Alors que les routines alimentaires se sont installées au cours des 3 premières semaines de confinement, un sentiment de lassitude apparaît. La répétition à l’identique des tâches alimentaires est vécue comme pesante dans certains foyers.


Les routines alimentaires s’inscrivent

dans la durée...


La chronique des quatrième et cinquième semaines du confinement s’inscrit dans la continuité de la quinzaine précédente. Les routines sont installées, et parfois de façon très stricte “2 repas équilibrés à faire par jour, viande 3 fois par semaine, poisson 1 fois par semaine, œufs 1 fois par semaine. Augmentation de la fréquence d'achat des produits frais (légumes/fruits/fromage/pain)” (famille de 6 personnes en milieu rural, 9 avril). Les évolutions du régime alimentaire persistent “depuis la mise en place du confinement l'attitude de mon conjoint vis à vis de l'alimentation a évolué : il mange principalement des pâtes (alors que franchement il y a des options fraîches), moi je fais super attention à ce que je mange, car je ne veux pas grossir” (consommatrice en Occitanie, 16 avril).


L’alimentation et la cuisine continuent à jouer leur rôle de lien, au sein des familles “on se rend compte de l'importance de la nourriture, qu'on se regroupe autour du repas afin de rigoler et d'échanger sur comment on se sent, de quoi on a besoin…” (consommateur d’Ille et Vilaine, 10 avril) ou entre voisins “entre voisins nous avons partagé des plats qu’on avait chacun préparés… en posant les plats sur le devant de la porte de chacun ou sur le mur de clôture… cela c’est fait spontanément, chacun quand il cuisinait en partageait avec un voisin et souvent en échange le voisin faisait passer des œufs, de la confiture” (consommateur en Auvergne, 10 avril).


Les bonnes résolutions continuent à s’affirmer: “je suis de fait végétarienne depuis le début du confinement et pense conserver cette habitude après le déconfinement car je m'aperçois que la viande ne me manque pas” (consommatrice parisienne, 18 avril). La période d’après le confinement commence à hanter les esprits “se pose alors la question avec l'apparition de premières carences sur ces mêmes produits de savoir si nous pourrons en bénéficier dans des quantités suffisantes et à des prix abordables dans les semaines à venir [...] Le doute de ce qui se profile est d'autant plus fort étant donné les interrogations souvent évoquées de la capacité limitée d'autonomie alimentaire des villes et les restrictions qui peuvent en découler.” (consommateur de Bretagne, 18 avril).


… mais commencent à peser


La nouveauté vient sans doute de l’expression d’une lassitude face aux routines. Les discours enthousiastes ou fatalistes sont désormais tempérés par d’autres qui décrivent “le sentiment de ne jamais sortir de l’obligation de cuisiner ou “d’avoir à toujours y revenir” (entretien privé avec des personnes en Bretagne, Rhône Alpes, Pays de la Loire, le 16 avril), en particulier dans des familles ou cette “obligation” se superpose à d’autres, comme la surveillance et l’éducation des enfants. Au point que plusieurs personnes de ce même échange collectif soulignent le recours, par elles ou des proches, à des commandes auprès de restaurants ou traiteurs pour casser la routine, chose qu’elles ne faisaient pas, ou moins, avant.

Les bornes inhérentes à la crise, qui restreint les choix, ajoutent à cette fatigue “aussi je me rends compte qu'avant le confinement je pouvais choisir ce que je mettais dans mon assiette, aujourd'hui après 5 semaines de confinement cela n'est plus totalement le cas” (consommatrice d’Occitanie, 16 avril). Le souvenir du “bon vieux temps d’avant” taraude certains “avant le confinement, bien que j'essaye un maximum de cuisiner (végétarien) chez moi, je mangeais tout de même au moins 4 ou 5 fois par semaine hors domicile (déjeuner dehors autour du bureau, afterwork en semaine, restaurant le week-end). Le confinement ne m'a donné d'autre choix que d'arrêter cette consommation extérieure (principalement motivée par des raisons sociales, puisqu'en confinement, je ne commande pas à emporter)” (consommatrice parisienne, 18 avril).


Ce qui a pu être un plaisir au début, attisé par la nouveauté, devient une contrainte “je me force pour les fruits et légumes pour ma santé” (consommateur isolé en région parisienne, 17 avril) “nous arrivons à tenir bon, malgré le temps que cela prend, avec une alimentation saine” (couple en télétravail en région parisienne, 18 avril). L’observation de comportements comparables autour de soi attise la lassitude, comme cette consommatrice d’Occitanie qui note le 16 avril lors d'achats dans un magasin bio qu’elle fréquente d’habitude que “le personnel semble fatigué et usé. Je ressens une ambiance lourde. Quand je rentre, je me sens mal, fatiguée”.

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Présentation du Bulletin n°3

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