glissement de langage s’observe depuis quelques jours vers le « monde d’après », avec des prises de parole sur les questions de re-localisation et de résilience alimentaire. Mathieu Guibert invite à « plus d’humilité », la série d’articles « panser demain » sur Atabula ou le podcast d’Olivier Roellinger (« Notre art-de-vivre va être totalement bouleversé »). Se préparer à la ré-ouverture Les restaurants vont ré-ouvrir, un jour, mais dans/sous quelles conditions ? Dans l’attente, tous tentent de construire des débuts de réponse, en observant ce qu’il se passe à l’étranger (en Chine, en Autriche). • Conditions sanitaires : quelles seront les nouvelles réglementations sanitaires (jauge, espacement entre les convives, port du masque, de gants, etc.) ? Comment rassurer leurs salariés sur l’efficacité de la mise en place de gestes barrières ? Comment les former à ces gestes barrière ? A ce titre, nombreux sont ceux qui observent les ré-ouvertures en Chine, qui se font au compte goutte (témoignage de Paul Pairet). • Attractivité et rentabilité : Comment rentabiliser leur établissement et leur masse salariale s’ils doivent accueillir 50% de leur jauge habituelle, distanciation oblige - certains envisagent d’ouvrir 7/7 et de proposer des moments de consommation supplémentaires (l’heure du thé par exemple) ? Comment donner envie de faire la fête, de se retrouver au restaurant si le port du masque (à caractère anxiogène mais nécessaire) et des gants est obligatoire ? • Changement des habitudes de consommation : la clientèle aura-t-elle pris (encore plus) l’habitude de se faire livrer et de profiter de bons repas à la maison, en comité réduit ? Ou, au contraire, sera-t-elle sensibilisée à la difficulté du métier de restaurateur et à la valeur de leur travail ? Sera-t-elle encore plus sensible à l’origine des produits et aux conditions de fabrication (transparence ?) - ce qui serait une bonne nouvelle pour le développement de l’agriculture locale. « Nous avons l'habitude d'aller régulièrement au restaurant, ce qui est évidemment impossible. Nous compensons ce plaisir par un approvisionnement en produits de qualité et bio » Se projeter : affiner sa stratégie commerciale, développer ses compétences Selon de nombreuses observations et témoignages de notre cercle professionnel, chefs et restaurateurs tentent de mettre à profit le temps qui leur est imposé pour préparer l’avenir, autant que possible. • Faire des travaux, du bricolage, passer un coup de peinture fraîche, cultiver son potager ; • Revoir sa carte (son offre de plats et de boissons), en réfléchissant à une mise en avant supplémentaire de leur engagement écologique le cas échéant ; • Refondre son site internet et mettre à jour ses réseaux sociaux ; • Re-penser sa stratégie commerciale (newsletters, plaquettes, etc.) ; • Développer des alternatives hivernales aux activités saisonnières (les mariages sont déplacés - les traiteurs concernés seront fortement impactés -, les séminaires d’entreprise reportés) • Se former. On observe plusieurs initiatives de formations et supports en ligne gratuits, en particulier par les partenaires traditionnels des restaurateurs, eux aussi frappés par la crise (La frégate, Betterfly tourism, Histoire(s) de Goûts). Entre la gestion administrative et financière de leur établissement, les actions de solidarités avec les soignants et les producteurs, le partage de leur savoir-faire, le développement de leur stratégie commerciale et l’angoisse face à l’avenir, les restaurateurs ne chôment pas. Comme pour beaucoup de professions, les durées de la crise sanitaire et du confinement seront décisives pour la suite. Sources Articles généralistes alimentation https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/coronavirus-comment-la-france-arrive-a-se-nourrir-1193077 Articles restauration NB : l’Hôtellerie Restauration met tout son contenu en partage gratuit en ligne pendant la crise du Coronavirus https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/salon-concours-syndicat-association/2020-03/coronavirus-l-essentiel-a-savoir-7-avril.htm > Solidarité économique Payez maintenant, consommez après : https://www.lci.fr/emploi/payez-maintenant-consommez-apres-le-confinement-ces-initiatives-pour-aider-restos-et-bars-2150446.html • J’aime mon Bistrot : https://www.jaimemonbistrot.fr • Sauve ton resto : https://hemblem.cityvent.com • « Aidons nos restaurants » : https://www.theforkmanager.com/fr-fr/blog/evenements/aidons-nos-restaurants-faq • Bars solidaires : barsolidaire.fr (article dans process alimentaire : https://www.processalimentaire.com/vie-des-iaa/covid-19-ab-inbev-lance-une-initiative-solidaire-pour-soutenir-la-tresorerie-des-bars-et-restaurants?sso=1586355636) • La Grande Bouffe, Initiatives locales (Lille) : https://www.lagrandebouffe.club Solidarité avec les producteurs Vente de légumes bio, solidarité restaurateur producteur soignants : https://www.lavoixdunord.fr/729329/article/2020-03-20/boeschepe-le-restaurateur-florent-ladeyn-organise-la-vente-de-legumes-bios Mes producteurs mes cuisiniers x Maîtres Cuisiniers : https://entraide.mp-mc.com Solidarité avec les soignants https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/regaler-pour-reconforter-les-chefs-et-traiteurs-au-chevet-des-soignants-fbcb4158702c2fb907c1e06ce90dfa7a Christian Têtedoie ; https://positivr.fr/prive-de-ses-restaurants-a-cause-du-confinement-ce-chef-etoile-decide-de-cuisiner-dans-un-hopital/ David Galienne, (Top Chef), Jardin des Plumes : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/candidat-de-top-chef-david-gallienne-cuisine-pour-les-soignants-08-04-2020-8296023.php Florent Ladeyn, Aubert du Vermont : https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/coronavirus-repas-offerts-aide-materielle-dons-autour-du-personnel-du-chu-lille-solidarite-s-organise-1803518.html Les chefs avec les soignants, initié par Guillaume Gomez, chef de l’Elysée : https://www.aphp.fr/contenu/les-chefs-avec-les-soignants-leschefsaveclessoignants https://tiptoque.typeform.com/to/gdtCrJ Belles Gamelles, Toulouse : https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/coronavirus-belles-gamelles-lance-campagne-financement-participative-aides-soignants-1812984.html https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/coronavirus-repas-offerts-aide-materielle-dons-autour-du-personnel-du-chu-lille-solidarite-s-organise-1803518.html Recettes de cuisine et journal de confinement de chefs Des pingouins dans ma cuisine, Finistère : https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/restauration/2020-03/coronavirus-des-chefs-bretons-reinventent-leur-activite.htm Guy Martin : https://www.20minutes.fr/podcast/2752047-20200401-podcast-coronavirus-guy-martin-chef-etoile-parle-cuisine-moral-recette-gateau-chocolat Didier Méril : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/video-coronavirus-dinard-le-chef-didier-meril-et-sa-fille-partagent-leurs-recettes-de-cuisine-6788344 Alimentation durable Mathieu Guibert , plus d’humilité pour les chefs étoilés : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-le-chef-etoile-de-la-plaine-sur-mer-enclin-l-humilite-6802985?fbclid=IwAR2lXkP_m8n-DgniCJZqgzSCqDzt_lxYeKhVrbwew-eXaG0qFzBf6MC7glg « La nature nous ferait-elle paye nos erreurs » Michel Sarran : https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/restauration/2020-04/michel-sarran-la-nature-nous-ferait-elle-payer-nos-erreurs.htm?fbclid=IwAR1VVpy4K2Rj0sGKUDOrqUzlKkfWKP5999mBM1DjQrIbCcCL57IoxSNFRtE « Panser demain » https://www.atabula.com/2020/04/08/panser-demain-2-nicolas-imbert-directeur-executif-de-green-cross-france-plus-aucune-marque-ne-pourra-commercialiser-des-produits-sous-son-nom-sans-prendre-des-engagements-assez-clairs/ « Notre art de vivre va être totalement bouleversé », Olivier Roellinger, Atabula : https://www.atabula.com/2020/04/02/allo-confinee-avec-olivier-roellinger-notre-art-de-vivre-va-etre-totalement-bouleverse-profitons-en-pour-changer-dans-le-bon-sens/ > Une ré-ouverture sous/dans quelles conditions ? https://www.ladepeche.fr/2020/04/08/les-restaurateurs-se-debrouillent-comme-ils-peuvent,8837515.php Paul Pairet, l’exemple de la Chine : https://www.voici.fr/news-people/actu-people/top-chef-11-comment-paul-pairet-fait-face-au-coronavirus-dans-ses-restaurants-676601 > Vente à emporter Mc Donald’s rouvre certains de ses établissement en Drive : https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/mcdonald-s-rouvre-restaurants-ile-france-catastrophe-sanitaire-se-prepare-1813110.html?fbclid=IwAR3pOIGWWpJgCdJJfFaA1KEDGTdnCpk2GehbUi5cN2_bQUubAFVir_K6QEU La vente à emporter ne fait guère recette : https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/23/restaurants-la-vente-a-emporter-encore-autorisee-ne-fait-guere-recette_6034051_3234.html Les salaires des activités en Drive (vente à emporter) non concernés par le chômage partiel : https://www.lavoixdunord.fr/729300/article/2020-03-20/coronavirus-la-colere-de-patrons-de-restauration-rapide-prives-de-chomage Chômage partiel et vente à emporter : https://www.snacking.fr/actualites/tendances/4673-Chomage-partiel-attention-danger-La-restauration-rapide-pourrait-etre-exclue-du-dispositif/ > Formations en ligne https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/sauver-les-start-up-episode-2-jeunes-pousses-dans-la-crise-1192961 Frégate : https://app.livestorm.co/la-fregate/covid-19-and-restaurant-comment-anticiper-et-gerer-la-communication-de-sortie-de-crise Betterfly tourism : betterfly tourism Histoires de Goûts : https://www.histoiresdegouts-demain.com/page-d-articles/carnet-de-tendances-culinaires-2020-1

  • Retour sur le projet MAGPRO - Clés de réussites et impacts territoriaux des magasins de producteurs

    La revue Innovations Agronomiques de l'INRAE publie dans son dernier numéro un retour sur le projet MAGPRO (Clés de réussites et impacts territoriaux des magasins de producteurs) : Vendre ses produits en direct et en collectif dans un magasin de producteurs : adopter un projet collectif correspondant aux fermes, adapter les fermes au projet. Rouher L.*, Jaouen A.**, Jaeck M.**, Joly C.**, Kessari M.*** * AFIPAR ** Montpellier Business School *** MOISA, CIHEAM-IAMM, CIRAD, INRAE, Montpellier SupAgro, Univ Montpellier Résumé : Les magasins de producteurs sont en plein essor depuis le début des années 2000. Chacun est la combinaison singulière de plusieurs fermes membres de ce collectif de vente, porté par des personnes aux motivations et parcours variés, par des fermes aux structures, ressources et besoins différents. Les 17 partenaires du projet MAGPRO « clés de réussite et impacts territoriaux des magasins de producteurs » ont souhaité produire avec les producteurs, des outils et repères pour l’accompagnement de projets viables économiquement et humainement, intégrés à leur territoire. Cet article apporte des éléments de réponse sur ce que peut impliquer l’intégration d’une exploitation dans un magasin de producteurs à la fois pour le collectif et pour l’exploitation. Il montre des ajustements multiples, depuis l’émergence du groupe à la gestion courante de la structure collective de vente, entre le magasin et les fermes qui portent le projet : à la création d’un magasin, les producteurs qui s’associent ont des parcours individuels variés, le magasin a une place prépondérante parmi leurs circuits de commercialisation mais pour des motifs divers. Le groupe devra composer avec cette diversité. A l’heure des choix structurants, comme celui d’un rayon traditionnel viande, découpant les carcasses produites par ses membres, ce sont à la fois les dimensions relatives au projet collectif (ambition commerciale, investissements, composition de l’équipe salariée) et celles concernant chaque ferme (capacité d’approvisionnement, valeurs portées par les personnes...) qui doivent être prises en compte. Mais les exploitations connaissent des évolutions importantes à leur entrée dans un magasin de producteurs ; cela concerne en premier lieu l’organisation du travail, ou les coopérations engagées entre plusieurs producteurs pour approvisionner à plusieurs un même magasin, ce point étant traité ici pour le rayon légumes. Lire l'article Retour sur le projet : Toutes les ressources du projet MAGPRO sont disponibles sur le site du projet. Retrouvez dans notre rubrique dédiée aux projets finalisés une sélection de projets de recherche et de développement sur les chaînes alimentaires courtes de proximité.

  • Appel à retour d'expérience : manger au temps du coronavirus

    Cette période de crise du coronavirus est l'occasion de s'interroger sur la résilience de nos systèmes alimentaires. Pour aller plus loin dans cette réflexion, nous (voir la liste des initiateurs ci-dessous) souhaitons collecter de l’information « à chaud ». Il s’agit de documenter les influences sur nos comportements et sur l’organisation des chaînes alimentaires. Toutes les contributions sont les bienvenues, qu'elles concernent ce qui se fait à la maison autant que dans les lieux ouverts au public, ou les réflexions personnelles. Nous vous invitions donc à nous faire part de vos expériences vécues : - en répondant à ce questionnaire : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 - en partageant avec nous des documents (articles de presse, photos...) ou réflexions, à gilles.marechal@agrocampus-ouest.fr - en diffusant ce questionnaire autour de vous Merci pour votre aide et vos réflexions sur le sujet ! L’enquête “Manger au temps du coronavirus” a été initiée par des membres de l’Unité Mixte de Recherche Espaces et Société (C. Darrot, G. Maréchal), avec le cabinet coopératif Terralim (B. Berger, V. Bossu, T. Bréger, D. Guennoc, G. Maréchal, C. Nicolay), et les CIVAM de Bretagne (A. C. Brit), grâce à la stimulation du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de Belle-Île en Mer (G. Février) et l’association Fert'Île de Bréhat (F. Le Tron). Le bulletin de partage est rédigé collectivement par : Akermann G. (Inrae), Berger B. (Terralim), Bodiguel L. (CNRS), Brit A.C. (FR CIVAM Bretagne), Chiffoleau Y. (Inrae), Darrot C. (Institut Agro), Grimonpont A. (Greniers d'abondance), Lallemand F. (Greniers d'abondance), Maréchal G. (Terralim), Nicolay C. (Terralim), avec l'appui de F. Egal (Réseau des politiques alimentaires) et de D. Guennoc (Terralim), et sous la coordination éditoriale de Chiffoleau Y., Darrot C et Maréchal G. Sa réalisation est appuyée techniquement par Brit A.C., Lecouteux C., Muller T. et Peyrin F. L'initiative est soutenue par le RMT Alimentation locale, S. Linou, consultant résilience alimentaire, le Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales à Lille (S. Makki), l’association Résolis (H. Rouillé d’Orfeuil, M. Cosse) et H. Torossian, consultante en sécurité civile et résilience. Avec le soutien financier de la Fondation Daniel et Nina Carasso.

  • Covid-19 et Systèmes alimentaires, "Manger au temps du coronavirus" - Bulletin de Partage 1

    Alors que la décision de confinement s’annonçait, un groupe de personnes et d’organisations ont souhaité capter « à chaud » ce que la crise du coronavirus révèle, perturbe, provoque dans les systèmes alimentaires : depuis notre assiette jusqu’aux fermes d’où proviennent nos aliments, que ce soit à travers des circuits courts et locaux ou bien des chaînes d’approvisionnement lointaines. Producteurs, artisans, entreprises agroalimentaires, commerces de proximité, supermarchés, transporteurs.... tous sont mis à l’épreuve d’une crise sans précédent, qui les amène à s’adapter, à trouver des solutions, à inventer de nouveaux possibles. Nous comptons des représentants de la recherche, du développement agricole et rural, du monde associatif, de l’économie sociale et solidaire, tous liés par une expertise sur les systèmes alimentaires, locaux en particulier, depuis plus de 15 ans pour certains d’entre nous. Après des interrogations sur l’éthique de notre démarche, nous nous sommes fixé deux objectifs. D’une part et avant tout, capitaliser et diffuser très rapidement les bonnes idées et les points critiques qui nous sont signalés, pour entretenir une contribution aux dynamiques collectives d’adaptation, privées et publiques. D’autre part, dégager des pistes qui pourront, au sortir de la crise, nous aider à mieux assurer notre résilience alimentaire collective, c’est-à-dire la capacité de nos systèmes alimentaires, aussi bien locaux que globaux, à assurer la fourniture d’aliments en cas de perturbations, qu’elles soient sanitaires, climatiques, sociales... La crise sanitaire et économique du COVID-19 agit comme un accélérateur des dynamiques à l’œuvre : ce bulletin est destiné à les partager. Nous diffusons aujourd'hui le premier bulletin de partage (reprenant les témoignages du 15 au 24 mars) qui se compose de 6 rubriques que vous pouvez découvrir aux liens suivants : 1. Une situation alimentaire évolutive d’heure en heure 2. La ruée vers l’alimentaire en début de crise 3. Les chaînes d’approvisionnement alimentaire en tension 4. Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation 5. Des solidarités stimulées par la crise 6. De nouvelles relations entre acteurs autour de l’alimentation Il est également possible de télécharger le bulletin dans son intégralité ici : Télécharger le bulletin de partage n°1 Nous espérons être en mesure de diffuser un « bulletin de partage » toutes les deux semaines, pendant un temps qui sera déterminé par la durée des impacts liés à la pandémie, mais qui dépassera à coup sûr la période de confinement. Notre démarche veut servir ensuite à la recherche pour aller plus loin dans la compréhension, aux décideurs publics pour engager des politiques à tous les échelons, et à tous les acteurs des systèmes alimentaires pour renforcer leurs capacités. Nous avons privilégié l’expression spontanée de celles et ceux qui vivent la crise, et le champ des contributions couvre donc toutes les pratiques relatives à l’alimentation, depuis la production agricole et en passant par les diverses étapes du champ à l’assiette. Les contributions utilisées pour ce premier bulletin de partage nous ont été communiquées moins d’une semaine après le confinement, c’est à dire jusqu’au mardi 24 mars à 12 heures. Nous avions à cette heure récolté 131 expressions directes (sur le formulaire en ligne, par courriel ou sur les réseaux sociaux), réalisé 11 observations de terrain, consulté 13 autres sources (sites internet signalés, communiqués de presse) et dépouillé 92 articles de presse. Ce numéro, rédigé à plusieurs mains, dans l’urgence, privilégie la réactivité, et serait très perfectible. Il n’a été possible que grâce à l’inter-connaissance de ses rédacteurs liée à des années de travail en commun. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Nous contacter : animation@rmt-alimentation-locale.fr L’enquête “Manger au temps du coronavirus” a été initiée par des membres de l’Unité Mixte de Recherche Espaces et Société (C. Darrot, G. Maréchal), avec le cabinet coopératif Terralim (B. Berger, V. Bossu, T. Bréger, D. Guennoc, G. Maréchal, C. Nicolay), et les CIVAM de Bretagne (A. C. Brit), grâce à la stimulation du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de Belle-Île en Mer (G. Février) et l’association Fert'Île de Bréhat (F. Le Tron). Le bulletin de partage est rédigé collectivement par : Akermann G. (Inrae), Berger B. (Terralim), Bodiguel L. (CNRS), Brit A.C. (FR CIVAM Bretagne), Chiffoleau Y. (Inrae), Darrot C. (Institut Agro), Grimonpont A. (Greniers d'abondance), Lallemand F. (Greniers d'abondance), Maréchal G. (Terralim), Nicolay C. (Terralim), avec l'appui de F. Egal (Réseau des politiques alimentaires) et de D. Guennoc (Terralim), et sous la coordination éditoriale de Chiffoleau Y., Darrot C et Maréchal G. Sa réalisation est appuyée techniquement par Brit A.C., Lecouteux C., Muller T. et Peyrin F. L'initiative est soutenue par le RMT Alimentation locale, S. Linou, consultant résilience alimentaire, le Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales à Lille (S. Makki), l’association Résolis (H. Rouillé d’Orfeuil, M. Cosse) et H. Torossian, consultante en sécurité civile et résilience. Avec le soutien financier de la Fondation Daniel et Nina Carasso. Date d’édition : 31/03/2020

  • Bulletin de Partage 1 - Les chaînes d’approvisionnement alimentaire en tension

    Les chaînes d’approvisionnement, qu'elles reposent sur la proximité ou sur des organisations en filières longues, connaissent des difficultés communes, et partagent parfois des solutions de même nature. Les unes comme les autres ont à inventer des solutions d'urgence pour réorganiser leur logistique, adoptent des modes de distribution qui limitent les temps de contact, et constatent la fluidité de leurs clients vers l'un ou l'autre mode. (Re)trouver des débouchés Les restaurants, commerciaux et collectifs, ont fermé ou grandement réduit leurs activités. Leurs fournisseurs se retrouvent à devoir écouler leurs stocks, qu’ils soient producteur individuel, ou grossiste sur le marché de Rungis. Pour faire face à ces stocks disponibles et périssables, des systèmes alternatifs de distribution, souvent solidaires, se sont inventés sur le tas : achats groupés d’habitants, ventes flash de produits supplémentaires en AMAP, initiatives d’entreprises de la logistique amont des circuits courts (La Charrette, Mes producteurs Mes cuisiniers...), mais aussi dans les circuits longs : sur le marché de Rungis, “Intermarché qui est peu présent normalement s'est manifesté pour racheter des produits laissés pour compte” (Ouest France, 21 mars 2020*). Des chaînes de solidarité se sont formées pour réduire le gâchis alimentaire dans le contexte de fermeture des restaurants et des cantines et concernent tout autant les circuits courts que des chaînes plus longues, avec des solutions similaires. Par exemple une crêperie, via une annonce diffusée sur les réseaux sociaux, propose, suite à l'obligation de fermeture, de vendre à prix modique les denrées alimentaires périssables composant ses stocks, et les restaurants Flunch les distribuent à leurs employés. Les producteurs livrant restaurants et restauration collective sont les premiers à subir la crise : “depuis samedi, ils [les producteurs] ont des décommandes de la part des restaurants, restauration collective, et certains marchés sont annulés. Ils se retrouvent donc avec des produits frais en surplus (fromages, fruits et légumes..)”. La plupart se sont adaptés en faisant des systèmes de paniers pour les particuliers ou en approvisionnant leurs clients commerçants plusieurs fois par jour depuis la veille du confinement. Des entreprises leur proposent des solutions logistiques : Ils passent donc leur temps sur la route à livrer aux 4 coins du département. Nous sommes en train de recenser les besoins les plus fréquents pour mettre en place des tournées de livraisons vers les commerçants. Entreprise de solutions logistiques pour les producteurs en circuits courts, 18 mars. D’après l’un des témoignages recueillis, repris par la presse, un producteur de yaourts, face à 15 000 pots décommandés initialement prévus pour la restauration collective, en a vendu la moitié en quelques heures à la ferme grâce à un appel lancé sur les réseaux sociaux. Une cuisine centrale a aussi donné une partie de ses stocks de laitages et d’omelettes à l’aide alimentaire et aux consommateurs locaux via les AMAP et coopératives de consommateurs. Livraison et Drives ont le vent en poupe, que ce soit dans les circuits courts ou longs Les systèmes de commande en ligne direct producteur ont le vent en poupe : ils existaient déjà en nombre, mais d’après les témoignages recueillis, beaucoup de producteurs qui n’en avaient pas ont rapidement - avec leurs consommateurs - improvisé des systèmes de vente à la ferme avec précommande par téléphone ou mail, de drive / ecodrive, ou bien créé des sites internet de commande (témoignages en Drôme, Ille et VIlaine, Cantal). Ainsi, dans le Perche, la crise a permis au groupe “les paniers perchés” de faire aboutir son projet collectif dans un temps record. Dans les commerces classiques, “Entre le 9 et le 15 mars, les ventes de drive ont augmenté de 61% et l'e-commerce de 90%. Face à ce fort engouement, des modes de livraison alternatifs, comme la livraison collaborative, commencent à être fortement mobilisés.”(LSA, 20 mars 2020**). De jeunes entreprises de livraison coopérative, qui travaillent avec la grande distribution, comme Shopopop ou Yper, ont vu leur activité fortement augmenter, mais aussi reçu des sollicitations de commerces locaux “tels que les traiteurs ou les boulangeries”. Des consommateurs qui changent leurs habitudes et croisent les circuits Des témoignages ont été reçus de la part de consommateurs fréquentant principalement des circuits courts et qui déclarent s’être tournés davantage vers la grande distribution ou vers des détaillants plus classiques (pas bio, pas local). “Pour la première fois, je me dis « Avec ces histoires de confinement, il va falloir revoir nos critères d’achat, si on trouve à manger, ce sera déjà bien.»” (consommatrice, 20 mars 2020). “Nous faisons le constat que pour respecter le confinement, nous sommes beaucoup moins "stricts" sur nos achats. Nous privilégions les commerces locaux (Grandes surfaces) plutôt que de faire 25 km pour nous approvisionner en « bio »". Nous vivons bien ce choix .” (22 mars 2020). “Obligation de faire ses courses dans magasin de chaîne de supermarché en raison des restrictions de circulation. Ceci au lieu de marchés et des producteurs locaux” (20 mars 2020). Au contraire, certains clients des circuits courts, qui achetaient uniquement les produits complémentaires en grande surface, ont diminué voire supprimé leurs achats en supermarché : “J’ai cessé d’aller dans les supermarchés, car les files d’attente à l’entrée sont très longues et au final je perdais beaucoup de temps.” (18 mars 2020) “Depuis longtemps nous donnons une importance au circuit court, mais avec la crise du coronavirus, nous allons au plus près pour nous nourrir : boulanger et boucher/charcutier à 2,5 km, verger avec produits locaux (fruits, légumes, viandes, fromages, jus de fruits, bières...) à 7 km. Le bio n'est pas indispensable, mais c'est un plus. Le seul changement est que nous allons moins chez les grands distributeurs.” (23 mars 2020) “La situation de confinement change peu nos habitudes, l'AMAP continue à livrer et le marché est maintenu. Nous avons juste diminué notre fréquence d'achats afin de limiter nos déplacements et essayons d'acheter le moins possible en supermarché pour soutenir les producteurs locaux.” (23 mars 2020) Relations consommateurs - commerçants : entre liberté d’acheter et traitement individualisé, de la qualité à la quantité Certaines supérettes et autres commerces insérés dans les circuits longs ont adopté des règles concernant la consommation individuelle : limitation des achats (maximum trois exemplaires d'un produit, ou “5 kg de patates par client maximum” chez ce primeur des Bouches-du-Rhône), horaires spéciaux réservés aux personnes vulnérables, etc. Ils ont également parfois mis en oeuvre des pratiques jusqu’ici utilisées par les systèmes de vente directe, comme la préparation de paniers tout faits, notamment pour les produits frais. Ce mode de distribution permet de limiter le temps d’exposition lors de l’échange. Les acteurs des circuits longs ont dû gérer le premier mouvement de panique sur les stocks et, comme le montrent certains témoignages, faire face parfois à des incivilités : consommateurs qui se servent directement sur les palettes avant le réassort (observation le mardi 17 mars, juste avant le confinement), agressivité (“[le gérant] s'est fait incendier, le client voulait absolument ses 50 kg de patates”, témoignage d’un consommateur près de Marseille “), vols de cagettes au Marché d’Intérêt National de Marseille... De leur côté, les acteurs des circuits courts ont vu un changement de préoccupations chez leur clientèle; Par exemple dans ce magasin bio vrac et cette AMAP, il y a “moins d’ambiance”, moins de discussions sur les produits. “La présentation du stand : ça ne compte plus”. Les clients veulent des paniers de produits base, “un peu dans l'urgence”. Ce relatif désintérêt pour la qualité au sens large se retrouve dans un autre témoignage qui nous indique que dans un supermarché, pour certains produits “il ne restait parfois que des produits bio.” Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 4. Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation

  • Bulletin de Partage 1 - Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation

    Avec plusieurs débouchés supprimés, certains points de vente fermés subitement et des ventes qui fluctuent fortement, les acteurs des circuits courts montrent une grande capacité d’adaptation mais s’interrogent sur la gestion de la logistique et de la production à venir. Les circuits courts sont particulièrement affectés par la crise du coronavirus, avec de multiples questionnements, de la production à la distribution. Si, au début de l’épidémie et du processus de confinement, c’est le maintien de la distribution qui a fortement posé question, très vite, les questions de logistique et d’organisation de la production sont apparues toutes aussi prégnantes. « Dès le début, de nombreuses interrogations pour les producteurs en circuits courts, les marchés vont-ils être maintenus ? Si non, les clients viendront-ils jusqu’à la ferme ? Si oui, comment organiser son temps entre vente et production ? Plus : problème car les ventes pour les circuits courts reposent sur l’humain et dans ce cas il y a le risque de tomber malade. » Producteur de semences bio, Bretagne, 15 mars 2020 Les agriculteurs doivent réorganiser leur temps de travail pour attribuer plus de temps à la logistique et à la distribution et souvent inclure de nouvelles contraintes personnelles (garde des enfants) mettant en péril leur capacité à faire perdurer l’offre dans les mois à venir. Ils ont par ailleurs la responsabilité de protéger leurs clients avec qui ils ont un contact direct alors que les contacts sont nombreux et également de se protéger eux-mêmes. « Les enfants à garder à la maison, donc moins de temps à passer avec les bêtes et les fruits et plantes aromatiques. Pourtant c’est la pleine période pour désherber, sarcler, pailler, planter, semer…» Éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020 Production La production, déjà menacée par un hiver doux et humide favorisant le développement de parasites, est ainsi impactée dans un moment particulièrement critique (mois de mars et avril) où il est nécessaire de passer du temps dans les fermes pour récolter les légumes de printemps et semer pour l’été. Si plus de temps est attribué à d’autres activités, il faut alors trouver de l’aide dans un contexte contraint : impossible de faire appel à des parents plus âgés qui sont une population à risque et report des stages avec les étudiants en école d’agriculture. Certains agriculteurs ont pu faire venir plus tôt de la main d’œuvre saisonnière tandis que des habitants se manifestent pour en aider d’autres mais en prenant en compte qu’augmenter le nombre de personnes augmente le risque sanitaire pour les travailleurs, y compris le chef d’exploitation « et cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades » (membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020). « cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades » Membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020 Les éleveurs et maraîchers avec des surplus s’interrogent sur la transformation de leurs produits. Les premiers craignent la fermeture de certains abattoirs : « si à l’avenir on ne peut pas faire abattre les agneaux, il faut continuer à nourrir les animaux, ce qui entraîne des frais supplémentaires pour les éleveurs. » (éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020), les seconds aimeraient pouvoir transformer à moindre coût les surplus ou hors-calibre pour ne rien jeter en période de crise mais ne disposent pas toujours de structures adéquates à proximité. Logistique Pour certains acteurs, « cette période montre que la production n’est pas un frein mais que c’est la logistique le plus grand frein en circuit court » témoignage d’un acteur de la logistique pour les circuits courts, 18 mars Pour répondre à cette problématique, plusieurs types d’acteurs proposent des services pour faciliter la logistique pendant la crise. Ainsi : - des collectivités ouvrent des répertoires de producteurs locaux à destination des consommateurs, à l’échelle communale (sites municipaux), départementale (Gard) ou régionale (Occitanie). Certains sont renseignés de façon participative. - d’autres cartes participatives sont proposées directement par des particuliers, associations ou entreprises (autour de Lyon, par exemple). - l’association “mes Producteurs mes Cuisiniers” propose l’utilisation gratuite de sa plateforme pendant 3 mois, permettant aux producteurs de créer facilement un espace de vente en ligne ou de créer des espaces de distribution communs avec d’autres. - l’association Cagette.net propose un kit d’urgence (logiciel libre) pour créer rapidement un drive producteurs. Avec le confinement, de nombreux consommateurs souhaitent se faire livrer, ce qui demande une logistique particulière aux producteurs. Certains ont témoigné avoir choisi de recourir à des prestataires extérieurs : « une livraison à domicile à partir de la semaine du 23/03, dans un rayon de 15 km, en partenariat avec une société de taxi ardennaise. Le taxi va livrer un secteur quand il y a une dizaine de commandes, avec un coût de transport de 7,5€ / commande. » (magasin de producteurs, Grand Est, 20 mars). D’autres choisissent de mettre en place la livraison pour leurs clients habituels sans leur facturer : « je réfléchis à un service de livraison à partir de la semaine prochaine afin de limiter la circulation des personnes, vaut mieux une personne qui se déplace plutôt que plusieurs dizaines, il n’y aura pas de surplus de prix par rapport au marché ni frais de livraison simplement un prix minimum » (maraîcher, Bretagne, 20 mars 2020). Distribution Concernant l’impact de la crise du coronavirus sur les ventes, nous avons reçu des témoignages variés de la part des acteurs des circuits courts, montrant qu’il n’y a pas de règle générale. Une forte augmentation des ventes a été observée par plusieurs collectifs de distribution de paniers ou des magasins de producteurs au début du confinement. Cependant, de nombreux clients ayant fait des réserves, le niveau de commande risque selon eux de stagner par la suite. Par ailleurs, tandis que certains clients déclarent continuer à aller au marché ou au magasin de producteurs par militantisme, d’autres se sont orientés vers les drives de GMS jugés plus sûrs compte tenu de la forte affluence dans les lieux en circuits courts. Les témoignages font également remonter l’observation de marchés peu fréquentés, amenant les exposants à s’interroger sur la gestion de leur surplus. Dans cette période de début de confinement, les acteurs des circuits courts basés sur le littoral ou dans les îles, en particulier, sont sous forte tension, du fait de l’afflux de “réfugiés sanitaires” : à Bréhat par exemple, le stock de pommes de terres et de légumes produits localement a été presque totalement écoulé dès le début de semaine. Selon les témoignages recueillis, certains producteurs ou intermédiaires de systèmes de paniers sur commande en zone littorale ont eux choisi de “rationner” en n’ouvrant les commandes qu’aux habitués plutôt qu’aux très nombreux propriétaires de résidences secondaires ayant rejoint le territoire pour la durée du confinement et souhaitant profiter de l’opportunité de ces commandes sans qu’une telle demande ait pu être anticipée. La distribution est également au cœur des interrogations pour les circuits courts en raison d’une grande versatilité de la décision publique : annulation des marchés par certains maires, demande d’assurer les marchés par les préfectures… (notez que ce texte ne reprend que les informations reçues jusqu’à la date du 24 mars 2020, donc avant la décision nationale de fermeture). Des inquiétudes ont porté sur les risques sanitaires liés à la distribution des aliments : un nombre important de témoignages porte sur ces interrogations et sur des ajustements improvisés dans ce contexte incertain, tant concernant les circuits courts que dans l’artisanat alimentaire qui fait face aux mêmes problématiques : “La boulangerie du quartier ferme! Le boulanger a décidé, face au "manque de civisme de certains clients" de fermer. Il a affiché un courrier sur la porte et explique en avoir assez "des remarques concernant le port de nos masques qui selon certains "ne servent à rien car pas à la norme covid 19"; des remarques "concernant le manque de pain à partir d'une certaine heure car d'autres ont acheté en importante quantité sans commander" (Nantes, 19 mars 2020) ; “Les commerçants ont adapté leurs stands : port de gants, mise en place de cagettes pour marquer les espaces à respecter entre les gens dans la file d'attente, cagettes toutes prêtes pour limiter le temps d’attente” (témoignage sur le marché de Foix, le 20 mars). Selon les témoignages recueillis, confirmés par la presse, de nombreux producteurs en vente directe se mettent à proposer des paniers ou des livraisons plutôt que la vente sur les marchés pour éviter la foule. "Les commerçants ont adapté leurs stands : port de gants, mise en place de cagettes pour marquer les espaces à respecter entre les gens dans la file d'attente, cagettes toutes prêtes pour limiter le temps d’attente” témoignage sur le marché de Foix, le 20 mars Par conséquent de nombreuses actions spontanées ont été mises en place pour garantir la sécurité de tous sur les lieux de vente en circuits courts : port de gants, masques, service par les personnes du stand, mise en place de marquage au sol pour les files d’attente, proposition de créneau spécifiques pour les personnes fragiles, pour le personnel soignant, limitation du temps d’attente par la réalisation de paniers… Ces initiatives ont été diffusées via des guides de bonnes pratiques ou des FAQ fournies par certaines structures d’appui (GAB, FRAB, Chambre d’agriculture, CIVAM…). Certains témoignent toutefois d’un « besoin d’être aidés sur ce points car certains clients prennent les marquages au sol à la rigolade » (producteur, Bretagne, 18 mars 2020). Pour les AMAP ou distribution de paniers, certains lieux de distribution habituels ont fermé. D’après les témoignages recueillis, certaines communes ont alors mis des locaux à disposition pour la distribution. « Au moins 2 communes en Bretagne ont autorisé de manière exceptionnelle l'ouverture temporaire pour la distribution de paniers ce vendredi soir. Des consignes sont données : Les précautions qui s'imposent seront strictement appliquées pendant l'échange (distance, contacts…). » (bénévole d’une association, Bretagne, 19 mars 2020) Les remontées de terrain soulignent l’importance de l’aide des bénévoles, des acteurs de l’accompagnement et des collectivités pour contribuer à trouver des solutions rapidement. Partage d'informations et soutien Les témoignages font état de beaucoup de soutien et d’échanges entre producteurs et consommateurs dans les circuits courts, facilités par une interconnaissance et des prises de contact (numéros, mails, réseaux sociaux) antérieures. Ces prises de contact permettent aux producteurs de joindre facilement leurs clients pour les prévenir de changements (horaires de ventes, mises en place de paniers…) ou pour les solliciter en cas de problème. Un groupement d’achat a notamment permis d’écouler rapidement le surplus d’un producteur suite à l’annulation d’une commande importante de la restauration collective. « Je voulais vous remercier pour les commandes passées, vous aidez mon entreprise et mon moral à tenir le choc » pépiniériste, Bretagne, 20 mars Les témoignages montrent comment ce lien permet de soutenir les producteurs et de les valoriser dans ce moment difficile pour tous, où ils subissent beaucoup de pression : maintenir leur production, approvisionner leurs clients et garantir la sécurité de tous. « Je voulais vous remercier pour les commandes passées, vous aidez mon entreprise et mon moral à tenir le choc » (pépiniériste, Bretagne, 20 mars). A l’inverse, dans cette période de crise, les acteurs des circuits courts peuvent à la fois rassurer les consommateurs et montrer l’importance de la consommation locale : « [les consommateurs ont] Beaucoup d'inquiétude quant à la disponibilité des stocks, ce qui est aussi l'occasion pour nous de replacer l'importance de consommer local auprès de nos clients. Ex : "nous n'aurons pas de rupture d'approvisionnement en œufs, la ferme est située à 500 m du magasin!"... Notre objectif étant de changer les comportements sur le long terme, période de confinement ou non. L'alimentation locale (à 40 km de moyenne du lieu de vente) et en majorité Bio révèle en cette période toute son importance. » (employé d’un magasin à la ferme) Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 5. Des solidarités stimulées par la crise

  • Bulletin de Partage 1 - De nouvelles relations entre acteurs autour de l’alimentation

    La crise du coronavirus a amené les acteurs collectifs des chaînes alimentaires à travailler avec d’autres, qu’ils n’identifiaient pas toujours comme des acteurs de l’alimentation. Un gérant de supermarché qui vient féliciter le collectif agricole de l’Île d’Yeu pour un article dans les réseaux sociaux, le Groupement des Agriculteurs Bio d’Armor qui travaille de concert avec la Préfecture pour l’ouverture des marchés, la cantine centrale de Montpellier qui approvisionne les associations d’aide alimentaire, les taxis mobilisés à Charleville-Mézière (comme à New-York) pour les livraisons à domicile : la crise du coronavirus provoque des rencontres qui brisent les frontières habituelles entre les types d’acteurs. Ainsi, les organisations agricoles ont défendu le maintien des marchés, au-delà des oppositions habituelles. Elles ont souligné le besoin de coordination et de lisibilité de l’action publique : on a pu voir à Amboise la préfecture inviter à préserver le marché de plein vent que le maire voulait fermer, et dans le même temps d’autres préfectures recommander fermement leur fermeture. Cette apparente contradiction montre que les particularismes locaux et la capacité des élus à organiser les réponses à la crise pour la distribution alimentaire ont été fortement mis à contribution puis reconnus. La crise met à l’épreuve les relations entre collectivités et pouvoirs centraux ou déconcentrés. Nous avons relevé la frustration d’un habitant qui, confronté à la fermeture du marché municipal a “l’impression de payer pour d’autres, alors qu’ici ça a été très bien organisé”. Plusieurs contributions signalent que la crise a exacerbé des tensions entre groupes sociaux, par exemple dans les régions les plus touristiques entre les habitants permanents et les résidents secondaires venus s’y réfugier. Certains comportements ont fait flamber ces tensions (témoignages d’habitants permanents de l’Île d’Yeu et de Belle-île-en-mer et d’un agriculteur de Bréhat), qui ont aussi été alimentées par une sensation de concurrence pour les ressources alimentaires, particulièrement dans les îles ou en proximité de grand pôle urbain comme le Perche. “Ils ont dû se battre pour avoir des légumes” rapporte un client. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation

  • Bulletin de Partage 1 - Des solidarités stimulées par la crise

    La synthèse des observations recueillies depuis le 15 mars fait apparaître un certain nombre de pratiques de solidarité autour de l’alimentation. Ces solidarités sont parfois le fruit d’un type d’acteur en particulier (institutions, entreprises, citoyens), parfois issues d’une collaboration entre des acteurs différents. Organisation collective de livraison de repas ou produits alimentaires Solidarité institutionnelle De nombreux témoignages mettent en avant la commune comme un espace clé dans l’organisation des solidarités alimentaires. C’est le cas à Charleville-Mézières (Observation, 17 mars 2020), où le Centre Communal d’Action Sociale propose « un service de portage de repas à domicile à tous les Carolomacérien.ne.s de plus de 60 ans qui se trouvent dans l'impossibilité d'aller faire leurs courses ou d'obtenir l'aide d'un proche. (...) Les tarifs fluctuent en fonction des ressources de la personne mais ne peuvent dépasser 8 € par repas. Les intéressé.e.s doivent s'inscrire par téléphone. » Il semble que, parfois, la commune contacte directement les personnes âgées pour leur proposer de l’aide (Observation, Puget Thénier, 18 mars 2020). Voir aussi indirectement le rôle des Universités dans rubrique « solidarité de groupe ». Solidarités de voisinage et d’interconnaissance « Travaillant dans un magasin à la ferme, je remarque que de nombreuses personnes font les courses pour d'autres... jusqu'à 3 foyers pour certains clients » (Observation, Ille-et-Vilaine, 23 mars 2020). Solidarité familiale Face aux risques ou à l’impossibilité de se déplacer, le recours aux outils numériques devient parfois une obligation. Les enfants viennent soutenir leurs parents, parfois moins à l’aise avec l’informatique, pour créer des comptes permettant d’accéder aux drives ou commandes à distance (Observation, La Queue-en-Brie, 20 mars 2020). Solidarité « de groupe » Certains collectifs centrés sur un secteur particulier ou sur une catégorie particulière de personnes ont pu développer un soutien. Tel est le cas du collectif Galois à Lille (étudiants, enseignants…) qui «recense les besoins d'aide, pour les étudiant·e·s de l'Université de Lille ». Son ’objectif est « de communiquer très rapidement les informations à l'Université de Lille qui prépare avec le CROUS une aide financière d'urgence pour ses étudiants en difficulté dont les étudiant·es exilé·es » et le collectif cherche à « trouver d'autres solutions de distribution de colis alimentaire » (Observation page facebook, Lille, 20 mars 2020). La solidarité « en magasin » Priorité d’accès aux magasins Les « anciens » et les soignants peuvent bénéficier de priorités organisées par les distributeurs, producteurs ou non : à l’Ile d’Yeu, entrée réservée aux personnes âgées de 9 à 10h (Particulier, observation dans un supermarché, 19 mars 2020) ; à Montpellier, commande par téléphone et possibilité de récupérer le panier en horaires décalés ou d'être livré pour les personnes à risques et les soignants (Observation page facebook d’un maraîcher, 19 mars 2020). Plafonnement des achats Certains magasins limitent les quantités pouvant être acquises (Observation page facebook d’un maraîcher, Montpellier, 19 mars 2020). Croisement « magasin » / bénévolat Certains producteurs, en manque de main d’œuvre, peuvent s’appuyer sur du bénévolat, notamment pour la livraison des « paniers » ou commandes : à l’Ile d’Yeu, “uniquement à destination des personnes isolées, sans famille, à mobilité réduite ou trop fragiles pour utiliser leur attestation de sortie” (Ile d'Yeu, Observation Facebook des producteurs locaux de l'île, 20 mars 2020). Accepter la solidarité ? Accepter la « main tendue » n’est peut-être pas aussi évident qu’on pourrait le penser, notamment pour les personnes âgées déjà aidées par leur famille avant la crise et qui voient disparaître les visites et les échanges (même lorsque la Mairie propose son aide ; Observation, Puget Thénier, 18 mars 2020). Eclairage presse : L’express. 20 mars 2020. Courses, garde d’enfants… Face au coronavirus, un tsunami de solidarité entre voisins. La Montagne. 20 mars 2020. Avec le coronavirus, le difficile maintien de l’aide alimentaire à Thiers et Ambert (Puy-de-Dôme). France Bleu. 20 mars 2020. Coronavirus à Bordeaux : une cagnotte pour venir en aide aux étudiants en grande précarité. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 6. De nouvelles relations entre acteurs autour de l’alimentation

  • Bulletin de Partage 1 - La ruée vers l’alimentaire en début de crise

    A l’annonce du confinement, et parfois en prévision de celui-ci, des queues inhabituelles rallongées par la distance de sécurité se forment dans les magasins alimentaires, un des rares motifs de sortie autorisée. Stockage préventif : voici une des images que l’on retiendra de ce début de crise pour décrire les changements des habitudes alimentaires et du rapport à l’alimentation. Les rayons de pâtes et riz sont vides, ainsi qu'un certain nombre de rayons surgelés notamment les frites. Le confinement a été caractérisé par des changements brutaux de pratiques d’achat vers des produits stockables : “les rayons de pâtes et riz sont vides, ainsi qu'un certain nombre de rayons surgelés notamment les frites” témoigne une jeune cliente d’un supermarché. Une frénésie que les médias ont largement relayée. Les achats de produits frais ont chuté, de même que ceux de produits de la mer dont les prix se sont effondrés. C'est l'ensemble du week-end qui a été spectaculaire, avec des factures jusqu'à 600 euros par acheteur faisant des stocks conséquents. La ruée des consommateurs a généré des volumes d’achats alimentaires exceptionnels notamment dans les grandes surfaces : “c'est l'ensemble du week-end qui a été spectaculaire, avec des factures jusqu'à 600 euros par acheteur faisant des stocks conséquents” témoigne un acteur de la distribution. A leur mesure, comme le confirment les témoignages recueillis, les circuits alimentaires courts et de proximité suivent la même dynamique et plus particulièrement les plateformes de commande en ligne de produits locaux “Nous n'avons jamais eu autant de commande de paniers” témoigne une association de producteurs bio et locaux. Les remontées de terrain montrent un changement de lieux et d’habitudes d’approvisionnement notamment vers les formules de paniers ou drive avec un trafic jusqu’à 4 fois plus élevé, des commandes deux fois plus importantes et une forte affluence dans les magasins de proximité : “Etant donné l'abondance de clientèle dans les magasins de proximité que j'ai l'habitude de côtoyer (supermarché bio, boucherie de quartier...), j'ai été amené à faire une commande via le drive d'un supermarché, ce que je ne fais pas d'habitude” témoigne une consommatrice. Certains ont aussi modifié leurs horaires d’achat : “Les gens sont venus plus tôt” précise un habitué du marché. Au sein des ménages, d’après les témoignages recueillis, la crise génère des arbitrages au sein du budget alimentaire entre des produits bon marché, comme la pomme de terre, et des produits locaux ou sains « même si c’est un peu plus cher ». Dans les foyers, les habitudes culinaires sont impactées (augmentation du temps passé à la préparation, adaptation selon les disponibilités,...) “Le confinement entraîne un temps disponible plus important pour préparer les repas et partager ceux-ci en famille” témoigne une mère de famille. Les régimes évoluent, comme par exemple, pour certains, un passage à 4 repas : “d'une moyenne de deux repas par jour assez copieux (déjeuner vers 13h, dîner vers 19h30-20h), je passe à 4 moments d'alimentation par jour” témoigne une consommatrice. Les consommateurs ayant la chance d’avoir un jardin témoignent de l’intérêt de l’autoproduction. Eclairage presse Dès les jours précédant l'annonce du confinement, des achats de panique ont été répertoriés un peu partout sur le territoire, occasionnant des pénuries ponctuelles de produits alimentaires stockables et de produits de consommation courante. Même si les horaires ont été aménagés dans certains points de vente de la grande distribution (notamment pour les personnes vulnérables), on assiste à une explosion de la vente à distance et de la livraison à domicile. Les ventes de congélateurs ont été multipliées par dix. Les ventes de produits stockables ont fortement augmenté au détriment des produits frais. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 3. Les chaînes d'approvisionnement alimentaire en tension

  • Bulletin de Partage 1 - Une situation alimentaire évolutive d’heure en heure

    La première semaine de confinement a été marquée par une évolution rapide des questionnements : au fil des jours, les témoignages rendent compte de priorités qui évoluent, et d’une adaptation progressive des pratiques dans les domaines de la production, de la logistique, de la distribution et de la consommation. De nouvelles questions, plus complexes et projetées dans la durée, apparaissent aussi progressivement. A l’annonce du confinement probable en début de semaine suivante (sans surprise puisque l’Italie voisine en faisait déjà l’expérience avec quelques jours d’avance), le week-end des 14 et 15 mars a marqué l’amorce de quelques journées de ruée sur les provisions alimentaires. Le réflexe collectif de constituer des stocks pour pouvoir “tenir” reposait sur la crainte que le confinement entraîne soit une interdiction de sortir faire ses courses, soit des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement agro-alimentaire. Certains agriculteurs se sont trouvés confrontés à des choix entre leurs clients réguliers et de nouveaux arrivants, entre satisfaire la forte demande aujourd’hui au risque d’être démunis demain. Cette situation est particulièrement marquée en zone littorale et insulaires, où de nombreux résidents secondaires sont arrivés hors saison pour la durée du confinement. La question des quantités disponibles n’est pas le principal facteur limitant affronté lors de ces premières journées de confinement : les difficultés ont plutôt porté sur la capacité de la chaîne logistique à s’adapter instantanément à cet accroissement brutal et ponctuel de la demande. Le stress, la mise sous tension des systèmes d’approvisionnement, les heures supplémentaires et le recrutement de personnel contractuel en urgence pour le transport, le stockage, la mise en rayon et la vente ont été les principales composantes de ces journées où la demande des consommateurs était démultipliée : Rayons vidés, les gens se servent directement sur les palettes et les employés n'ont pas le temps de réapprovisionner. Ils décident de fermer le magasin, le temps de mettre en rayon. Consommatrice d’Ille-et-VIlaine, mardi 17 mars, jour du confinement Afin d’éviter les contaminations, d’après les témoignages recueillis, confirmés par la presse, les achats se reportent massivement sur les drives, mais rapidement ceux-ci peinent à suivre : sites internet saturés, délais de livraisons qui s’allongent jusqu’à 5 jours plus tard, craintes sur les contaminations lors des livraisons… Ces premières heures du confinement sont aussi marquées par des réactions cherchant à limiter le gâchis alimentaire à la suite de la fermeture brutale des restaurants et des cantines, dont les stocks risquent de ne pas être consommés. De nombreuses initiatives de don ou de revente solidaire improvisées se mettent en place. Cette première période a également suscité des craintes pour les agriculteurs dans ce contexte d’incertitude : auront-ils la possibilité de continuer à s’approvisionner en intrants si les déplacements sont restreints ? Les consommateurs viendront-ils acheter à la ferme si les marchés sont finalement interdits ? Si oui comment organiser son temps de travail pour ne pas passer tout son temps à la vente ? Les questions qui traversent le secteur agricole et les producteurs locaux notamment s’inscrivent dans la durée, avec des interrogations d’emblée sur l’effet de la crise : Que se passera-t-il pour l’exploitation si un producteur tombe malade, il y a un risque potentiel que la production ne suive pas (témoignage recueilli sur le terrain auprès d’un producteur, le 15 mars) à l’échelle de toute la saison, avec des effets dans la durée. « Il y a un risque potentiel que la production ne suive pas. » Cependant, dès le milieu de semaine (mercredi 18 mars), un calme relatif est revenu dans les commerces, qui parviennent à réapprovisionner la plupart des rayons même si certains restent vides. Entre le 17 et le 24 mars, ces premières dynamiques, si elles ne s’effacent pas, cèdent en effet la priorité à d’autres questionnements. Quels sont les gestes individuels et les mesures publiques à mettre en oeuvre pour éviter les contagions lors des achats alimentaires ? Faut-il porter masque et gants ? Faut-il et comment maintenir les distributions dans les AMAP, modifier l’organisation des marchés ? A partir du 18-20 mars, un nombre de témoignages croissant porte sur ces interrogations, sur des ajustements improvisés pour la distribution alimentaire dans ce contexte incertain. Des “bonnes idées” lancées par quelques uns de propagent : distribution de paniers pour aller plus vite, organisation des files d’attente dans les points de distribution, filtrage des clients. L’annonce de la fermeture des marchés le 24 mars, que craignaient par avance certains contributeurs à l’enquête, ainsi que le renforcement des messages sur l’importance des gestes barrières lors des achats alimentaires, ont généré des inquiétudes et des innovations autour des solutions de vente pour les producteurs locaux. Dans certains territoires, producteurs et consommateurs se mobilisent aux côtés de leurs maires pour maintenir des marchés de plein vent. En parallèle, les premiers jours du confinement sont marqués par le souci de veiller à l’approvisionnement alimentaires de publics fragiles ou isolés : étudiants, personnes âgées, malades… « Noémie G. a 89 ans. Elle vit dans un petit appartement qu'elle loue -(600 euros) au centre du village (2 000 habitants). Elle a un petit reste à vivre (10 euros/jour et encore) (...) Elle est autonome (...) Son hygiène de vie repose sur de l'activité physique (marche à pied quotidienne), de la cuisine maison, incorporant des légumes frais (soupes) et des fruits frais, et des échanges sociaux (visite de sa fille qui habite le village voisin, de son petit-fils qui habite le même village, de la famille éloignée, du kiné ("généreux", il masse vraiment pendant une demi-heure). (...) Noémie vit sur son stock de produits d'épicerie et de viande congelée. Au bout d'une semaine, elle n'a plus de fruits, bientôt plus de légumes. (...) Les piliers de ce qui la maintenait sans doute en bonne forme se craquellent. Exit les visites, le formidable kiné, la bonne soupe, la bonne marche. » Journaliste locale, 18 mars, département 06 Certains témoignages relatent des initiatives de solidarité entre voisins, ou à plus large échelle : l’action sociale publique se réorganise en urgence pour tenter dans la mesure du possible d’ajuster les modalités de l’aide alimentaire aux contraintes du confinement, ou d’organiser des portages de repas à domicile aux personnes fragiles. Quelques personnes, ainsi que des articles de journaux, témoignent aussi de plantations alimentaires plus importantes qu’à l’accoutumée dans les potagers domestiques. Samedi dernier, j'avais prévu de commander semences de phacélie, jachère fleurie, coquelicot et aubergines sur le site d'Agrosemens. Finalement, je n'avais pas validé ma commande. J'y retourne aujourd'hui. Le site marchand est fermé : ils se sont fait dévaliser. Particulier, département 13 Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 2. La ruée vers l'alimentaire en début de crise

  • Retour sur le colloque Reterritorialisation de l’alimentation

    Colloque coordonné par l'Inra, Paris, 28 novembre 2019 Caisse des dépôts et consignations, 15 quai Anatole France, 75 007 Paris En collaboration avec le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, le Ministère de la transition écologique et solidaire, le Commissariat général à l’égalité des territoires, la Caisse des dépôts et consignations, le GDR Policy analytics et le Réseau Mixte Technologique Alimentation locale. L’équipe d’organisation est très heureuse du succès rencontré par le colloque Reterritorialisation de l’alimentation qui a réuni plus de 200 participants en présentiel et 760 personnes en ligne. Merci pour votre participation ! Plus de 50 intervenants (ou personnes ayant contribué à des interventions) ont fait de cette journée une rencontre riche en enseignements et ouvert de nouvelles pistes de recherche et de collaboration et nous les en remercions. La synthèse de cette journée ainsi que les vidéos séquencées seront disponibles très bientôt sur ce site. En attendant leur diffusion, nous souhaitons, dans cet article, présenter les partenaires qui ont contribué à la réussite de cette journée : - La Caisse des dépôts et consignation Placée sous la surveillance et la garantie du Parlement, la Caisse des Dépôts est la seule institution financière en Europe à pouvoir se prévaloir de la protection de la nation, ce qui lui confère indépendance et autonomie. Groupe public, elle est constituée d’un Établissement public et de filiales. A l’écoute des évolutions du pays, la Caisse des dépôts assure des missions d’intérêt général en appui des politiques publiques nationales et locales : financement du logement social, développement des entreprises, transition écologique et énergétique. La Caisse des dépôts et consignation nous a permis d’organiser le colloque dans leurs locaux et nous les en remercions chaleureusement. https://www.caissedesdepots.fr/ - Baluchon Baluchon est une entreprise solidaire conventionnée par l’Etat en tant que structure d’insertion par l’activité économique. À travers son offre d’accompagnement social et professionnel, l’entreprise donne à ses salariés en insertion les meilleures chances de renouer avec l’emploi durable. Baluchon s’engage à réaliser des plats cuisinés ultra frais, élaborés à partir de produits de saison non transformés favorisant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Baluchon privilégie les produits fermiers d’Île-de-France, et propose parfois des spécialités de nos régions ou d’autres pays. À l’occasion du colloque, le buffet proposé a inclus un maximum de produit locaux, de saison, accessibles à tous les régimes alimentaires, tout en limitant au maximum l'emballage à usage unique. http://baluchon.fr/site/traiteur/traiteur/ - La librairie des Territoires La Librairie-Tartinerie est un lieu de rencontres autour du livre créé en 2000 dans le village gersois de Sarrant (360 habitants) par des professionnels du développement économique, social et culturel. Considérant que le savoir et l'échange reposent aussi sur des écrits, elle se déplace depuis plusieurs années dans des colloques et festivals sous l'appellation « Librairie des territoires » pour mettre à disposition d'organismes et de personnes des parties de son fond (sélectionnées en fonction des thématiques travaillées) et les compétences de ses libraires (réalisation de bibliographies ciblées, conseils…). N'hésitez pas à les contacter en venant à la Librairie-Tartinerie (Place de l’église - 32120 Sarrant), en faisant un tour sur leur site (www.lires.org), en écrivant à info@lires.org ou en les appelant (05 62 65 09 51). Découvrez une partie des livres sélectionnés à l’occasion du colloque ici. - La Mule du Pape La Mule du Pape est un jeune média indépendant, fondé en 2019 à Montpellier. Ce média cherche à proposer une information indépendante, engagée et étrangère aux enjeux économiques ou politiques. A ce jour, l'action de ces membres est totalement bénévole avec un modèle économique qui repose sur l'abonnement de soutien à prix libre et le don. Les membres de la Mule du Pape ont réalisé la captation vidéo permettant de suivre le colloque en direct. Ils réalisent actuellement le montage de la journée. Pour les soutenir dans leur activité https://www.lamuledupape.com/soutenir-la-mule/, pour les contacter : lmdp@protonmail.com - Jean-Paul Andrieu NB : La publication ou la diffusion de ce dessin sans autorisation est interdite (conformément aux droits d'auteurs). Si vous souhaitez l'utiliser merci de nous contacter. Jean-Paul Andrieu, membre de l'association Non au Béton et du Collectif Ceinture Verte de Montpellier, a, avec beaucoup d'écoute et de talent, réalisé l'illustration qui a accompagné les différents supports du colloque. Voici son témoignage suite à notre collaboration : J’ai aimé construire une image répondant au programme que m’ont donné les organisateurs du colloque, ainsi cette vision d’un territoire heureux est autant la leur que la mienne. Ce genre d’équilibre de l’activité humaine et de la nature, nombre d’associations le recherchent et veulent participer à le construire. Pour ma part je suis un membre de l’association Non Au Béton depuis 2007 et, avec elle, en 2017, j’ai rejoint le collectif Ceinture Verte qui fédère une quinzaine d’associations de l’aire montpelliéraine. Chacune d’elle, selon sa sensibilité, s’intéresse activement à la diversité de la nature, à l’agro-écologie, et surveille l’accélération de l’urbanisation. Le collectif Ceinture Verte veut sensibiliser autour de lui à la disparition des espaces naturels et des terres cultivées. Il veut montrer aux citoyens et aux dirigeants que nous élisons, que soigner l’hubris urbanisante, préserver de l’artificialisation les sols avec leurs vies aérienne et sous-terraine, favoriser les métiers liés à la nature et à l’agriculture, c’est garantir l’avenir, désormais incertain, des milieux et des espèces vivantes, dont nous sommes.

  • Conférence Manger bon, local et durable, c'est possible ! le 28/02/2020 à 14h30 au SIA

    Nous vous donnons rendez-vous sur le stand INRAE au Salon International de l'Agriculture de 14h30 à 15h30 pour une conférence tout public. Yuna Chiffoleau (INRAE, UMR Innovation) et Gilles Maréchal (Terralim, UMR ESO) membres actifs du RMT Alimentation locale animeront vendredi 28 février à 14h30 sur le stand INRAE du SIA une conférence intitulée "Manger bon, local et durable, c'est possible !". Cette conférence sera l'occasion de revenir sur le colloque "Reterritorialisation de l'alimentation : quelles contribution à la durabilité des systèmes alimentaires ?" (28/11/2019). Compte-rendu du colloque Elle reviendra plus particulièrement sur les résultats de l'étude nationale sur la reterritorialisation de l'alimentation coordonnée par Yuna Chiffoleau et présentée dans un article publié ce jour sur le site de l'INRAE : Lire l'article Retrouvez ici toutes les rencontres et conférences proposées sur le stand INRAE. Les événements du RMT et de ses partenaires sont dans l'agenda du RMT. Vous pouvez nous faire part de vos actualités, événements ou offres d'emploi à l'adresse : animation@rmt-alimentation-locale.org

POUR ÊTRE TENU·E INFORMÉ·E DES PROCHAINS ARTICLES, ABONNEZ VOUS !

Merci ! Vous allez recevoir un email prochainement.

NOUS SUIVRE EN LIGNE

  • LinkedIn
  • YouTube

Concocté par l'équipe du RMT alimentation locale © 2025.

bottom of page