Les retours que nous avons reçus et les divers articles de presse consultés confirment les tendances déjà évoquées dans les bulletins précédents, sans apporter beaucoup de nouveaux éléments. La situation est toujours difficile pour de nombreuses filières agricoles confrontées au manque de main d'œuvre, à des emplois du temps chargés, et à des marchés perturbés. L'avenir de certaines activités pose question, les processus de fixation des prix agricoles sont impactés


Durant cette quinzaine, le développement des dispositifs de livraison s’est confirmé. Cela reste accompagné d’une surcharge de travail, et d’inquiétudes sur les conséquences économiques ou la mise en production pour la saison à venir :


“L'un après l'autre, tous les restaurants de la commune, jusqu'alors fermés, proposent des plats à emporter. Le restaurant gastronomique propose des plats faciles à réchauffer, « en dessous » de sa gamme habituelle (pizzas, paella) et les autres ont suivi.” (consommateur, Bretagne, 24 avril)


“Les commerces fixes ont mis en place des règles plus en réponse à une certaine pression que de leur propre volonté. Il y a une forte demande de livraisons ou de pouvoir passer commande, ce qui a valu des prises de commande par téléphone, préparations de commande et livraisons exténuantes pour les commerçants et leurs employés.” (consommatrice, Normandie, 3 mai)


“Le constat partagé oralement avec les producteurs, c'est une multiplication par trois ou quatre des commandes. D'ailleurs, tous proposent désormais des commandes en ligne via le site, par e-mail ou SMS, même s'ils font de nouveau les marchés (qui viennent de réouvrir). Par ailleurs, les besoins de main d'oeuvre ont été multipliés par deux (je suis d'ailleurs, à cette occasion, ouvrier maraîcher sur besoin, déclaré pour la première fois en tant que tel !) et le manque de production (circuits courts) est criant, de même que le temps consacré à la production. Le temps de travail des agriculteurs semble exploser : 80h par semaine pour T. (chef d'exploitation), en l'occurrence, qui maraîcher - éleveur, est déjà pas mal occupé au printemps normalement (60h), avec une augmentation des livraisons en tournée pour le chef d'exploitation.” (agent de développement provisoirement ouvrier en maraîchage, Pays de la Loire, 30 avril)


“Je suis productrice de viande bovine bio et j’avais une date de vente la deuxième semaine du confinement. Une semaine avant la vente, j'avais encore 140kg à placer et je commençais à m'inquiéter. Je venais d'entamer des démarches auprès des Comités d'entreprise de la ville voisine et tout tombait à l'eau en raison du confinement. J'ai fait passer un message à mes clients habituels qui se sont rués sur l'opportunité. Message dimanche soir 21h. Avant 12h le lundi, je n'avais plus de stock et les commandes continuaient d'arriver ! Je ne fais jamais de vente à partir du mois d'avril, car je dois récolter mes foins et ceux-ci dépendent de la météo ! Mais, cette année, je vais tenter une nouvelle vente le 20 juin : aujourd'hui, sept semaines avant la date, je n'ai plus que 120kg à placer. Je ne suis pas inquiète pour la vente, plutôt pour le foin si le créneau météo est étroit !” (productrice, Nouvelle Aquitaine, 4 mai)


Dans ce contexte de surcharge, la presse relaie certaines expériences de volontaires agricoles, venus pallier l’absence de main d’oeuvre étrangère, avec un succès varié :


« Il faut faire attention à ce qu’ils font. Si j’ai au milieu de ma caisse de petits pois des gousses qui sont vides, je serais obligé de les trier et de jeter la moitié de ce qui a été fait. » Fabien parle d’expérience, il y a une semaine, il a fait appel à un autre volontaire. Résultat : il a dû jeter une grande partie de ce qui avait été ramassé. (un maraîcher, France2, Envoyé Spécial, 23 avril 2020)


« L’ambiance était excellente » témoigne Félix, un des travailleurs venus prêter main forte au producteur, dans l’Oise agricole. L’employeur, lui aussi, est très satisfait. Les personnes venues travailler « étaient extrêmement motivées, ce qui fait qu’elles sont toutes restées jusqu’au bout malgré la pénibilité de la tâche », souligne l’agriculteur. Pourtant, tous n’étaient pas des habitués des travaux agricoles. Mais pour lui, cela a permis de « créer du lien entre consommateurs et agriculteurs ». (un maraîcher, Réussir, 23 avril 2020)


“Certains volontaires voulaient surtout sortir de chez eux, ils étaient dans un schéma de divertissement, dans ces cas-là, ils n'ont pas fait l'affaire ou ont renoncé.” (responsable emploi de la FNSEA, Le Parisien, 8 mai 2020)


Le succès des dispositifs de livraison par les agriculteurs ou les artisans du domaine de l’alimentation ne s’étend cependant pas à tous :

“Sur le plan professionnel j'ai commencé mon stage dans des conditions de confinement, en télétravail donc. Comme je fais un travail en relation avec l'agriculture et l'alimentation j'ai appris beaucoup de choses sur les impacts à géométrie variable de la crise sur les différentes filières agricoles : certes les circuits-courts sont remis « au goût du jour » mais pas tous, beaucoup de productions ne sont pas adaptées, les éleveurs perdent des débouchés…” (Pays de la Loire, 5 mai)


“En activité depuis six ans, cuisinière avec des produits locaux et principalement bio. J'ai plusieurs activités : les prestations et livraisons traiteur (une grosse moitié de mon CA), mais aussi une boutique et un stand sur un marché hebdomadaire. Avec les mesures de confinement, toutes les prestations déjà prévues de mars à juin ont été/sont aujourd'hui reportées (pour certaines avec une date, fin 2020 ou en 2021, pour d'autres non), voire annulées (ce qui rime parfois avec remboursement de l'acompte versé). A cela s'ajoute les incertitudes liées à la possibilité d'organiser des rassemblements au cours de l'été ou de l'automne : je ne reçois donc que de très rares demandes de devis (un pour cet été, trois pour 2021). Alors qu'il s'agit en général d'une forte période de demandes pour des prestations et/ou des devis pour les prochains mois. Pour faire face à la fois, à cette chute brutale d'activité et au manque de perspectives pour une reprise, j'ai développé depuis début avril : 1/ la vente de bocaux sous-vide auprès d'épiceries (j'en produisais déjà pour ma boutique, mais avec ce débouché, j'ai triplé ma production de ces bocaux) ; 2/ la vente de mes plats en ligne soit directement, soit via une plateforme de distribution de produits locaux auprès des particuliers. Ma démarche a été de penser une évolution de mes débouchés qui pourra être pérenne quand les prestations traiteur pourront reprendre.” (cuisinière, Normandie, 28 avril)


Cette pression sur les prix revient particulièrement autour de la quinzaine, avec des témoignages dont le ton se durcit autour du mode de fixation des prix :

“Un maraîcher livrant en bas de mon immeuble déplorait l’attitude de ses collègues : « des collègues ont laissé tomber certaines productions pour des produits qu’ils peuvent bien valoriser. Dans les supermarchés, leurs tomates sont passées à 4€/kg. Ils m’ont dit « Attends les cerises, tu vas voir, tu vas te gaver...! A plus de 6€ du kg. Je leur ai répondu : « non mais je ne suis pas comme ça. Je livre mes clients. » Ça me met hors de moi.

A la Biocoop, j’ai vu des endives à presque 10€/kg, des tomates cerises à 15€/kg, des pommes de terre à 2€40/kg, etc...!! Un consommateur m’a dit : « Ben voilà... Du coup, j’achète de la tomate espagnole ». Pour ma part aussi, j’achète des légumes à la Biocoop venant d’Italie, d’Espagne, du Portugal. La suppression des marchés plein vent a des lourdes conséquences.

Non seulement les politiques n’ont pas soutenu les circuits courts, mais ils n’ont pas été cadrés. Des producteurs abusent comme en période de guerre et de rationnement et risquent de mettre à mal la confiance des consommateurs. C’est sur cette base qu’Edouard Leclerc a lancé après la seconde guerre mondiale les supermarchés (fiabilité des prix pour les consommateurs et les producteurs et promesses d’achat réguliers au producteur).” (agricultrice, Occitanie, 1er mai)


“Depuis le début du confinement, la fermeture des restaurants et de beaucoup d'entreprises, la grande distribution est devenue le seul débouché pour les producteurs. Mais selon les éleveurs, elle en profite pour baisser encore les prix. Des éleveurs ont décidé de cesser de vendre leurs bêtes. « On a vécu des moments difficiles avec le confinement, la fermeture de tous les restaurants, et le remplacement de toute cette consommation par l’approvisionnement en grande-distribution. » explique Emmanuel Bernard, éleveur bovin à Cercy-la-Tour.” (France 3 Bourgogne-Franche Comté, 28 avril 2020)


« Alors que nos coûts de production sont de 40 centimes par litre, les cours du lait se sont effondrés à 27 centimes. » Des éleveurs laitiers épandent de la poudre de lait dans leurs champs dans plusieurs pays d'Europe pour protester contre les mesures jugées inefficaces de l'UE suite à la chute des cours. (Le Figaro, 7 mai 2020)

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Présentation du Bulletin n°4

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