Supermarché, commerces de proximité ou achat à des producteurs ? Produits de base ou produits de qualité ? Les témoignages font ressortir plusieurs tendances en matière d’approvisionnement. Avec deux faits marquants, qui parfois même se combinent : l’approvisionnement (re)tisse des solidarités de quartier ou de village, avec les commerces de proximité et/ou ses voisins; des consommateurs s’impliquent dans l’organisation de circuits courts, au-delà des citoyens déjà engagés dans l’alimentation locale.



En matière d’approvisionnement, plusieurs grandes tendances se dégagent des témoignages recueillis lors de cette deuxième semaine de confinement :

  • On limite ses déplacements pour faire les courses, on se fait livrer à domicile et/ou on va au plus près de chez soi, en essayant d’acheter le plus de choses au même fournisseur ou au même endroit, pour éviter les contacts et les possibles contaminations. Dans certains cas, cela peut obliger à consommer différemment : “normalement mes parents achètent à la biocoop ou au marché de la petite ville à côté de chez moi mais là ils préfèrent faire au plus près, dans l'enseigne coccinelle du village. Habituellement mes parents prennent le temps de faire les courses et mangent bio ou du marché (ou les deux) la plupart du temps mais en ce moment ils sont plutôt en mode, "on ne va pas faire les fines bouches on va faire avec ce qu'on trouve"” (27 mars, Bourgogne-Franche-Comté); “On essaye de faire les courses en allant dans le moins de magasins possibles du coup ca favorise malheureusement les supermarchés qui n'ont pas que des produits locaux” (consommatrice, 31 mars, PACA). Dans d’autres cas, on arrive tout de même à maintenir ses habitudes d’achat, parce qu’on achetait déjà beaucoup dans son quartier ou bien parce que des commerçants de proximité ou des primeurs présents sur les marchés proposent des livraisons à domicile. La crise amène plus largement à découvrir, ou à redécouvrir les commerces de proximité de son village ou de son quartier: “La petite épicerie du village qui a pris toutes les précautions sanitaires nécessaires fonctionne plus que d'habitude, les habitants y vont faire plus d'achats que d'habitude alors qu'en temps normal c'est juste du dépannage” (habitant d’un village en zone rurale, 2 avril). Toutefois, l’offre y est inégale. Dans certains cas, il s’agit de produits de qualité et les commerçants s’organisent pour proposer une offre diversifiée : “Notre primeur propose la livraison à domicile. Il passe même chez le boucher et le boulanger. Du coup c’est facile et nous sommes heureux de faire travailler nos petits commerçants” (consommateurs, 31 mars, Occitanie). Dans d’autres cas, la gamme est réduite et parfois un peu chère : “Dans les petits commerces il y a moins de choix et c'est aussi plus cher donc cela a un petit impact sur notre alimentation. Il faut choisir entre confort/sécurité/variété/coût. Ce n'est pas évident” (consommatrice, 31 mars, Ile de France).


  • On achète en grand volume au supermarché, en magasin ou en drive, pour regrouper ses courses, pour des questions budgétaires et/ou parce que le supermarché apparaît plus sûr: notre dépôt est inondé de commandes. Nous battons chaque jour notre record du nombre total de commandes et avons environ 150 nouveaux clients (première visite dans notre structure) par jour. Je pense fortement que dans cette période de tension le drive devient une alternative pour les personnes cherchant à éviter tout contact interpersonnel” (salarié d’un drive de supermarché, 1er avril). Cela peut être aussi parce qu’on y est conduit - même si on s’y approvisionnait peu avant - par ses enfants ou bien les proches avec lesquels on est confiné (“Flip du fiston pour sortir donc on va faire avec ce qu'on a ! Courses commandées au marché livrées dimanche! courses livrées par Auchan, et drive par Monoprix”, consommateur confiné avec son fils dans un appartement en banlieue parisienne, 1er avril). Dans ce cas, on peut être obligé de modifier radicalement ses pratiques alimentaires: Depuis le début du confinement et à présent que mon conjoint et moi (jeunes cadres en télétravail, 25 et 23 ans) ne sortons que pour faire les courses de manière alternée, nous avons abandonné nos engagements en matière d'alimentation responsable. Alors que nous nous étions engagés à ne plus manger de viande à la maison ou à n'acheter que des légumes français et de saison, notre comportement s'est fortement relâché : viande ou poisson à presque tous les repas, produits transformés, poivrons espagnols... Nous n'utilisons plus les circuits courts et faisons nos courses uniquement au supermarché. La limitation des déplacements et l'impératif de préparer soi-même tous ses repas poussent à moins regarder la provenance ou le mode de transformation des aliments et à transiger sur les régimes alimentaires même les moins contraignants. Cela prouve que bien manger est le fruit d'un effort (à la fois de réflexion - que manger ce soir ? - et de déplacement/sourçage des "bons" produits)” (30 mars, Ile de France). Certains essaient toutefois de privilégier l’origine française voire locale, pour soutenir les producteurs. Néanmoins, quand on achète au drive, “ce service offre des produits 'type', c.à.d. pré-emballés, pas de local, et des marques plutôt chères. On essaye d'éviter le contact avec les gens un maximum et ceci est le prix qu'on paye” (consommatrice, 2 avril, Occitanie).

  • On achète en petite quantité, en général dans le quartier où on habite, dans des commerces de proximité, des magasins bio, ou bien auprès producteurs en point retrait “pour prendre l’air” et/ou “pour les soutenir”.

  • On privilégie les produits de qualité, au supermarché ou dans les commerces de proximité, en allant davantage dans les magasins bio, en lien avec le fait qu’on cuisine davantage, ce qui a un impact sur le budget alimentaire: “j'ai explosé mon budget alimentaire en privilégiant la qualité, le goût, la diversité, le bio, etc. et la question des repas confinés est devenue prioritaire, y compris sur mon temps de travail. C'est la caractéristique du confinement je suppose.” (consommatrice, 31 mars, Ile de France). Cela peut toutefois s’équilibrer car “nous achetons moins mais mieux même si le confinement contraint à plus de repas à la maison” (consommateurs, 31 mars, Occitanie).

  • On soutient fortement les circuits d’approvisionnement “alternatifs” dans lesquels on était engagé auparavant (AMAP, supermarché coopératif…) en y achetant davantage, en s’impliquant pour élargir l’offre en contactant des producteurs pour qu’ils bénéficient de ce système de regroupement de la demande déjà structuré; “Nous travaillons à mettre en place un réseau pour que les producteurs, pas seulement ceux qui fournissent notre AMAP, puissent écouler leurs produits malgré la fermeture des marchés” (membre d’une AMAP Est France, 1er avril).


  • On achète à des producteurs en direct: ceux avec lesquels on était déjà en contact, sur un marché, via une boutique, et qui se sont organisés pour proposer des livraisons de paniers déjà tout prêts, à domicile ou dans un point retrait; ceux qu’on connaissait avec lesquels on s’est mis nous-mêmes en contact et qu’on a même, dans certains cas, aidés à s’organiser pour livrer; ceux qu’on ne connaissait pas mais qu’on a découverts ou bien recherchés pendant cette crise, parce que la collectivité a proposé une carte référençant les producteurs locaux ou bien maintenu le marché, ou bien parce qu’un voisin a contacté des producteurs pour organiser une livraison et nous en a fait bénéficier. Pour certains, en effet, c’est une garantie de produits plus frais mais aussi de distribution plus sûre et plus rapide qu’en supermarché ou supérette. Les avis sont donc contrastés sur la sécurité des lieux d’approvisionnement, qui doit immanquablement varier selon les magasins et les acteurs de l’alimentation.

  • On s’entraide entre voisins, même si on n’a pas les mêmes habitudes de consommation: “Organisation d'une liste de diffusion des voisins pour échanger sur les besoins des uns et des autres durant le confinement. Echanges mails au départ, puis création d'une liste sur framaliste. Permet de s'échanger les "bons plans" pour trouver des denrées alimentaires : récupération de légumes abimés et produits en DLUO dépassée ou très proche, proposition de courses collectives, infos sur les marchés du quartier, contacts de producteurs qui livrent, etc. Cela met en contact des habitants avec des modes de consommation différents (supermarché, marché, récupération - bio/non bio - local ou non, etc)” (1er avril, Bretagne).


  • On cueille dans son jardin ou autour de chez soi, on se met à produire soi-même, quand on la chance d’avoir un jardin ou d’habiter près de zones naturelles: “nous avons développé beaucoup plus rapidement que prévu notre jardin. Nous collectons également des plants comestibles dans notre rayon de sortie autorisé” (témoignage des Charentes-Maritimes, 2 avril). Cela permet aussi de faire des échanges avec les voisins: “Comme nous avons un citronnier très productif nous faisons des échanges. Nous nous rendons compte que c'est bon pour tous. Cela met en place des relations sociales nouvelles et positives” (consommateurs, 31 mars, Occitanie).

A la lecture des témoignages, nous retenons finalement deux faits marquants: tout d’abord, l’approvisionnement suscite de nouvelles solidarités de voisinage, entre habitants d’un même quartier ou village, mais aussi entre consommateurs et commerces de proximité. Ensuite, des consommateurs s’impliquent de manière significative dans l’organisation d’un approvisionnement en direct venant d’un ou plusieurs producteur(s). Non seulement des AMAPiens étendent leur réseau d’approvisionnement en contactant des producteurs qu’ils fréquentent sur les marchés mais aussi, de façon plus inattendue, des consommateurs peu ou pas engagés dans l’alimentation locale avant la crise contactent un ou plusieurs producteurs et en font bénéficier leurs voisins, ce qui se combine alors avec de nouvelles solidarités de voisinage : “Devant le confinement rapidement un habitant du square qui de temps en temps a participé aux animations autour du jardin s'est proposé de faire le lien entre les habitants et les producteurs pour amener la nourriture au plus près des immeubles du square. Par email, une liste de légumes possibles avec les prix a été envoyée à plusieurs d'entre nous. Un maraîcher qui vend le samedi au marché du Blosne a bien voulu accepter de vendre groupé pour le quartier. L'habitant motivé a été cherché les légumes et avec l'aide d'autres ont ventilé à chacun la commande.” (31 mars, Bretagne). “La semaine dernière, mon voisin m'apprend qu'il aide un épicier de Sète (qui tient une épicerie bio) à distribuer des paniers de légumes. L'épicier est en lien avec une maraîchère du bassin de Thau et il l'aide à écouler sa production [...] Mon voisin entrepose les paniers dans son entrée d'immeuble, 25 paniers, et des gens (dont moi, 10 euros le panier) viennent retirer le panier commandé. C'est assez drôle de voir les gens défiler en bas”. (31 mars, Occitanie).

C’est parfois compliqué, cependant, de s’impliquer pour aider les producteurs: “La fermeture des marchés (finalement réouverts mais contraints) a nécessité une adaptation de la part de notre foyer mais aussi des maraîchers pour trouver un circuit court possible. Membre d'une association, nous voulions être acteurs pour accompagner les producteurs locaux : nous avons eu des difficultés à mettre en place de la livraison du maraîcher au particulier car les autorisations de circulations et assurances sont complexes à obtenir et dissuasives. Nous passons finalement via "la Ruche qui dit oui" cette semaine mais aimerions mieux comprendre comment créer un maillon simple entre maraîchers et citoyens dans de tels cas. Les circuits déjà rodés à la préparation de commande ont l'air clairement plus adaptés et moins impactés : AMAP entre autres” (consommatrice, 6 avril, Bretagne).




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Bulletin de Partage 2 - Faire ses courses au temps du confinement

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