Avec plusieurs débouchés supprimés, certains points de vente fermés subitement et des ventes qui fluctuent fortement, les acteurs des circuits courts montrent une grande capacité d’adaptation mais s’interrogent sur la gestion de la logistique et de la production à venir.


Les circuits courts sont particulièrement affectés par la crise du coronavirus, avec de multiples questionnements, de la production à la distribution. Si, au début de l’épidémie et du processus de confinement, c’est le maintien de la distribution qui a fortement posé question, très vite, les questions de logistique et d’organisation de la production sont apparues toutes aussi prégnantes.


« Dès le début, de nombreuses interrogations pour les producteurs en circuits courts, les marchés vont-ils être maintenus ? Si non, les clients viendront-ils jusqu’à la ferme ? Si oui, comment organiser son temps entre vente et production ? Plus : problème car les ventes pour les circuits courts reposent sur l’humain et dans ce cas il y a le risque de tomber malade. »

Producteur de semences bio, Bretagne, 15 mars 2020


Les agriculteurs doivent réorganiser leur temps de travail pour attribuer plus de temps à la logistique et à la distribution et souvent inclure de nouvelles contraintes personnelles (garde des enfants) mettant en péril leur capacité à faire perdurer l’offre dans les mois à venir. Ils ont par ailleurs la responsabilité de protéger leurs clients avec qui ils ont un contact direct alors que les contacts sont nombreux et également de se protéger eux-mêmes.


« Les enfants à garder à la maison, donc moins de temps à passer avec les bêtes et les fruits et plantes aromatiques. Pourtant c’est la pleine période pour désherber, sarcler, pailler, planter, semer…»

Éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020


Production

La production, déjà menacée par un hiver doux et humide favorisant le développement de parasites, est ainsi impactée dans un moment particulièrement critique (mois de mars et avril) où il est nécessaire de passer du temps dans les fermes pour récolter les légumes de printemps et semer pour l’été. Si plus de temps est attribué à d’autres activités, il faut alors trouver de l’aide dans un contexte contraint : impossible de faire appel à des parents plus âgés qui sont une population à risque et report des stages avec les étudiants en école d’agriculture. Certains agriculteurs ont pu faire venir plus tôt de la main d’œuvre saisonnière tandis que des habitants se manifestent pour en aider d’autres mais en prenant en compte qu’augmenter le nombre de personnes augmente le risque sanitaire pour les travailleurs, y compris le chef d’exploitation « et cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades » (membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020).


« cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades »

Membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020


Les éleveurs et maraîchers avec des surplus s’interrogent sur la transformation de leurs produits. Les premiers craignent la fermeture de certains abattoirs : « si à l’avenir on ne peut pas faire abattre les agneaux, il faut continuer à nourrir les animaux, ce qui entraîne des frais supplémentaires pour les éleveurs. » (éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020), les seconds aimeraient pouvoir transformer à moindre coût les surplus ou hors-calibre pour ne rien jeter en période de crise mais ne disposent pas toujours de structures adéquates à proximité.


Logistique

Pour certains acteurs,

« cette période montre que la production n’est pas un frein mais que c’est la logistique le plus grand frein en circuit court »

témoignage d’un acteur de la logistique pour les circuits courts, 18 mars


Pour répondre à cette problématique, plusieurs types d’acteurs proposent des services pour faciliter la logistique pendant la crise.

Ainsi :

- des collectivités ouvrent des répertoires de producteurs locaux à destination des consommateurs, à l’échelle communale (sites municipaux), départementale (Gard) ou régionale (Occitanie). Certains sont renseignés de façon participative.

- d’autres cartes participatives sont proposées directement par des particuliers, associations ou entreprises (autour de Lyon, par exemple).

- l’association “mes Producteurs mes Cuisiniers” propose l’utilisation gratuite de sa plateforme pendant 3 mois, permettant aux producteurs de créer facilement un espace de vente en ligne ou de créer des espaces de distribution communs avec d’autres.

- l’association Cagette.net propose un kit d’urgence (logiciel libre) pour créer rapidement un drive producteurs.

Avec le confinement, de nombreux consommateurs souhaitent se faire livrer, ce qui demande une logistique particulière aux producteurs.

Certains ont témoigné avoir choisi de recourir à des prestataires extérieurs :

« une livraison à domicile à partir de la semaine du 23/03, dans un rayon de 15 km, en partenariat avec une société de taxi ardennaise. Le taxi va livrer un secteur quand il y a une dizaine de commandes, avec un coût de transport de 7,5€ / commande. » (magasin de producteurs, Grand Est, 20 mars).

D’autres choisissent de mettre en place la livraison pour leurs clients habituels sans leur facturer :

« je réfléchis à un service de livraison à partir de la semaine prochaine afin de limiter la circulation des personnes, vaut mieux une personne qui se déplace plutôt que plusieurs dizaines, il n’y aura pas de surplus de prix par rapport au marché ni frais de livraison simplement un prix minimum » (maraîcher, Bretagne, 20 mars 2020).


Distribution

Concernant l’impact de la crise du coronavirus sur les ventes, nous avons reçu des témoignages variés de la part des acteurs des circuits courts, montrant qu’il n’y a pas de règle générale. Une forte augmentation des ventes a été observée par plusieurs collectifs de distribution de paniers ou des magasins de producteurs au début du confinement. Cependant, de nombreux clients ayant fait des réserves, le niveau de commande risque selon eux de stagner par la suite. Par ailleurs, tandis que certains clients déclarent continuer à aller au marché ou au magasin de producteurs par militantisme, d’autres se sont orientés vers les drives de GMS jugés plus sûrs compte tenu de la forte affluence dans les lieux en circuits courts. Les témoignages font également remonter l’observation de marchés peu fréquentés, amenant les exposants à s’interroger sur la gestion de leur surplus.

Dans cette période de début de confinement, les acteurs des circuits courts basés sur le littoral ou dans les îles, en particulier, sont sous forte tension, du fait de l’afflux de “réfugiés sanitaires” : à Bréhat par exemple, le stock de pommes de terres et de légumes produits localement a été presque totalement écoulé dès le début de semaine. Selon les témoignages recueillis, certains producteurs ou intermédiaires de systèmes de paniers sur commande en zone littorale ont eux choisi de “rationner” en n’ouvrant les commandes qu’aux habitués plutôt qu’aux très nombreux propriétaires de résidences secondaires ayant rejoint le territoire pour la durée du confinement et souhaitant profiter de l’opportunité de ces commandes sans qu’une telle demande ait pu être anticipée.