Dans cette première partie du bulletin conclusif, nous revenons sur les temps forts de la crise du covid-19 et plus particulièrement les éléments impactant notre alimentation. Nous proposons ensuite un retour sur les caractéristiques des répondants et les situations couvertes par les témoignages reçues. Nous revenons également sur les faits marquants de cette première phase d’enquête : l’importance prise par l’alimentation et la capacité des circuits alimentaires territorialisés à répondre à une explosion de la demande. Pour finir, nous faisons un bilan des initiatives inspirantes mises en place pendant le premier confinement qui nous ont été partagées.



Frise chronologique


Nous vous proposons une frise chronologique interactive pour revenir sur les temps fort de cette première phase d'enquête.


Cette frise permet de revenir sur les événements ponctuels ou longs entre mars et juillet 2020 avec des articles de presse, des vidéos, des manifestes...


Vous pouvez consulter cette frise en plein écran ici.


Caractéristiques essentielles des répondants et situations couvertes par l’enquête


Les presque 800 contributions reçues, après que nous ayons écarté celles qui sont brèves ou imprécises (par exemple “je suis allé faire mes courses”), ont été classées en 3 groupes :

  • le premier groupe rassemble des témoignages, où les contributeurs décrivent leur expérience personnelle, comme « je mange plus qu'avant », « je vais désormais faire mes courses dans la supérette du quartier », « je suis allé m'approvisionner dans une ferme » ou « je partage du pain avec mes voisins » ;

  • le second groupe concerne les récits qui relatent des actions, des déclarations observées à l'extérieur, chez des voisins, dans un lieu d'approvisionnement, lors d'une conversation avec un producteur, comme « je vois que mes parents mangent plus qu'avant », « la supérette du quartier est très fiable sur le plan sanitaire », « le producteur que j'ai rencontré est épuisé » ou « mes voisins se sont mis à faire et partager leur pain »

  • le troisième groupe comprend, les contributions mixtes qui associent les deux types précédents.

Sur les 606 contributions que nous avons traitées, 194 relèvent du témoignage, 251 du récit extérieur et 161 associent les deux. La proportion est variable au fil du temps. Au début (c’est le cas par exemple des 17 premiers dépôts), les personnes apportant un témoignage nous ont surtout confié ce qu’elles observaient en dehors, puis ont progressivement de plus en plus apporté des témoignages personnels.



Évolution au fil du temps des contributions (les chiffres représentent l’ordre d’arrivée des dépôts)

Les témoignages


Sans surprise, ils parlent avant tout de l'univers domestique, pour les deux tiers d'entre eux. S'y adjoignent les voisins et amis pour plus d’un sur dix. L'horizon spatial de ces témoignages est centré sur le foyer pour plus de la moitié, et parle peu de ce qui est vécu en dehors. Cependant, la moitié mentionne des acteurs de la chaîne alimentaire, principalement les commerces et les agriculteurs (99 contributions sur les 194 mentionnent des lieux de distribution). L'information à en tirer reste toutefois limitée puisque les pratiques de ces acteurs ne sont pas décrites. Les lieux d'approvisionnement évoqués sont principalement les marchés, les hyper/supermarchés et les commerces spécialisés. La « crise des marchés » et la comparaison des ressentis sur la sécurité sanitaire, en dehors de faits observés, sont amplement abordés. Plus d’un témoignage sur cinq, enfin, relate les actions de jardinage ou d'auto-production.

Les récits


Ils décrivent « ce qui se passe à l'extérieur ». L'espace décrit est la commune dans plus de la moitié des cas, le quartier une fois sur cinq et l'intercommunalité (repérée par des textes comme « je suis allé au supermarché de la commune d'à côté », « il me faut vingt minutes de route pour aller dans la biocoop la plus proche») une fois sur sept. L'espace communal, parfois centré sur le quartier ou légèrement élargi, semble donc l'espace de référence pour la « vie alimentaire » de nos déclarants. Les auteurs de récits sont aussi les plus prolixes en discours généraux sur l'alimentation, qu'il s'agisse de la perception de différences de traitements entre acteurs, ou des inégalités entre pays, bien qu’ils restent rares.

Les lieux « vedettes » des récits sont les marchés de plein vent et les ventes à la ferme, fréquemment associés dans des déclarations comme « vu l'absence de mon producteur sur les étals qui restent sur le marché, je suis allé chercher mes légumes directement à la ferme ». Les autres lieux les plus fréquemment cités sont les supermarchés, les AMAP et les plateformes en ligne. Les récits comportent souvent des observations multiples : alors que le nombre de récits est de 251, on compte 407 mentions de lieux d'approvisionnement et seuls 11 récits n'en disent rien.


De quels acteurs les gens parlent-ils ? Principalement des acteurs non-agricoles (commerçants, membres d'associations), pour la moitié des déclarants, mais aussi des agriculteurs dans une proportion très voisine. Ce chiffre vient conforter l'analyse qualitative qui identifiait une grande attention au monde agricole (sans doute révélatrice de la sociologie des déclarants). Les récits sont les plus diserts sur l'action des collectivités ou pouvoirs publics puisqu'un sur six aborde le thème (contre moins d'un sur dix pour les deux autres catégories).

Sans surprise, cinq personnes sur six nous décrivent des faits observés dans leur environnement économique lié à l'alimentation : précautions sanitaires prises à la ferme, files d'attente au supermarché, réorganisation de l'AMAP…

Les déclarations mixtes


Elles rassemblent des traits observés dans les témoignages et les récits : cinq sur six parlent de l’environnement économique de l'alimentation, mais aussi un sur deux de ce qui se passe au foyer. Ces déclarations mixtes sont aussi de loin les plus complètes, puisqu'elles ciblent voisins et amis dans presque un cas sur cinq. Encore plus que les purs récits, elles cherchent à donner une vision synoptique de la situation : 442 mentions sont faites de lieux de distribution, pour 161 déclarations, soit en moyenne 2,5 lieux mentionnés dans chaque déclaration. Elles présentent l'intérêt d'expliciter les inter-relations entre ces lieux, de type « je préfère aller à la supérette de quartier, plus sûre que l'hyper » ou « le groupe de voisins qui s'est réuni pour aller faire les courses adresse désormais une commande collective à un producteur ». Presque autant que les purs témoignages, les déclarations mixtes parlent de jardinage et d'auto-production (une sur cinq).

Encore plus que les récits, les déclarations mixtes parlent des acteurs non-agricoles (plus de deux sur trois), du mouvement collectif de citoyens (associations ou groupements créés pendant la crise), à proportion de presque une déclaration sur trois, et toujours des agriculteurs. Les marchés, les ventes à la ferme, mais aussi les supermarchés et les magasins bio sont mentionnés dans des proportions voisines (une sur six ou sept) et c'est dans ce type de déclarati