Cet éclairage présente les résultats d’une enquête menée d’avril à juillet 2020 auprès des communes de la métropole rennaise, dans le but de recueillir à chaud les actions mises en place pour assurer un approvisionnement alimentaire continu et juste. Ces entretiens ont été complétés de rencontres avec des acteurs de l’alimentation actifs sur le territoire métropolitain, puis par les témoignages recueillis par l’enquête « Manger au temps du coronavirus » du RMT Alimentation locale. Du 13 mars au 22 mai, cette enquête a permis d'en recueillir 43 sur Rennes Métropole.


Eclairage rédigé par Morgane Avenel, étudiante en mastère spécialisé Eco-Ingénierie à l'INP de Toulouse, en stage auprès de Rennes Métropole.

Ce texte n'engage que son auteure et pas l'ensemble du collectif qui rédige les bulletins.



Dimanche 15 mars 2020. La toile s'affole, les rumeurs d'une éventuelle quarantaine vont bon train. Le lendemain, c'est une France fébrile qui se prépare à s'isoler pour faire face à la pandémie de coronavirus. Après un déménagement en hâte pour gagner la capitale bretillienne avant la paralysie du pays, c'est donc en plein confinement que débute mon stage à Rennes Métropole. La crise sanitaire ayant rendu mon sujet initial caduc, je consacre désormais mon travail à l'étude de l'impact de la crise sanitaire sur les systèmes alimentaires métropolitains.


L'objectif de cette étude est non seulement de faire un état des lieux de la situation, mais aussi et surtout de tirer des enseignements de cette crise inédite, afin de nourrir la réflexion sur une stratégie alimentaire territoriale durable et résiliente.




L'alimentation au cœur d'un quotidien perturbé


Comme partout ailleurs, la période de confinement influence la façon de s'alimenter des citoyennes et citoyens de la métropole rennaise. Que ce soit au travers de comportements de panique ou au contraire au cours de questionnements profonds, l'alimentation se hisse au sommet des priorités.


Les quelques témoignages recueillis par l'enquête "Manger au temps du coronavirus" relatifs aux jours précédant l'annonce du confinement (voir bulletin de partage n°1) concordent avec les images largement relayées par les médias de ruée vers les produits alimentaires stockables, en particulier dans la grande distribution.


Passés ces premiers jours perturbés, une routine d'approvisionnement alimentaire adaptée aux circonstances se reconstitue. Elle est le produit d'une combinaison de facteurs personnels, de facteurs liés aux infrastructures de distribution à disposition et de conditions propres au confinement.


Du point de vue personnel, les convictions tiennent une part prépondérante dans cette reconstitution alimentaire. Malheureusement, les témoignages recueillis sur Rennes Métropole par l'enquête "Manger au temps du coronavirus" manquent de représentativité, d'une part à cause de la faible taille et de la composition de l'échantillon, majoritairement sensibilisé aux questions d'alimentation locale, saine et/ou durable, et d'autre part parce que les répondants sont pour la plupart à la maison pendant le confinement, situation qui influence l'adaptation du comportement alimentaire.


Les circuits de distribution influencent aussi la façon de s'approvisionner, notamment du fait de la contraction des déplacements et possibilités de sorties. Les marchés fermés ou peu accessibles en raison de longues files d'attente sont parfois boudés au profit d'autres circuits courts qui semblent peu perturbés, "plus résilients" (d'après un.e rennais.e fréquentant les AMAP le 2 avril). Les petits commerces (épiceries bio, boucheries, boulangeries, supérettes vendant des produits locaux) des centre-bourgs sont également plébiscités, comme le constatent certaines communes : "Sur Acigné il était possible de faire tous les achats de première nécessité à pieds". Les commandes de paniers mis en place pour l'occasion, à la ferme ou en épicerie, sont également en plein essor. À l'inverse, les communes interrogées remarquent que les épiceries vendant des produits plus haut de gamme (non indispensables) ont été perdantes.


Enfin, les nouvelles règles imposées par le confinement nécessitent des adaptations alimentaires :

  • La recomposition du foyer : le régime alimentaire et les quantités s'adaptent aux regroupements familiaux ;

  • L'atmosphère régnant dans les magasins : plusieurs témoins relatent une ambiance plus apaisée et des consignes sanitaires mieux respectées dans les magasins spécialisés qu'en grandes surfaces ;

  • Les contraintes sanitaires, qui poussent parfois à renoncer à des pratiques écoresponsables (zéro déchet par exemple) ;

  • Le respect le plus strict possible du confinement, soit lorsque l'on présente des facteurs de risques, en se reposant sur ses voisins, soit par volonté de limiter au maximum ses déplacements en augmentant les volumes de courses ;

  • La santé, soit pour éviter d'augmenter les risques liés au coronavirus, soit pour veiller à équilibrer son alimentation dans une situation où "l'ennui donne faim" (une rennaise le 31 mars).

Le repas retrouve, le temps du confinement, sa place de moment convivial pour rythmer des journées parfois monotones. Certaines pénuries ponctuelles (beurre salé, farine) traduisent d'ailleurs l'intérêt largement porté à la cuisine.


Ces nouvelles tendances sont le reflet de réflexions plus profondes survenues pendant la période de confinement. En effet, plusieurs témoins se surprennent à questionner leur rapport au temps, au travail, et in fine, à la vie dans son ensemble. L'assiette devient alors le support de remise en question du mode de vie, le temps gagné semble parfois moins considéré comme une contrainte que comme l'occasion de se consacrer à des activités stimulantes et riches de sens.


Au-delà de la cuisine, une envie d'extérieur et de jardin se fait sentir, sans doute renforcée par un printemps très ensoleillé. Le jardinage et la cueillette reviennent en effet plusieurs fois dans les témoignages recueillis par le RMT Alimentation Locale. Un habitant d'un village à l'ouest de Rennes témoigne le 18 mai : "La pratique du télétravail me libère du temps (2h de gain quotidien de temps de transport) que je peux entre autres consacrer à cette activité". La tendance se vérifie aux Jardins Familiaux de Rennes, qui enregistrent 100 demandes de parcelles supplémentaires par rapport à une année habituelle (250 à 300 demandes). Vert le Jardin, association de sensibilisation au jardinage, notamment sur les jardins partagés, a également reçu plus d'appels de demandes pour cultiver dans ces jardins, pourtant fermés pendant le confinement contrairement aux jardins familiaux. Les motivations relèvent plutôt du désir de passer plus de temps en extérieur après une période d'enfermement, plutôt que la crainte de subir des difficultés d'approvisionnement alimentaire en fin d'année. À Bécherel, la plus petite commune du territoire, le confinement a par ailleurs permis la réalisation d'un projet de jardin communautaire, depuis longtemps imaginé mais jamais concrétisé. Sur un terrain mis à disposition par un habitant, le jardin réunit des personnes de tous âges et tous niveaux afin de partager des savoirs potagers dans une ambiance conviviale.


Cette volonté de retour à la terre s'est par ailleurs fait remarquer dans une ferme permacole rennaise, ou encore à l'association Les Cols Verts au Blosne, qui ont reçu plus de demandes de stage que d'habitude, en particulier de la part de personnes qui souhaite se réorienter. Les demandes de participation b