Sur le terrain, la crise continue à rapprocher des acteurs qui s'ignoraient. Entre le 7 et le 21 avril a eu lieu un renforcement du débat politique sur l’alimentation et l’agriculture. Il s’affirme dans les jours qui précèdent le déconfinement, avec des oppositions tranchées, et dans un flou entretenu par l’absence de cadrage politique européen.


Des alliances inédites s’étaient nouées dès le début du confinement pour répondre aux attentes des consommateurs. Elles se renforcent, notamment entre organisations de la société civile et collectivités. Par exemple dans les Parcs Naturels Régionaux où “des producteurs [...] sollicitent le Parc naturel régional du Vercors et sa chargée de mission promotion et valorisation des produits agricoles pour les aider à mettre en place un système de bon de commande avec livraisons sur des points précis dans le Royans.” (chargé de mission du Parc Naturel Régional, 24 avril). Un consommateur lyonnais mentionne le 28 avril la “mise en place d'un marché de producteurs par la mairie du premier arrondissement”.


Les mairies, et plus généralement les collectivités locales, sont en effet toujours en première ligne, comme nous l’avions développé dans le numéro 3. L’outil projet alimentaire territorial est présenté comme un outil pour affronter les crises : “Moi je travaille sur les projets alimentaires territoriaux, alors j'ai entendu dire que les collectivités qui en avaient étaient un peu mieux préparées aux chocs. Je pense qu'elles avaient une meilleure connaissance du tissu agricole et qu'elles ont essayé déjà de mettre en lien les différents acteurs de l'alimentation. Les outils qui sont utiles dans ce cas là pour moi ça va être les ateliers de travail, les groupes locaux, les magasins de producteurs, le bio dans la restauration (notamment collective), l'éducation au goût.” (étudiante des Pays de la Loire, en stage à Paris, 5 mai).


L’action des collectivités est cependant parfois questionnée. De l’extérieur comme le fait une agricultrice du Gard le 1er mai “non seulement les politiques n’ont pas soutenu les circuits courts, mais ils n’ont pas été cadrés. Des producteurs abusent comme en période de guerre et de rationnement et risquent de mettre à mal la confiance des consommateurs”. Mais aussi à l’interne, comme le montre ce retour d’un agent territorial le 1er mai “je travaille au sein d'une collectivité à faire émerger une stratégie alimentaire et agricole en lien avec les enjeux climat. Avec mes collègues en charge de ce dossier, les avis divergent sur quoi faire de cette expérience covid-19 sur le portage de cette réflexion.[...] La lecture du rapport de Greniers d'abondance m'a donné une grille de lecture efficace. J'étais jouasse. Puis j'ai tenté de les partager avec mes collègues-alliées et ma hiérarchie sur ce dossier. Et aujourd'hui, on me dit surtout de ne pas trop penser. L'heure est à la gestion de la crise”. Mais le cas de l’alimentation, particulièrement sensible, a aussi pu inspirer des agents en charge d’autres secteurs d’activités, comme nous l'apprenons le 8 mai : “la Communauté d’Agglomération [...] a établi une carte des commerces ouverts pendant le confinement. Mon collègue du développement économique en charge de l'artisanat et des commerces a vu cette carte et souhaité faire la même chose, d'abord en cartographiant les commerces.”


Nous voyons aussi apparaître sur la scène des acteurs peu mentionnés jusqu’à présent, comme la gendarmerie, sur laquelle un producteur désireux d’ouvrir un marché à la ferme déclare : “nous avons prévenu la gendarmerie et présenté l’ensemble de l’organisation du marché. Nous en avons profité pour demander à ce que les autorités passent sur les lieux le jour du marché afin d’avoir un regard critique sur ce que nous faisions et ainsi pouvoir améliorer et pérenniser cette démarche. Ceci dans le but de pouvoir la renouveler chaque semaine dans la sérénité et la joie le temps des restrictions”.


A l’échelle nationale, le débat politique sur ce qu’il convient de faire après retrouve les oppositions d’avant la crise. La FNSEA a lancé un “Manifeste pour une souveraineté alimentaire solidaire. UNE ALIMENTATION POUR TOUS DANS LE RESPECT DE LA PLANÈTE” , avec l’appui des organisations de filière et du secteur coopératif agricole qui lui sont proches. Elle y met en avant un terme emblématique de la Confédération Paysanne, la souveraineté alimentaire, qui répond par une tribune dans Libération le 12 mai “La souveraineté alimentaire sera paysanne ou ne sera pas”, avec des alliés représentant des organisation écologistes, de consommateurs, paysannes ou syndicales.


Pendant ce temps, la stratégie européenne “de la fourche à la fourchette”, dont la publication avait été annoncée pour le 29 avril, est une nouvelle fois reportée pour “les semaines à venir” ou “pour la semaine du 18 mai” selon IFOAM. Le motif en est que “compte tenu de la crise causée par la pandémie de coronavirus, la Commission est en train de réviser son programme de travail 2020” (selon Euractiv).


Pour proposer de nouvelles observations cliquez ici. Présentation du Bulletin n°4 | Article précédent : Détresse alimentaire et réseaux de partage

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Bulletin de partage 4 - Les options politiques post-confinement s’affirment et s’affichent

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