Alors que la solidarité alimentaire est devenue une urgence pour les plus pauvres, les actions de solidarité ne cessent de se multiplier et l’on perçoit l’importance de la proximité et de la structuration des partenariats pour le développement de solidarités.


La pauvreté, facteur d’aggravation de

la détresse alimentaire

La détresse alimentaire des plus démunis, des plus pauvres, s’exprime cette quinzaine avec acuité : une confirmation du fait que les inégalités sociales se creusent en période de crise.

En France, la presse s’en fait l’écho : “Les quartiers populaires entament leur deuxième mois de confinement à bout de souffle, mais encore soutenus par un faisceau de solidarités inédites, réinventées dans l’urgence” titre Le Monde (18 avril 2020) ; “Il y a urgence, les gens ont faim. Avec le confinement, le nombre de personnes dans le besoin explose dans le 93” scande Le Parisien (17 avril 2020) ; “Les personnes en situation de précarité basculent dans la pauvreté” (Ouest France, 24 avril 2020). Cette précarité parfois préexistante est renforcée par la perte d’emploi occasionnée par la crise. Ainsi, la disparition des petits boulots du fait de la crise renforce les inégalités sociales, notamment entre les étudiants : “Je suis intérimaire et là je n'ai plus de missions, je fais avec le peu que j'ai… 60 à 70% en moins dans le portefeuille”. Parmi les doléances recueillies auprès des étudiants, on peut trouver : « urgent, plus rien à manger »; (AFP agence, 16 avril 2020).


A l’étranger, l’injustice alimentaire se fait également criante. En Colombie, elle est révélée par des “chiffons rouges” accrochés aux fenêtres qui expriment l’appel au secours et la protestation de “nombre de Colombiens des quartiers pauvres [qui] souffrent des conséquences immédiates de l’absence de travail : le manque de nourriture” : à Itaguï par exemple, “La majorité des familles ici a faim, ce sont des gens qui vivent au jour le jour, des vendeurs ambulants, des mères de famille qui travaillent comme employées de maison. Certaines de ces familles n’ont pas mangé depuis deux jours et nous essayons tous de nous entraider, mais tous les portefeuilles sont vides” (Courrier international, 18 avril 2020). Au Royaume-Uni, la détresse alimentaire est aussi palpable. The Guardians exhorte le gouvernement à aider les « 1,5 million de personnes [qui] passent toute la journée sans nourriture », causé par à la fois par la crise sanitaire et la politique d’austérité (11 avril 2020). Le même problème explose aux Etats Unis : “Alors que des millions d'Américains ont perdu leur emploi depuis le début de l'épidémie de coronavirus, des populations de plus en plus pauvres peinent à survivre” (Huffingtonpost, 11 avril 2020).


Pour tenter de faire face à cette détresse alimentaire, plusieurs types d’actions sont mises en place :

En France, l’Etat vient de renforcer son plan d’aide en débloquant 39 millions d’euros supplémentaires au bénéfice de personnes et familles en situation de précarité, notamment alimentaire ( lien, 23 avril 2020).

Les communes et intercommunalités sont aussi à la manœuvre. La Métropole Aix-Marseille-Provence met en œuvre “un ensemble de mesures significatives pour venir en aide aux habitants les plus fragiles et les plus exposés à la crise actuelle mobilisant plus de 800 000 euros.” (Communiqué de presse de la Métropole Aix Marseille Provence, 14 avr. 2020) et “La ville de Marseille a décidé de rouvrir sa cuisine centrale pour pouvoir fournir des repas aux plus démunis, touchés de plein fouet par l'épidémie de coronavirus (5.000 repas par jour) (Figaro Economie, 16 avril.2020).

D’autres organismes publics interviennent. Les étudiants en détresse alimentaire et sociale peuvent ainsi bénéficier de certains soutiens institutionnels. Par exemple, à Bordeaux, le CROUS annonce avoir alloué depuis le confinement “70.000 euros d'aides sur évaluation sociale (…) à 500 étudiants, auxquels s'ajoutent 60.000 euros en bons d'achat, en cours de distribution et des portages de colis alimentaires en lien avec la ville de Bordeaux et la Banque alimentaire”. De son côté, l’Université de Bordeaux se serait “également adaptée avec des coups de pouce financiers pour s'alimenter ou “réduire la fracture numérique” et en mobilisant les permanences téléphoniques de suivi médical et psychologique (Espace santé étudiants). (AFP agence, 16 avril 2020).

Les ONG y travaillent aussi : « Pour Eux Lille », mouvement de solidarité citoyen qui recrée du lien social avec les personnes qui vivent dehors (SDF ou exilé.e.s.), propose “Quand on cuisine, de préparer un panier repas en plus et de l'inscrire sur sa plateforme bit.ly/CommandesPourEuxLille ; un livreur citoyen viendra le chercher au domicile en vélo et le donnera jour même aux personnes qui en ont besoin” (Facebook du groupe « Pour Eux Lille », 10 avril).

D’autres organisations réutilisent les denrées invendues de la restauration et/ou de la grande distribution pour les redistribuer. C’est le cas d’Entraides Citoyennes qui mentionne qu’en ce moment ils ont “plutôt plus de dons que d'habitude” (75018 Paris, 18 avril) ou de l’Association MJF-Jane Pannier, qui accueille des jeunes filles, des femmes seules ou avec enfants, des personnes isolées et des familles en demande d’asile, qui reçoit «”de plus en plus de produits alimentaires par l'intermédiaire de chaînes de solidarité qui se sont fortement développées sur Marseille” (Association MJF-Jane Pannier, Marseille, 14 avril).

A l’étranger, des initiatives équivalentes sont développées. Selon Nourish Scotland (Company Limited by Guarantee and Charity Registered in Scotland), les gouvernements du Royaume-Uni et d'Écosse ont versé “d'importantes sommes d'argent” au profit des banques alimentaires et des réseaux collectifs de distribution alimentaire (Nourish Scotland). Aux États-Unis, les banques alimentaires sont assaillies et tentent de répondre : “Jeudi 9 avril, ce sont plus de 10.000 familles des environs qui ont eu recours aux services de l’organisme pour faire face au week-end de Pâques. Un bien triste record dans l’histoire de la banque alimentaire” (Huffingtonpost, 11 avril).


Les initiatives en faveur de la justice alimentaire peuvent également

être le fait de citoyens.


En France, pour les étudiants en détresse alimentaire, le collectif citoyen “Solidarité-Continuité alimentaire Bordeaux” “monté dans l'urgence” a mis en place une cagnotte Leetchi, ce qui a permis d’acheter des denrées alimentaires et sanitaires, de préparer des colis (“À l'intérieur: conserves et gel douche - préalablement nettoyés à la lingette -, féculents, café, papier WC, lessive mais aussi serviettes menstruelles et 5 copies d'autorisation de déplacement, «pour ne pas se mettre en danger». Pas de périssable, «compliqué», ni de gel hydroalcoolique, “trop rare!”), livrés “au pied de l'immeuble, un étudiant à la fois” (AFP agence, 16 avril).

A l’étranger, selon Nourish Scotland, les citoyens du Royaume-Uni ne sont pas en reste : en réponse à la détresse alimentaires des populations les plus démunies, “nous avons vu une mobilisation citoyenne impressionnante (…). Des milliers de personnes se sont inscrites pour faire du bénévolat, des voisins interviennent pour se soutenir mutuellement et de généreux dons ont été faits à des organismes de bienfaisance qui s'occupent des personnes les plus vulnérables de notre société” (Nourish Scotland).


La proximité, moteur de solidarité


La proximité se révèle un véritable moteur de solidarité.


L’existence d’une petite communauté, formée autour d’un village, rend parfois plus facile le recensement des difficultés : “en moins d'une semaine, après le confinement, toutes les personnes fragiles ou âgées du village avaient été contactées pour leurs besoins spécifiques. Bienheureusement, tous avaient du soutien de la famille, ou de voisins” (69650 Saint Germain du Mont Dore, 17 avril) ; “Le fait d'être deux, dans ce même petit village, à avoir le même type d'alimentation, et donc les mêmes habitudes pour faire ses courses (magasin bio) surtout quand il s'agit de l'alimentation, m'a soutenu pendant le confinement” (consommatrice 76610 17 avril).


Le "voisinage" est ainsi propice à la solidarité. Il permet des échanges et troc de denrées alimentaires, “des oeufs contre du pain de mie maison” (participant à "incroyables comestibles" 35730 17 avril). Certains préfèrent partager, tels ces 4 voisins qui font des “courses partagées une fois par semaine le pain pour tout le monde » et des « commandes en commun aux producteurs régionaux” (habitant 31270 17 avril) ou à des restaurants qui livrent : “ça arrange les producteurs et les consommateurs(Montpellier, 17 avril).


Le quartier est aussi un lieu de développement de solidarité, par exemple pour constituer des achats groupés en circuit court : “depuis maintenant 2 semaines, nous avons mis en place un groupe "WhatsApp" des habitants de la rue pour que chaque habitant puisse proposer des achats groupés en circuit court en solidarité avec les producteurs et en solidarité avec les habitants les plus âgés ou les plus faibles de la rue” (9 avril, Rennes).


Enfin, le commerce alimentaire de proximité, parfois maltraité par la concurrence des grandes surfaces, peut reprendre de la vigueur et jouer son rôle de soutien pour la population locale qui redécouvre ses vertus. Est ainsi mentionné le cas d’un petit commerce de proximité spécialisé en primeur fruits et légumes “qui était en grande difficulté financière depuis l’ouverture d’une GMS en centre ville”. Or “aujourd'hui il bosse beaucoup” et dit : “c'est dommage d'en arriver à ça (covid) pour enfin travailler” (consommateur 05100 7 17 avril).


Coordination des actions de solidarité : des partenariats historiques mais pas seulement...


Forts de leurs habitudes de collaboration d’avant la crise sanitaire, certains réseaux réussissent à proposer de nouvelles actions coordonnées : “grâce à la coordination des (13) associations d'aide alimentaire avec le CCAS et les services de la ville, a été très rapidement mis en place une aide financière aux familles qui bénéficiaient à la cantine, de la gratuité ou du tarif de la tranche la plus basse” (Chargée de mission alimentation Brest Métropole, 14 avril). C’est le cas aussi du réseau Cocagne qui organise, le plus souvent avec des partenaires habituels, la “distributions de paniers solidaires exceptionnels à destination de personnes en situation de précarité, relayées principalement par les CCAS, mais aussi des associations comme RESF, la livraisons de fruits et légumes frais pour les distributions d’aide alimentaire qui en manquaient cruellement, (…) avec les partenaires historiques tels que le Secours Catholique ou le Secours Populaire” (Réseau Cocagne, 17 avril) Plus généralement, à propos des AMAP et des groupements d’achat, il semble que “ces réseaux [déjà] interconnectés, ont une grande capacité de réaction en situations tendues ou de difficultés” (30000 Nîmes, 17 avril).


Ces liens antérieurs à la crise n’empêchent pas de nouvelles collaborations et l’élargissement des réseaux de solidarité. Le réseau Cocagne a développé de nouveaux partenariats pour la livraison de fruits et légumes frais “avec les banques alimentaires directement », a réalisé « des appels aux dons de produits non périssables auprès des réseaux d’adhérents pour fournir une antenne Caritas ayant des difficultés d’approvisionnement” et a accéléré “des partenariats avec d’autres producteurs” (Réseau Cocagne, 8 avril). Les AMAP sont aussi le lieu de nouvelles solidarités lorsqu’elles organisent de nouveaux partenariats avec “différents autres producteurs non habituels, qui, compte tenu des circonstances cherchaient des débouchés” (paysan boulanger, éleveur de Camargue, pisciculteur des Cévennes) (30000 Nîmes, 17 avril).


De façon plus ponctuelle, on a pu voir des organisations de solidarité spontanée, à l’image de la collaboration de bars et restaurants obligés de fermer, pour mettre en place un marché anti-gaspillage dans l'un des établissements avant fermeture (réseaux sociaux Rennes, 16 mars) ou l’alliance intelligente des forces entre une association, une commune et un particulier à l’occasion de distribution de paniers : la commune a prêté les locaux et assuré la sécurité, les bénévoles de "Voisins de paniers" ont assuré la distribution avec des masques confectionnés et offerts par une couturière (Saint Brieuc, 27 mars).


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