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  • Bulletin de Partage 2 - Difficultés et adaptation des chaînes alimentaires longues et courtes

    Si la première vague d’achats massifs est passée, les produits alimentaires de grande consommation sont encore très demandés et les ruptures d’approvisionnement sont régulières. Les acteurs de la production s’adaptent en conséquence, et doivent par ailleurs gérer les surplus résultant de la disparition des débouchés pour de nombreux produits. Les circuits d’approvisionnement se réorganisent, tissant de nouveaux liens entre acteurs. A l’exception de certaines filières, la production n’accuse pas encore de recul, mais l’ensemble du système alimentaire doit composer avec des effectifs réduits. Entre surplus et pénuries Le bouleversement des débouchés traditionnels et les changements dans les comportements d’achats et la consommation des ménages ont des conséquences très hétérogènes sur les filières alimentaires. De nombreux témoignages s’en font l’écho : “La pénurie d’œufs contraste avec les aliments prêts-à-manger qui s'amassent dans la gondole Zérogachis.” (consommatrice en supermarché, Pays de la Loire, 24 mars) “Le rayon frais (légumes en vrac et boucherie, fromagerie, poissonnerie à la demande) est complètement déserté par les clients et plein de produits. À l'inverse, l'ensemble des rayons frais sous vide sont dévalisés. Notamment les fromages, jambon et lardons, ainsi que le rayon salades et légumes préparés. La pire étant le rayon des œufs qui est intégralement vide. Le chef de rayon me précise que les 5 caisses livrées ce matin sont parties en 2 heures.” (consommateur en supermarché, Bourgogne-Franche-Comté, 26 mars) “Au bout d'une semaine de confinement, mon mari n'arrivait pas à trouver de farine dans les supermarchés du coin.” (consommatrice, Auvergne-Rhône-Alpes, 26 mars) “Le rayon de fromage râpé est totalement vide depuis plusieurs jours. Les étalages de fruits et légumes frais, en particulier bio, sont pleins.” (consommateur en supermarché, 27 mars, Centre-Val de Loire) Confrontées à des surplus devenus impossibles à écouler, certaines filières connaissent d’importantes difficultés économiques. La filière laitière en est un exemple emblématique : de nombreuses laiteries ont appelé les éleveurs à réduire leur production, en plein pic printanier (Le Figaro, 31 mars 2020). Paradoxalement, des produits laitiers de grande consommation sont fortement sollicités – tout comme la farine, les pâtes ou les œufs – et des pénuries touchent régulièrement les rayons. Des situations qui mettent en évidence la période de tension que traversent les acteurs en amont, notamment dans le secteur de la logistique. Alors que le niveau des stocks reste important à l’échelle nationale, les flux deviennent le facteur limitant. Les lignes de production se réorganisent et privilégient les standards de consommation retrouvés en grandes surfaces. La meunerie par exemple tourne à plein régime pour produire des sachets de farine de petit volume destinés aux ménages, cependant que la boulangerie artisanale connaît une chute importante de son activité (France 3 Régions, 5 avril 2020). Les efforts redoublent pour transporter les denrées depuis les usines vers les plates-formes logistiques puis vers les points de vente. Une intensification souvent confrontée aux retours à vide des camions, provoquant des coûts supplémentaires et des tensions entre les acteurs. La relocalisation des circuits d’approvisionnement et de distribution L’appel du ministre de l’économie Bruno Le Maire au « patriotisme économique » a été en partie entendu par la grande distribution. Certaines grandes surfaces renforcent leurs approvisionnements auprès de producteurs locaux, voire leur permettent de venir vendre directement sur place leurs produits. Plusieurs témoignages y font référence : “Cet Intermarché fait une campagne d'affichage sur l'orientation de son carnet de commande vers le producteurs locaux et français.” (consommateur, 2 avril, Nouvelle Aquitaine) “Le supermarché nous offre gratuitement un espace à l’intérieur où nous pouvons vendre nos produits comme dans un marché classique, avec notre propre caisse.” (productrice de fromage de chèvre, 3 avril, Auvergne-Rhône-Alpes). Mais la cohérence générale de ces démarches est parfois questionnée : “Je suis agacée par la publicité et les annonces des grands distributeurs (CARREFOUR, AUCHAN, LECLERC, ALDI....) qui profitant de la crise actuelle se déclarent respectueux envers les agriculteurs et disent leur venir en aide en les aidant à écouler les surplus de fruits et légumes. Mais continuent à vendre des produits exotiques ou hors saison (tomate, courgette...)” (consommatrice, 27 mars, Auvergne-Rhône-Alpes). Pour les grossistes, dont les débouchés en restauration hors domicile ont disparu, la distribution se reporte de différentes manières : vente directe, épiceries de proximité, grandes surfaces, dons aux associations (La Tribune, 31 mars 2020). Le marché d’intérêt national (MIN) de Rungis par exemple a mis en place un service de livraison directe auprès des ménages franciliens, tandis que de nombreux Promocash ouvrent leurs portes aux particuliers. En Loire-Atlantique, l’un des établissements de l’enseigne a mis en place un système de point relais entre les producteurs, restaurateurs locaux et consommateurs (Ouest France, 4 avril 2020). La main d’œuvre : une contrainte transversale Frontières fermées pour les travailleurs saisonniers, personnel malade ou vulnérable, gardant ses enfants ou exerçant son droit de retrait, le manque d’effectifs est un problème tout au long des chaînes alimentaires. Dans le secteur agricole, la dépendance à la main d’oeuvre étrangère a été particulièrement mise en lumière en début de confinement, avec l’appel du ministre de l’agriculture Didier Guillaume à rejoindre les champs. Deux semaines plus tard, au 1er avril, 200 000 personnes s’étaient inscrites sur la plate-forme “Des bras pour ton assiette”. Un succès, mais le nombre de travailleurs allant réellement apporter leur aide reste incertain. Les secteurs aval du système alimentaire sont eux aussi concernés par le manque d’effectifs. Dans l’agroalimentaire, l’absentéisme atteint 40 % dans les régions les plus touchées par l’épidémie (Le Figaro, 1er avril 2020). Il en serait de même pour la grande distribution d’après la CGT (Ouest France, 28 mars 2020). Dans ces conditions, les horaires sont revus à la hausse et plusieurs usines tournent la nuit et le week-end pour répondre aux fortes demandes sur certains produits. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Présentation du Bulletin n°2 | Article suivant : La reconfiguration réactive des circuits de proximité

  • Bulletin de Partage 2 - Faire ses courses au temps du confinement

    Supermarché, commerces de proximité ou achat à des producteurs ? Produits de base ou produits de qualité ? Les témoignages font ressortir plusieurs tendances en matière d’approvisionnement. Avec deux faits marquants, qui parfois même se combinent : l’approvisionnement (re)tisse des solidarités de quartier ou de village, avec les commerces de proximité et/ou ses voisins; des consommateurs s’impliquent dans l’organisation de circuits courts, au-delà des citoyens déjà engagés dans l’alimentation locale. En matière d’approvisionnement, plusieurs grandes tendances se dégagent des témoignages recueillis lors de cette deuxième semaine de confinement : On limite ses déplacements pour faire les courses, on se fait livrer à domicile et/ou on va au plus près de chez soi, en essayant d’acheter le plus de choses au même fournisseur ou au même endroit, pour éviter les contacts et les possibles contaminations. Dans certains cas, cela peut obliger à consommer différemment : “normalement mes parents achètent à la biocoop ou au marché de la petite ville à côté de chez moi mais là ils préfèrent faire au plus près, dans l'enseigne coccinelle du village. Habituellement mes parents prennent le temps de faire les courses et mangent bio ou du marché (ou les deux) la plupart du temps mais en ce moment ils sont plutôt en mode, "on ne va pas faire les fines bouches on va faire avec ce qu'on trouve"” (27 mars, Bourgogne-Franche-Comté); “On essaye de faire les courses en allant dans le moins de magasins possibles du coup ca favorise malheureusement les supermarchés qui n'ont pas que des produits locaux” (consommatrice, 31 mars, PACA). Dans d’autres cas, on arrive tout de même à maintenir ses habitudes d’achat, parce qu’on achetait déjà beaucoup dans son quartier ou bien parce que des commerçants de proximité ou des primeurs présents sur les marchés proposent des livraisons à domicile. La crise amène plus largement à découvrir, ou à redécouvrir les commerces de proximité de son village ou de son quartier: “La petite épicerie du village qui a pris toutes les précautions sanitaires nécessaires fonctionne plus que d'habitude, les habitants y vont faire plus d'achats que d'habitude alors qu'en temps normal c'est juste du dépannage” (habitant d’un village en zone rurale, 2 avril). Toutefois, l’offre y est inégale. Dans certains cas, il s’agit de produits de qualité et les commerçants s’organisent pour proposer une offre diversifiée : “Notre primeur propose la livraison à domicile. Il passe même chez le boucher et le boulanger. Du coup c’est facile et nous sommes heureux de faire travailler nos petits commerçants” (consommateurs, 31 mars, Occitanie). Dans d’autres cas, la gamme est réduite et parfois un peu chère : “Dans les petits commerces il y a moins de choix et c'est aussi plus cher donc cela a un petit impact sur notre alimentation. Il faut choisir entre confort/sécurité/variété/coût. Ce n'est pas évident” (consommatrice, 31 mars, Ile de France). On achète en grand volume au supermarché, en magasin ou en drive, pour regrouper ses courses, pour des questions budgétaires et/ou parce que le supermarché apparaît plus sûr: “notre dépôt est inondé de commandes. Nous battons chaque jour notre record du nombre total de commandes et avons environ 150 nouveaux clients (première visite dans notre structure) par jour. Je pense fortement que dans cette période de tension le drive devient une alternative pour les personnes cherchant à éviter tout contact interpersonnel” (salarié d’un drive de supermarché, 1er avril). Cela peut être aussi parce qu’on y est conduit - même si on s’y approvisionnait peu avant - par ses enfants ou bien les proches avec lesquels on est confiné (“Flip du fiston pour sortir donc on va faire avec ce qu'on a ! Courses commandées au marché livrées dimanche! courses livrées par Auchan, et drive par Monoprix”, consommateur confiné avec son fils dans un appartement en banlieue parisienne, 1er avril). Dans ce cas, on peut être obligé de modifier radicalement ses pratiques alimentaires: “Depuis le début du confinement et à présent que mon conjoint et moi (jeunes cadres en télétravail, 25 et 23 ans) ne sortons que pour faire les courses de manière alternée, nous avons abandonné nos engagements en matière d'alimentation responsable. Alors que nous nous étions engagés à ne plus manger de viande à la maison ou à n'acheter que des légumes français et de saison, notre comportement s'est fortement relâché : viande ou poisson à presque tous les repas, produits transformés, poivrons espagnols... Nous n'utilisons plus les circuits courts et faisons nos courses uniquement au supermarché. La limitation des déplacements et l'impératif de préparer soi-même tous ses repas poussent à moins regarder la provenance ou le mode de transformation des aliments et à transiger sur les régimes alimentaires même les moins contraignants. Cela prouve que bien manger est le fruit d'un effort (à la fois de réflexion - que manger ce soir ? - et de déplacement/sourçage des "bons" produits)” (30 mars, Ile de France). Certains essaient toutefois de privilégier l’origine française voire locale, pour soutenir les producteurs. Néanmoins, quand on achète au drive, “ce service offre des produits 'type', c.à.d. pré-emballés, pas de local, et des marques plutôt chères. On essaye d'éviter le contact avec les gens un maximum et ceci est le prix qu'on paye” (consommatrice, 2 avril, Occitanie). On achète en petite quantité, en général dans le quartier où on habite, dans des commerces de proximité, des magasins bio, ou bien auprès producteurs en point retrait “pour prendre l’air” et/ou “pour les soutenir”. On privilégie les produits de qualité, au supermarché ou dans les commerces de proximité, en allant davantage dans les magasins bio, en lien avec le fait qu’on cuisine davantage, ce qui a un impact sur le budget alimentaire: “j'ai explosé mon budget alimentaire en privilégiant la qualité, le goût, la diversité, le bio, etc. et la question des repas confinés est devenue prioritaire, y compris sur mon temps de travail. C'est la caractéristique du confinement je suppose.” (consommatrice, 31 mars, Ile de France). Cela peut toutefois s’équilibrer car “nous achetons moins mais mieux même si le confinement contraint à plus de repas à la maison” (consommateurs, 31 mars, Occitanie). On soutient fortement les circuits d’approvisionnement “alternatifs” dans lesquels on était engagé auparavant (AMAP, supermarché coopératif…) en y achetant davantage, en s’impliquant pour élargir l’offre en contactant des producteurs pour qu’ils bénéficient de ce système de regroupement de la demande déjà structuré; “Nous travaillons à mettre en place un réseau pour que les producteurs, pas seulement ceux qui fournissent notre AMAP, puissent écouler leurs produits malgré la fermeture des marchés” (membre d’une AMAP Est France, 1er avril). On achète à des producteurs en direct: ceux avec lesquels on était déjà en contact, sur un marché, via une boutique, et qui se sont organisés pour proposer des livraisons de paniers déjà tout prêts, à domicile ou dans un point retrait; ceux qu’on connaissait avec lesquels on s’est mis nous-mêmes en contact et qu’on a même, dans certains cas, aidés à s’organiser pour livrer; ceux qu’on ne connaissait pas mais qu’on a découverts ou bien recherchés pendant cette crise, parce que la collectivité a proposé une carte référençant les producteurs locaux ou bien maintenu le marché, ou bien parce qu’un voisin a contacté des producteurs pour organiser une livraison et nous en a fait bénéficier. Pour certains, en effet, c’est une garantie de produits plus frais mais aussi de distribution plus sûre et plus rapide qu’en supermarché ou supérette. Les avis sont donc contrastés sur la sécurité des lieux d’approvisionnement, qui doit immanquablement varier selon les magasins et les acteurs de l’alimentation. On s’entraide entre voisins, même si on n’a pas les mêmes habitudes de consommation: “Organisation d'une liste de diffusion des voisins pour échanger sur les besoins des uns et des autres durant le confinement. Echanges mails au départ, puis création d'une liste sur framaliste. Permet de s'échanger les "bons plans" pour trouver des denrées alimentaires : récupération de légumes abimés et produits en DLUO dépassée ou très proche, proposition de courses collectives, infos sur les marchés du quartier, contacts de producteurs qui livrent, etc. Cela met en contact des habitants avec des modes de consommation différents (supermarché, marché, récupération - bio/non bio - local ou non, etc)” (1er avril, Bretagne). On cueille dans son jardin ou autour de chez soi, on se met à produire soi-même, quand on la chance d’avoir un jardin ou d’habiter près de zones naturelles: “nous avons développé beaucoup plus rapidement que prévu notre jardin. Nous collectons également des plants comestibles dans notre rayon de sortie autorisé” (témoignage des Charentes-Maritimes, 2 avril). Cela permet aussi de faire des échanges avec les voisins: “Comme nous avons un citronnier très productif nous faisons des échanges. Nous nous rendons compte que c'est bon pour tous. Cela met en place des relations sociales nouvelles et positives” (consommateurs, 31 mars, Occitanie). A la lecture des témoignages, nous retenons finalement deux faits marquants: tout d’abord, l’approvisionnement suscite de nouvelles solidarités de voisinage, entre habitants d’un même quartier ou village, mais aussi entre consommateurs et commerces de proximité. Ensuite, des consommateurs s’impliquent de manière significative dans l’organisation d’un approvisionnement en direct venant d’un ou plusieurs producteur(s). Non seulement des AMAPiens étendent leur réseau d’approvisionnement en contactant des producteurs qu’ils fréquentent sur les marchés mais aussi, de façon plus inattendue, des consommateurs peu ou pas engagés dans l’alimentation locale avant la crise contactent un ou plusieurs producteurs et en font bénéficier leurs voisins, ce qui se combine alors avec de nouvelles solidarités de voisinage : “Devant le confinement rapidement un habitant du square qui de temps en temps a participé aux animations autour du jardin s'est proposé de faire le lien entre les habitants et les producteurs pour amener la nourriture au plus près des immeubles du square. Par email, une liste de légumes possibles avec les prix a été envoyée à plusieurs d'entre nous. Un maraîcher qui vend le samedi au marché du Blosne a bien voulu accepter de vendre groupé pour le quartier. L'habitant motivé a été cherché les légumes et avec l'aide d'autres ont ventilé à chacun la commande.” (31 mars, Bretagne). “La semaine dernière, mon voisin m'apprend qu'il aide un épicier de Sète (qui tient une épicerie bio) à distribuer des paniers de légumes. L'épicier est en lien avec une maraîchère du bassin de Thau et il l'aide à écouler sa production [...] Mon voisin entrepose les paniers dans son entrée d'immeuble, 25 paniers, et des gens (dont moi, 10 euros le panier) viennent retirer le panier commandé. C'est assez drôle de voir les gens défiler en bas”. (31 mars, Occitanie). C’est parfois compliqué, cependant, de s’impliquer pour aider les producteurs: “La fermeture des marchés (finalement réouverts mais contraints) a nécessité une adaptation de la part de notre foyer mais aussi des maraîchers pour trouver un circuit court possible. Membre d'une association, nous voulions être acteurs pour accompagner les producteurs locaux : nous avons eu des difficultés à mettre en place de la livraison du maraîcher au particulier car les autorisations de circulations et assurances sont complexes à obtenir et dissuasives. Nous passons finalement via "la Ruche qui dit oui" cette semaine mais aimerions mieux comprendre comment créer un maillon simple entre maraîchers et citoyens dans de tels cas. Les circuits déjà rodés à la préparation de commande ont l'air clairement plus adaptés et moins impactés : AMAP entre autres” (consommatrice, 6 avril, Bretagne). Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Présentation du Bulletin n°2 | Article suivant : Difficultés et adaptations des chaînes longues et courtes

  • Bulletin de Partage 2 - Des habitudes de crise s'installent dans les foyers

    Après une première semaine où chacun “cherchait ses marques”, les mangeurs adoptent et maintiennent des modes de fonctionnement face à la crise. Celle-ci est vécue soit comme une menace, à laquelle il convient d’imposer la poursuite rassurante des comportements alimentaires antérieurs, soit comme une opportunité pour de nouvelles pratiques alimentaires. Les témoignages oscillent entre 2 types de comportements. Pour les uns, le maintien de certaines habitudes alimentaires permet de garder des repères et contribue à la réassurance : “mon objectif est de conforter au maximum mon mode de vie habituel” (personne seule en appartement, Lorraine). Cette orientation se traduit en actes, compte tenu de la durée du confinement. Un consommateur des Bouches du Rhône déclare : “le confinement me permet de rendre banaux et quotidiens des habitudes alimentaires. J'espère les faire perdurer ensuite.” Pour d’autres au contraire, le confinement est vécu comme une opportunité : “la situation de confinement est propice au questionnement sur les modes d'alimentation” (représentant d’une association culturelle dans le Grand Est), ce qui se traduit dans les faits : “la crise est l'occasion de changer nos habitudes de consommation” (consommateur, Nouvelle-Aquitaine). Entre ces deux pôles, les foyers recomposent une nouvelle sphère : “il y a un équilibre entre une ambiance de restrictions et une volonté d'équilibre (se maintenir en bonne santé)” (consommatrice confinée en famille, Bretagne). Dans chacun des deux groupes, le local, souvent associé à la qualité et à la confiance, fait partie des préoccupations. On la relève dans le premier groupe : “l'objectif est de continuer à avoir une alimentation saine sans courir dans tous les sens” (consommatrice, Ile de France) “à présent, il me semble que ça [adhésion à une AMAP] fait plus de sens encore”, comme dans le second : “un retour à "l'essentiel" se produit sensiblement [...] J'ai surpris mon conjoint faire le constat que cette période créait une prise de conscience chez lui pour consommer davantage des produits locaux et de qualité” (consommatrice, Bretagne). Les menaces du COVID sur la santé inclinent les mangeurs à être d’autant plus attentifs à celles qu’ils pourraient rajouter par leur alimentation : “on sait qu'il faut faire d'autant plus attention à notre santé pour ne pas tomber malade donc on mange très sainement” (consommatrice, Bretagne). Si l’ambiance de crise incite la plupart des mangeurs à réduire le gaspillage “je cuisine en cocotte-minute en grande quantité et JE CONGELE L'ENSEMBLE CUIT, divisé en quantité journalière à décongeler chaque jour pour éviter tout gaspillage” (consommatrice à risque asthmatique, Nouvelle-Aquitaine), d’autres au contraire relâchent leur vigilance : “Moi qui suis dans une démarche zéro déchet depuis peu, je la mets de côté pendant la crise sanitaire. D'ailleurs c'est le seul aspect de mes "bonnes résolutions habituelles" qui est vraiment remis en question en ce moment” (consommateur, Bretagne). L’alimentation en temps de crise peut cependant être une “source d’angoisse” comme le déclare cette consommatrice parisienne habitant un appartement au 6ème étage sans ascenseur : “le régime alimentaire de mes enfants a tout de suite été une priorité et un casse-tête [...] le poids des courses (des bouteilles en verre, du lait, etc.) joue énormément dans mes choix et me contraint à faire des courses au minimum tous les deux jours [...] Je ne sais toujours pas comment nettoyer les fruits et les légumes”. Les deux pôles identifiés pour le comportement général se reflètent dans le régime alimentaire de crise. Pour les uns “peu de changement sur l'alimentation si ce n'est moins de viande” (consommateur, Bretagne), “nous cuisinons à l'ancienne, même pendant le confinement” (couple, Bretagne). Pour beaucoup d’autres au contraire, le régime alimentaire évolue. Certains s’adaptent aux circonstances : “on a donc très bien mangé, et même plus riche que d'habitude” (consommatrice, Ile de France) “nous cuisinons un repas "découverte" sur recette / jour, chacune son tour” (consommatrice, Bretagne). D’autres au contraire revoient profondément leur modèle alimentaire : “ j'ai changé de régime alimentaire. Je pratique le jeûne intermittent” (consommatrice qui vit seule, Bourgogne Franche-Comté), “je suis à mon 4 jour de jeûne. J’ai souhaité profiter de ce contexte de retour à soi pour aller encore un peu plus loin dans l’expérience d’intériorisation” (consommatrice, Auvergne Rhône Alpes), “augmentation de la quantité de viande dans une alimentation quasi végétarienne” (consommatrice, Grand Est). Le recours à des aliments considérés comme de réconfort est très répandu : alcool et chocolat, mais aussi pâtisseries, chips.... Le contexte social du confinement (solitaire ou en groupe) influe sur les changements : “les repas que nous ne prenions pas forcément ensemble sont redevenus des moments conviviaux et de partage. La présence d’une personne vegan a obligé à bouleverser la proposition de cuisine” (consommatrice, Ile de France), “en raison du confinement, mon conjoint qui travaille en Allemagne m'a rejoint. Nous avons changé nos habitudes de consommations, car maintenant nous sommes deux” (consommatrice, Bretagne). Mais le changement peut aussi être subi, avec le ressenti d’une dégradation de l’alimentation : “habituellement, j'achète beaucoup de frais notamment des salades mais j'ai rompu avec cette pratique de façon irraisonnée liée à la peur.” (consommatrice, Nouvelle Aquitaine), “confinement oblige nous ne faisons plus les courses qu'une fois par semaine du coup beaucoup moins de légumes et fruits frais et pratiquement plus de viande - la salade nous manque beaucoup” (couple de retraités, Occitanie), et des retours en arrière sont possible “au bout d'une dizaine de jours, on en a eu assez, et puis trop de sucre aussi, gâteaux, chocolat, plus que de coutume” (consommatrice, Ile de France). Le facteur temps, puisque certains confinés en disposent plus qu’avant, est aussi moteur : “avoir plus de temps pour le faire permet de cuisiner mieux et plus” (consommatrice, Auvergne-Rhône-Alpes) ; “nous prenons le temps de faire, de plus en plus souvent, une entrée, alors que jusqu'à maintenant, nous faisions "sauter" cette étape” (membre d’une AMAP, Bretagne). L’évolution des modes de préparation suit bien évidemment les évolutions du régime alimentaire : “depuis le confinement, j'expérimente” (consommateur, Auvergne-Rhône-Alpes). L’affectation aux tâches de préparation d’une partie, voire de l’essentiel, du temps libéré est unanime : “le temps donné par le confinement me donne l'occasion de cuisiner davantage, ce qui me permet d’inclure plus de légumes, je fais beaucoup de repas salade composée” (consommateur, Auvergne-Rhône-Alpes) ; “mon entourage et moi cuisinons beaucoup plus, dont du pain” (consommateur, Hauts-de-France). Cette dernière mention introduit le fait que le pain est devenu l’aliment-vedette de la préparation au foyer : “je pense à présent maintenir cette habitude de faire mon propre pain, et certainement d'en faire partager mes amis car lorsqu'on s'y met autant en faire une certaine quantité. C'est quelque chose dont j'avais le désir depuis longtemps mais pas assez de temps devant moi pour vraiment le mettre en place” (femme artisan de 32 ans, Ile de France). Outre son aspect symbolique et le fait que son achat quotidien multiplie les sorties, le pain est une opportunité d’échange, singulièrement par le levain : “nous avons décidé avec mes fils (par skype) de faire chacun notre levain. J'avais toujours pensé que c'était compliqué et puis finalement avec le confinement… Nous avons diffusé à des ami(e)s et nous avons tous décidé d'essayer et de nous donner des nouvelles de notre levain” (consommateur, Bretagne). Nous ne pouvons manquer de relier cette progression au fait que la farine manque aujourd’hui dans la plupart des magasins, mais en deuxième vague, contrairement aux pâtes qui ont été stockées immédiatement après le confinement : “nous ne sommes pas les seuls [à faire du pain] (rupture de stock de farine dans les supermarchés !)” (étudiant, Hauts-de-France). Cette pénurie relative est propice à des découvertes : “quand toute la farine T65 a été écoulée, les gens ont bien été obligés de se rabattre sur la T80 puis la T110, et quand le blé a été écoulé, ils ont découvert le sarrasin, le petit épeautre.” (employé de commerce, Auvergne-Rhône-Alpes). L’ensemble de ces observations laisse penser que les mangeurs ont “pris leurs marques”. L’agitation connue en première semaine s’est dissipée rapidement, et les consommateurs se sont ancrés dans des habitudes et des routines qui leur offrent des repères stables, que celles-ci prolongent celles qu’ils avaient antérieurement ou au qu’au contraire elles les révolutionnent. Cette remarque ne préjuge en rien de leur poursuite après le confinement. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Présentation du Bulletin n°2 | Article suivant : Faire ses courses au temps du confinement

  • Bulletin de Partage 2 - Des modes de consommation renouvelés, une mobilisation créative...

    Cette période est marquée par une stabilisation des pratiques, en particulier à l’échelon des foyers et en proximité. Les consommateurs et les maires apparaissent comme les chevilles ouvrières de solutions créatives pour articuler les différents maillons de la chaîne alimentaire. Après une phase de turbulence suscitée par la suppression des marchés au niveau national le 24 mars puis par la mise en œuvre de dérogations par les maires, élus et consommateurs se mobilisent pour soutenir ou créer des modes de distribution renouvelés des produits de l’agriculture locale. Cette seconde période est marquée par une forte majorité de témoignages de consommateurs, qui exposent comment s’organisent leurs approvisionnements et la composition de leurs repas durant le confinement. Tout en faisant état d’efforts constants d’adaptation et de réflexions sur leurs choix, ils expriment aussi l’établissement de nouveaux repères et d’une certaine stabilité. A travers ces témoignages se dégagent plusieurs stratégies : Celle du repli dans le confinement, avec des efforts qui portent sur la minimisation (voire l’annulation pour quelques-uns !) des déplacements pour s’approvisionner, on cuisine les stocks, le contenu du congélateur ou des placards, on produit dans son jardin, on cueille. Des ruptures de certains produits comme la farine témoignent de nouvelles habitudes culinaires (faire son pain, des gâteaux…); Des stratégies de solidarité avec les producteurs locaux, couplées avec la recherche domestique de produits frais, sains, variés et agréables pour compenser le confinement par les plaisirs de la cuisine et de la table. Il s’agit alors souvent aussi d’éviter dès que possible le supermarché en raison à la fois du risque de contamination perçu comme accru, de choix éthiques, et de la possibilité qu’offre la vente directe à la ferme de “prendre l’air” (occasion de sortie et moindre risque perçu de contamination) ; Enfin, des modes de consommation restés assez constants avant et pendant le confinement : il s’agit surtout de consommateurs en circuits courts, habitués à deux ou trois lieux de distribution qui restent ouverts et approvisionnés en durant le confinement. Ils ont tendance à augmenter leurs approvisionnements notamment les familles avec des repas plus nombreux. La notion d’alimentation locale, jusque-là surtout entendue pour les produits d’origine locale, s’étend aux modalités de distribution les plus proches du domicile. Pour limiter les contaminations, on se déplace peu, on achète au plus près. La période a été significativement marquée par l’annonce le 27 mars par le 1er ministre Edouard Philippe de la suppression des marchés de plein vent, qui a immédiatement déclenchée de nombreuses réactions. Celles-ci viennent à la fois des consommateurs, qui s’inquiètent des possibilités de s’approvisionner en produits frais qu’ils privilégient, et des risques économiques encourus par les producteurs. Ces derniers proposent de leur côté des témoignages sur les solutions variées qu’ils expérimentent dès la fermeture des marchés pour réorganiser leurs débouchés, témoignages renforcés par ceux de citoyens mobilisés à leurs côtés pour assurer des relais informels mais structurés sur le terrain. Le début de la période est fortement marqué par les incertitudes et l’inquiétude sur les solutions de vente directe et de circuits courts autorisées ou interdites. Ce premier état de tension cède cependant la place au cours de la quinzaine à l’émergence d’initiatives favorables au maintien de ces débouchés, cependant souvent au prix de réorganisations importantes des systèmes de distribution ou par la création de nouveaux dispositifs. En parallèle, les maires sont alertés sur la nécessité de produire des dérogations pour le maintien de certains marchés. Des témoignages s’accumulent progressivement sur le nombre et le type de marchés rétablis par les maires et sur le type de précautions sanitaires qui les accompagnent. Le rôle des maires a été explicitement cité 18 fois dans les témoignages reçus au cours de cette seconde période, contre 4 fois pour la précédente. Au-delà des marchés, le rôle des mairies se révèle décisif pour définir (sous réserve d’accord du préfet, avec des concertations parfois tendues) des règles de sécurisation sanitaire des marchés maintenus (mais souvent très contraints). Ils autorisent également par compensation de nouveaux points de livraisons de paniers : la notion de “drive” se popularise et s’étend désormais à ces solutions locales. Les systèmes de commandes et livraisons de paniers fermiers sont non seulement sur-sollicités pour ceux qui existaient, mais se démultiplient en improvisant une organisation alternative aux marchés à partir du réseau des clients habitués. Une attention particulière est prise pour garantir des mesures sanitaires. « Des masques en tissu ont été fabriqués par une couturière pour les bénévoles de Voisins de paniers et la mairie a fait une attestation pour garantir les barrières sanitaires durant les permanences de distribution de panier près de locaux municipaux» témoigne un consommateur (27 mars, Bretagne). La mise en œuvre de ces systèmes émergents repose significativement sur des énergies citoyennes formelles, comme des associations, ou informelles comme des consommateurs habitués mais aussi parfois novices qui s’engagent et mobilisent leurs voisins et leur entourage. Cette période marque ainsi une implication significative et variée des consommateurs dans l’organisation de l’approvisionnement au-delà de citoyens déjà engagés. Des coopérations entre habitants d’un même quartier se développent, avec des transferts entre formes de circuit court (du marché vers les paniers…). Nous observons également des mouvements pragmatiques vers les circuits de commercialisation plus classiques pour limiter les sorties et les files d’attente parfois longues dans les magasins bio ou de proximité. Les acteurs des chaînes longues de distribution s’interrogent sur l’optimisation de la logistique (par exemple lorsque les camions reviennent à vide) et sur la prise en charge de ce surcoût. Des difficultés économiques apparaissent dans certaines productions comme les produits laitiers, des fruits comme les fraises et légumes comme les asperges. Les grandes surfaces s’affichent comme des solutions pour soutenir les grossistes et les producteurs. La seconde moitié de cette quinzaine est marquée par une entrée en scène progressive des régions et des organisations agricoles qui se mobilisent ensemble pour faciliter ces mises en relation entre producteurs et consommateurs dans la proximité. Il émerge un foisonnement d’initiatives institutionnelles (plateforme internet, cartes interactives...), pour le moment assez peu coordonnées, qui témoignent de l’importance accordée à l’approvisionnement local. La plateforme de géolocalisation de la Région Nouvelle Aquitaine, qui permet de mettre en lien producteurs et consommateurs de proximité, a été rapidement imitée par d’autres régions et signale des dynamiques publiques émergentes. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Présentation du Bulletin n°2 | Article suivant : Des habitudes de crise s'installent dans les foyers

  • Bulletin de Partage 2 - Tendances et perspectives

    La quinzaine de confinement fait apparaître des tendances fortes : capacités d’adaptation, innovations, nouvelles solidarités… Même s’il ne s’agit pas ici de généraliser, la crise permet d’inventer de nouveaux possibles. Une question cependant, que se posent aussi les répondants à l’enquête : cela va-t-il durer ? Dans tous les cas, partageons ici les bons plans. Tout d’abord, durant cette quinzaine de confinement, la fermeture des marchés a agi comme catalyseur pour faire éclore de nouveaux projets, adapter des pratiques existantes, nouer de nouvelles relations, qui à terme pourraient renforcer la diversité et l’ancrage de l’alimentation dans les territoires, à travers de nouveaux dispositifs de circuits courts en particulier. Elle a aussi démontré aux élus locaux le rôle moteur de cette forme de vente. Elle a soudé des communautés d’intérêts entre acteurs peu habitués à travailler de concert, dans les filières, dans les quartiers, dans les villages. Les AMAP ont affirmé leur rôle, étendu leur périmètre. Des citoyens peu ou pas engagés dans l’alimentation locale ont prêté main forte pour aider les producteurs à écouler leurs produits. L’action de l’État et de ses services, toutefois, reste interrogée, à travers des témoignages qui regrettent le manque de prévoyance et d’anticipation pour l’État. Cet appel rejoint les propositions faites le 24 mars par la Sénatrice Françoise Laborde au Président de la République : “poser les bases d’une résilience alimentaire territorialisée, articulée à l’ordre public, accompagnée par un “État stratège et localement facilitateur” [...] transformer ce choc en opportunité en mélangeant des mondes qui se parlent encore trop peu (Défense, Sécurité Intérieure, Agriculture, Société civile, par exemple)”. A noter que Françoise Laborde, en collaboration avec un autre sénateur, Joël Labbé, avait soumis au Sénat en juin 2019 un projet de résolution sur “la résilience alimentaire des territoires et la sécurité nationale”, appelant à reterritorialiser une partie de l’agriculture et de l’alimentation : un projet que le Sénat a refusé le 12 décembre 2019. Si la crise ouvre de nouvelles perspectives, une question émerge toutefois déjà chez les répondants à l’enquête: les pratiques et routines conservées ou adoptées pendant cette crise dureront-elles au-delà ? Certains l’affirment, d’autres assument une adaptation temporaire, certains y trouvent confirmation de leurs choix antérieurs. Dans beaucoup de cas, surtout, on note une affirmation, ou une prise de conscience du rôle clé de l’alimentation, sur la santé, sur le lien social. “Pour ma part, je pense que, suite au confinement, je retournerai au marché car la convivialité est aussi importante que les produits sains et locaux achetés”. Consommatrice dans la Drôme, 27 mars “Depuis plus de 10 ans, nous fonctionnons en circuit AMAP avec producteurs locaux, en circuits directs et courts. Tout en faisant des compléments au marché et dans des supérettes locales. Nous avons maintenu ce mode de consommation en mettant en place les moyens pour conserver le lien avec nos producteurs. Nos choix de consommation antérieurs à la crise du Coronavirus nous confirment que ces choix étaient et restent les bons” (Ille-et-Vilaine, 6 avril). La question des effets durables est également posée par le salarié d’un drive : “- Est ce que le coronavirus va modifier de manière durable les modes d’approvisionnement des français ? - Est-ce que la peur du risque sanitaire prend le dessus sur les possibles engagements de consommation éthique des individus?”. La durée du confinement permet à certaines pratiques de passer l’épreuve du test et de s’installer dans le temps. Certaines pratiques culinaires ont pu devenir routinières, mais résisteront-elles à l’épreuve d’un emploi du temps plus contraint après la crise ? Dans d’autres domaines, comme l’autoproduction, les résultats concrets ne peuvent pas être constatés immédiatement : si des convictions ou des envies peuvent être mises en pratique, elles seront ensuite confrontées à un contexte très différent : “ le temps disponible et la saison propice sont 2 facteurs encourageant le développement de la pratique [de l’autoproduction]” (consommateurs de l’Aude). Enfin et à court terme, pour conclure, les témoignages font ressortir un certain nombre de “bons plans”, souvent mis en avant par les répondants eux-mêmes, et qu’il nous semble intéressant de partager : Contacter les producteurs que l’on connaît (achats sur les marchés…) pour savoir si tout va bien pour eux, s’ils ont besoin d’un débouché et si oui, s’organiser avec ses voisins pour leur permettre un point de livraison groupé, les aider dans la gestion des commandes et/ou à faire respecter les gestes barrière lors de la distribution, en n’hésitant, pas d’ailleurs, à s’inspirer des bonnes pratiques mises en œuvre dans les AMAP (numérotation des commandes et définition du montant à payer à l’avance, mise en place d’un créneau horaire pour chacun, etc.); S’organiser avec ses voisins pour lister les besoins de chacun en produits frais et secs, et continuer à faire vivre le tissu des commerçants de proximité: chacun va dans un commerce et achète pour les autres; on limite ainsi les sorties et les files d’attente et on récupère une diversité de produits frais, qui nous permettent de maintenir un régime sain et équilibré; Lors des sorties, bien sûr quand cela est possible, ou bien dans son jardin quand on a la chance d’en avoir un, ramasser des plantes sauvages pour les consommer (orties, pissenlit, primevères, violettes, conopodes...) ; faire attention toutefois, se renseigner sur ce qui est comestible, via Internet ou des MOOC (modules de formation en ligne) disponibles sur ce sujet; Enfin et surtout, veiller aux personnes âgées, isolées, vulnérables, proposer de faire leurs courses. Nous enrichirons cette rubrique de “bons plans” à l’aide de vos témoignages, n’hésitez pas à nous les faire remonter pour que nous puissions les partager ! Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Présentation du Bulletin n°2

  • Analyse lexicométrique des contributions

    Après trois semaines de remontées, suite à l'appel à retour d'expérience (que vous pouvez encore compléter pour nous faire part de vos témoignages), nous avons procédé à une première analyse lexicométrique des contributions. L'objectif est d'identifier les dynamiques des champs lexicaux utilisés par les contributeurs au cours des semaines de confinement. L'analyse téléchargeable ci-dessous a été faite à chaud permettant d'identifier la segmentation du corpus. Une analyse des prochaines remontées sera réalisée dans les semaines à venir, ainsi qu'une analyse plus complète de la totalité du corpus. Télécharger l'analyse

  • Les restaurateurs entre casse-tête administratif et élans de solidarité

    Comment éviter de faire de la crise sanitaire une crise systémique pour les restaurateurs et leurs partenaires ? Virginie Brégeon, enseignant-chercheur en sociologie et marketing culinaire, présente ici son analyse de la situation pour les restaurateurs, souvent partenaires et porte-paroles de leurs producteurs. Virginie Brégeon de Saint-Quentin est enseignant-chercheur en sociologie et marketing culinaire (Ferrandi Paris, Institut D.), ses travaux portent sur la restauration durable, les nouveaux comportements de consommateurs, et le tourisme responsable. Par ailleurs, elle connait de près le secteur de la restauration, évoluant dans une famille de restaurateurs, entreprenant elle-même dans la restauration et accompagnant de nombreux chefs et producteurs depuis une dizaine d’années. Ses travaux sont accessibles ici : www.histoiresdegouts-demain.com Alors que le monde agro-alimentaire est en ébullition, que certains marchés ont ré-ouvert, que les producteurs se mettent en ordre de bataille, les restaurateurs sont inquiets, très inquiets. Non seulement parce qu’ils ont été les premiers à fermer (4 heures après une annonce surprise) mais aussi parce qu’ils seront les derniers à rouvrir, et qu’avant que leurs clients ne reprennent leurs habitudes de consommation il va falloir attendre plusieurs mois, voir plusieurs années. Aides et démarches administratives Les solutions financières proposées par le gouvernement ont le mérite d’exister (consulter l’article du 7 avril 2020 dans « l’Hôtellerie Restauration ») : chômage partiel, prêt de trésorerie garantis par l’État (BPI France), aide exceptionnelle de 1500€ aux entrepreneurs indépendants et chefs d’entreprise (les régions peuvent abonder jusqu’à 2000€), report d’échéance de paiement des impôts et cotisations sociales, possibilité de report des loyers et factures. Le chômage partiel est mis en place assez facilement, les prêts eux sont soumis à condition. Les entreprises doivent montrer patte blanche. Ces prêts sont néanmoins indispensables à nombre d’entre eux afin de payer leurs fournisseurs et les charges fixes. Quand aux pertes d’exploitation, elles ne sont pas prises en charge par les assurances, car le « cas de force majeur » n’est pas établi par le gouvernement. La profession s’est mobilisée et fait circuler très activement une pétition en ligne (« Sauvons nos restaurants et producteurs ! » initiée par Stéphane Jégo). Une fois les démarches administratives réalisées, ils réfléchissent à ce qu’il vont faire de tout ce temps… incertain (denrée rare dans la profession !). • Certains se mobilisent pour les soignants. Ils cuisinent des plats chaque jour, livrés souvent directement à l’hôpital ; achats de matières première financés par une cagnotte participative (Florent Layden, Boeschepe ; d’Ici de Là, Dinan ; David Gallienne, Le jardin des Pumes) ; Belles Gamelles, collectif toulousain ; #leschefsaveclessoignants, initié par Guillaume Gomez, Elysée) • D’autres proposent des plats et boissons à emporter ou en livraison, souvent cuisinés par le seul patron, non salarié, qui à la fois doit gagner sa vie et souhaite se sentir utile en maintenant du lien social (Bercail, Rennes ; La Cale de Mordreuc, Pleudihen sur Rance) « Le Restaurant La Belle Epoque (gastronomie) propose son service traiteur, sur commande par téléphone. » • Beaucoup sont solidaires de leurs partenaires producteurs. Ils communiquent auprès de leur communauté afin de les inviter à acheter des produits paysans et locaux. Ils proposent leur cuisine laboratoire afin de transformer et conserver les produits saisonniers haut de gamme, habituellement achetés par les restaurateurs ; agneau, fraises, asperges, produits de la mer en premier (LeCoq-Gadby), ou leur salle de restaurant et parking pour accueillir la vente de producteurs. Ils peuvent même aller les aider aux champs ; l’occasion de se rendre utile, et de mieux connaitre ses partenaires (Mes producteurs mes Cuisiniers). « 13 producteurs livrent plusieurs fois par semaine des commandes aux habitants du quartier dans des restaurants mis à disposition par les restaurateurs » Cagnotte en ligne et solidarité économique « En zone rurale, les producteurs combinent les circuits de commercialisation : ferme, marchés, PVC, dépôt-vente, magasins, restaurants… » Voyant le confinement se prolonger, le chiffre d’affaires de la saison estivale sur la sellette, les restaurateurs commencent à se demander s’ils survivront, tout simplement. Sensibilisés à leurs difficultés, leurs partenaires et clients fidèles se mobilisent. Plusieurs initiatives ont vu le jour récemment : • J’aime Mon Bistrot (plateforme, abonnement de 50% du bon d’achat pour les 10000 premières contributions, dans la limite de 100€ par client) • #Sauvetonresto (plateforme du Pot Commun, 1€ reversé aux hôpitaux par commande) • Aidons nos restaurants (campagne solidaire de la Fourchette et de Trip Advisor, bons pré-payés en ligne) • La Grande bouffe (initiative Lilloise pour préparer la première sortie au restaurant post confinement, qui sera dupliquée sur les territoires ?) • Cagnottes solidaires, Kengo (3% de frais de fonctionnement contre 10% habituellement, pas de seuil imposé pour récupérer les dons sur cette plateforme de financement participatif breton) Par ailleurs, les grands limonadiers ont mis en place l'initiative « bars solidaires » (abondement de la même valeur du bon d’achat en produits des partenaires). Difficile pour les producteurs locaux et produits artisanaux de s’en inspirer car les volumes et taux de marge sont incomparables. Mais si cette contribution aide leurs revendeurs à tenir le choc, tout le monde s’y retrouvera. Reste à s'occuper à la maison • Des chefs proposent des recettes et tutoriels culinaires sur internet. Souvent des recettes plus simples, avec moins d’ingrédients et moins d’esbroufe qu’à l’habitude. Il s’agit de proposer un vrai service pour leur communauté qui en profite pour ré-apprendre à cuisiner. Les astuces anti-gaspi, les produits alternatifs sont plébiscités (Des pingouins dans ma cuisine, Finistère ; Didier Méril et sa fille, Dinard) • Les plus médiatisés d’entre eux répondent à des interview TV, enregistrent des podcasts et vidéos racontant leur confinement (Guy Martin, dans le podcast « Minute Papillon ») • Un glissement de langage s’observe depuis quelques jours vers le « monde d’après », avec des prises de parole sur les questions de re-localisation et de résilience alimentaire. Mathieu Guibert invite à « plus d’humilité », la série d’articles « panser demain » sur Atabula ou le podcast d’Olivier Roellinger (« Notre art-de-vivre va être totalement bouleversé »). Se préparer à la ré-ouverture Les restaurants vont ré-ouvrir, un jour, mais dans/sous quelles conditions ? Dans l’attente, tous tentent de construire des débuts de réponse, en observant ce qu’il se passe à l’étranger (en Chine, en Autriche). • Conditions sanitaires : quelles seront les nouvelles réglementations sanitaires (jauge, espacement entre les convives, port du masque, de gants, etc.) ? Comment rassurer leurs salariés sur l’efficacité de la mise en place de gestes barrières ? Comment les former à ces gestes barrière ? A ce titre, nombreux sont ceux qui observent les ré-ouvertures en Chine, qui se font au compte goutte (témoignage de Paul Pairet). • Attractivité et rentabilité : Comment rentabiliser leur établissement et leur masse salariale s’ils doivent accueillir 50% de leur jauge habituelle, distanciation oblige - certains envisagent d’ouvrir 7/7 et de proposer des moments de consommation supplémentaires (l’heure du thé par exemple) ? Comment donner envie de faire la fête, de se retrouver au restaurant si le port du masque (à caractère anxiogène mais nécessaire) et des gants est obligatoire ? • Changement des habitudes de consommation : la clientèle aura-t-elle pris (encore plus) l’habitude de se faire livrer et de profiter de bons repas à la maison, en comité réduit ? Ou, au contraire, sera-t-elle sensibilisée à la difficulté du métier de restaurateur et à la valeur de leur travail ? Sera-t-elle encore plus sensible à l’origine des produits et aux conditions de fabrication (transparence ?) - ce qui serait une bonne nouvelle pour le développement de l’agriculture locale. « Nous avons l'habitude d'aller régulièrement au restaurant, ce qui est évidemment impossible. Nous compensons ce plaisir par un approvisionnement en produits de qualité et bio » Se projeter : affiner sa stratégie commerciale, développer ses compétences Selon de nombreuses observations et témoignages de notre cercle professionnel, chefs et restaurateurs tentent de mettre à profit le temps qui leur est imposé pour préparer l’avenir, autant que possible. • Faire des travaux, du bricolage, passer un coup de peinture fraîche, cultiver son potager ; • Revoir sa carte (son offre de plats et de boissons), en réfléchissant à une mise en avant supplémentaire de leur engagement écologique le cas échéant ; • Refondre son site internet et mettre à jour ses réseaux sociaux ; • Re-penser sa stratégie commerciale (newsletters, plaquettes, etc.) ; • Développer des alternatives hivernales aux activités saisonnières (les mariages sont déplacés - les traiteurs concernés seront fortement impactés -, les séminaires d’entreprise reportés) • Se former. On observe plusieurs initiatives de formations et supports en ligne gratuits, en particulier par les partenaires traditionnels des restaurateurs, eux aussi frappés par la crise (La frégate, Betterfly tourism, Histoire(s) de Goûts). Entre la gestion administrative et financière de leur établissement, les actions de solidarités avec les soignants et les producteurs, le partage de leur savoir-faire, le développement de leur stratégie commerciale et l’angoisse face à l’avenir, les restaurateurs ne chôment pas. Comme pour beaucoup de professions, les durées de la crise sanitaire et du confinement seront décisives pour la suite. Sources Articles généralistes alimentation https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/coronavirus-comment-la-france-arrive-a-se-nourrir-1193077 Articles restauration NB : l’Hôtellerie Restauration met tout son contenu en partage gratuit en ligne pendant la crise du Coronavirus https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/salon-concours-syndicat-association/2020-03/coronavirus-l-essentiel-a-savoir-7-avril.htm > Solidarité économique Payez maintenant, consommez après : https://www.lci.fr/emploi/payez-maintenant-consommez-apres-le-confinement-ces-initiatives-pour-aider-restos-et-bars-2150446.html • J’aime mon Bistrot : https://www.jaimemonbistrot.fr • Sauve ton resto : https://hemblem.cityvent.com • « Aidons nos restaurants » : https://www.theforkmanager.com/fr-fr/blog/evenements/aidons-nos-restaurants-faq • Bars solidaires : barsolidaire.fr (article dans process alimentaire : https://www.processalimentaire.com/vie-des-iaa/covid-19-ab-inbev-lance-une-initiative-solidaire-pour-soutenir-la-tresorerie-des-bars-et-restaurants?sso=1586355636) • La Grande Bouffe, Initiatives locales (Lille) : https://www.lagrandebouffe.club Solidarité avec les producteurs Vente de légumes bio, solidarité restaurateur producteur soignants : https://www.lavoixdunord.fr/729329/article/2020-03-20/boeschepe-le-restaurateur-florent-ladeyn-organise-la-vente-de-legumes-bios Mes producteurs mes cuisiniers x Maîtres Cuisiniers : https://entraide.mp-mc.com Solidarité avec les soignants https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/regaler-pour-reconforter-les-chefs-et-traiteurs-au-chevet-des-soignants-fbcb4158702c2fb907c1e06ce90dfa7a Christian Têtedoie ; https://positivr.fr/prive-de-ses-restaurants-a-cause-du-confinement-ce-chef-etoile-decide-de-cuisiner-dans-un-hopital/ David Galienne, (Top Chef), Jardin des Plumes : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/candidat-de-top-chef-david-gallienne-cuisine-pour-les-soignants-08-04-2020-8296023.php Florent Ladeyn, Aubert du Vermont : https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/coronavirus-repas-offerts-aide-materielle-dons-autour-du-personnel-du-chu-lille-solidarite-s-organise-1803518.html Les chefs avec les soignants, initié par Guillaume Gomez, chef de l’Elysée : https://www.aphp.fr/contenu/les-chefs-avec-les-soignants-leschefsaveclessoignants https://tiptoque.typeform.com/to/gdtCrJ Belles Gamelles, Toulouse : https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/coronavirus-belles-gamelles-lance-campagne-financement-participative-aides-soignants-1812984.html https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/coronavirus-repas-offerts-aide-materielle-dons-autour-du-personnel-du-chu-lille-solidarite-s-organise-1803518.html Recettes de cuisine et journal de confinement de chefs Des pingouins dans ma cuisine, Finistère : https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/restauration/2020-03/coronavirus-des-chefs-bretons-reinventent-leur-activite.htm Guy Martin : https://www.20minutes.fr/podcast/2752047-20200401-podcast-coronavirus-guy-martin-chef-etoile-parle-cuisine-moral-recette-gateau-chocolat Didier Méril : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/video-coronavirus-dinard-le-chef-didier-meril-et-sa-fille-partagent-leurs-recettes-de-cuisine-6788344 Alimentation durable Mathieu Guibert , plus d’humilité pour les chefs étoilés : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-le-chef-etoile-de-la-plaine-sur-mer-enclin-l-humilite-6802985?fbclid=IwAR2lXkP_m8n-DgniCJZqgzSCqDzt_lxYeKhVrbwew-eXaG0qFzBf6MC7glg « La nature nous ferait-elle paye nos erreurs » Michel Sarran : https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/restauration/2020-04/michel-sarran-la-nature-nous-ferait-elle-payer-nos-erreurs.htm?fbclid=IwAR1VVpy4K2Rj0sGKUDOrqUzlKkfWKP5999mBM1DjQrIbCcCL57IoxSNFRtE « Panser demain » https://www.atabula.com/2020/04/08/panser-demain-2-nicolas-imbert-directeur-executif-de-green-cross-france-plus-aucune-marque-ne-pourra-commercialiser-des-produits-sous-son-nom-sans-prendre-des-engagements-assez-clairs/ « Notre art de vivre va être totalement bouleversé », Olivier Roellinger, Atabula : https://www.atabula.com/2020/04/02/allo-confinee-avec-olivier-roellinger-notre-art-de-vivre-va-etre-totalement-bouleverse-profitons-en-pour-changer-dans-le-bon-sens/ > Une ré-ouverture sous/dans quelles conditions ? https://www.ladepeche.fr/2020/04/08/les-restaurateurs-se-debrouillent-comme-ils-peuvent,8837515.php Paul Pairet, l’exemple de la Chine : https://www.voici.fr/news-people/actu-people/top-chef-11-comment-paul-pairet-fait-face-au-coronavirus-dans-ses-restaurants-676601 > Vente à emporter Mc Donald’s rouvre certains de ses établissement en Drive : https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/mcdonald-s-rouvre-restaurants-ile-france-catastrophe-sanitaire-se-prepare-1813110.html?fbclid=IwAR3pOIGWWpJgCdJJfFaA1KEDGTdnCpk2GehbUi5cN2_bQUubAFVir_K6QEU La vente à emporter ne fait guère recette : https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/23/restaurants-la-vente-a-emporter-encore-autorisee-ne-fait-guere-recette_6034051_3234.html Les salaires des activités en Drive (vente à emporter) non concernés par le chômage partiel : https://www.lavoixdunord.fr/729300/article/2020-03-20/coronavirus-la-colere-de-patrons-de-restauration-rapide-prives-de-chomage Chômage partiel et vente à emporter : https://www.snacking.fr/actualites/tendances/4673-Chomage-partiel-attention-danger-La-restauration-rapide-pourrait-etre-exclue-du-dispositif/ > Formations en ligne https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/sauver-les-start-up-episode-2-jeunes-pousses-dans-la-crise-1192961 Frégate : https://app.livestorm.co/la-fregate/covid-19-and-restaurant-comment-anticiper-et-gerer-la-communication-de-sortie-de-crise Betterfly tourism : betterfly tourism Histoires de Goûts : https://www.histoiresdegouts-demain.com/page-d-articles/carnet-de-tendances-culinaires-2020-1

  • Retour sur le projet MAGPRO - Clés de réussites et impacts territoriaux des magasins de producteurs

    La revue Innovations Agronomiques de l'INRAE publie dans son dernier numéro un retour sur le projet MAGPRO (Clés de réussites et impacts territoriaux des magasins de producteurs) : Vendre ses produits en direct et en collectif dans un magasin de producteurs : adopter un projet collectif correspondant aux fermes, adapter les fermes au projet. Rouher L.*, Jaouen A.**, Jaeck M.**, Joly C.**, Kessari M.*** * AFIPAR ** Montpellier Business School *** MOISA, CIHEAM-IAMM, CIRAD, INRAE, Montpellier SupAgro, Univ Montpellier Résumé : Les magasins de producteurs sont en plein essor depuis le début des années 2000. Chacun est la combinaison singulière de plusieurs fermes membres de ce collectif de vente, porté par des personnes aux motivations et parcours variés, par des fermes aux structures, ressources et besoins différents. Les 17 partenaires du projet MAGPRO « clés de réussite et impacts territoriaux des magasins de producteurs » ont souhaité produire avec les producteurs, des outils et repères pour l’accompagnement de projets viables économiquement et humainement, intégrés à leur territoire. Cet article apporte des éléments de réponse sur ce que peut impliquer l’intégration d’une exploitation dans un magasin de producteurs à la fois pour le collectif et pour l’exploitation. Il montre des ajustements multiples, depuis l’émergence du groupe à la gestion courante de la structure collective de vente, entre le magasin et les fermes qui portent le projet : à la création d’un magasin, les producteurs qui s’associent ont des parcours individuels variés, le magasin a une place prépondérante parmi leurs circuits de commercialisation mais pour des motifs divers. Le groupe devra composer avec cette diversité. A l’heure des choix structurants, comme celui d’un rayon traditionnel viande, découpant les carcasses produites par ses membres, ce sont à la fois les dimensions relatives au projet collectif (ambition commerciale, investissements, composition de l’équipe salariée) et celles concernant chaque ferme (capacité d’approvisionnement, valeurs portées par les personnes...) qui doivent être prises en compte. Mais les exploitations connaissent des évolutions importantes à leur entrée dans un magasin de producteurs ; cela concerne en premier lieu l’organisation du travail, ou les coopérations engagées entre plusieurs producteurs pour approvisionner à plusieurs un même magasin, ce point étant traité ici pour le rayon légumes. Lire l'article Retour sur le projet : Toutes les ressources du projet MAGPRO sont disponibles sur le site du projet. Retrouvez dans notre rubrique dédiée aux projets finalisés une sélection de projets de recherche et de développement sur les chaînes alimentaires courtes de proximité.

  • Appel à retour d'expérience : manger au temps du coronavirus

    Cette période de crise du coronavirus est l'occasion de s'interroger sur la résilience de nos systèmes alimentaires. Pour aller plus loin dans cette réflexion, nous (voir la liste des initiateurs ci-dessous) souhaitons collecter de l’information « à chaud ». Il s’agit de documenter les influences sur nos comportements et sur l’organisation des chaînes alimentaires. Toutes les contributions sont les bienvenues, qu'elles concernent ce qui se fait à la maison autant que dans les lieux ouverts au public, ou les réflexions personnelles. Nous vous invitions donc à nous faire part de vos expériences vécues : - en répondant à ce questionnaire : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 - en partageant avec nous des documents (articles de presse, photos...) ou réflexions, à gilles.marechal@agrocampus-ouest.fr - en diffusant ce questionnaire autour de vous Merci pour votre aide et vos réflexions sur le sujet ! L’enquête “Manger au temps du coronavirus” a été initiée par des membres de l’Unité Mixte de Recherche Espaces et Société (C. Darrot, G. Maréchal), avec le cabinet coopératif Terralim (B. Berger, V. Bossu, T. Bréger, D. Guennoc, G. Maréchal, C. Nicolay), et les CIVAM de Bretagne (A. C. Brit), grâce à la stimulation du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de Belle-Île en Mer (G. Février) et l’association Fert'Île de Bréhat (F. Le Tron). Le bulletin de partage est rédigé collectivement par : Akermann G. (Inrae), Berger B. (Terralim), Bodiguel L. (CNRS), Brit A.C. (FR CIVAM Bretagne), Chiffoleau Y. (Inrae), Darrot C. (Institut Agro), Grimonpont A. (Greniers d'abondance), Lallemand F. (Greniers d'abondance), Maréchal G. (Terralim), Nicolay C. (Terralim), avec l'appui de F. Egal (Réseau des politiques alimentaires) et de D. Guennoc (Terralim), et sous la coordination éditoriale de Chiffoleau Y., Darrot C et Maréchal G. Sa réalisation est appuyée techniquement par Brit A.C., Lecouteux C., Muller T. et Peyrin F. L'initiative est soutenue par le RMT Alimentation locale, S. Linou, consultant résilience alimentaire, le Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales à Lille (S. Makki), l’association Résolis (H. Rouillé d’Orfeuil, M. Cosse) et H. Torossian, consultante en sécurité civile et résilience. Avec le soutien financier de la Fondation Daniel et Nina Carasso.

  • Covid-19 et Systèmes alimentaires, "Manger au temps du coronavirus" - Bulletin de Partage 1

    Alors que la décision de confinement s’annonçait, un groupe de personnes et d’organisations ont souhaité capter « à chaud » ce que la crise du coronavirus révèle, perturbe, provoque dans les systèmes alimentaires : depuis notre assiette jusqu’aux fermes d’où proviennent nos aliments, que ce soit à travers des circuits courts et locaux ou bien des chaînes d’approvisionnement lointaines. Producteurs, artisans, entreprises agroalimentaires, commerces de proximité, supermarchés, transporteurs.... tous sont mis à l’épreuve d’une crise sans précédent, qui les amène à s’adapter, à trouver des solutions, à inventer de nouveaux possibles. Nous comptons des représentants de la recherche, du développement agricole et rural, du monde associatif, de l’économie sociale et solidaire, tous liés par une expertise sur les systèmes alimentaires, locaux en particulier, depuis plus de 15 ans pour certains d’entre nous. Après des interrogations sur l’éthique de notre démarche, nous nous sommes fixé deux objectifs. D’une part et avant tout, capitaliser et diffuser très rapidement les bonnes idées et les points critiques qui nous sont signalés, pour entretenir une contribution aux dynamiques collectives d’adaptation, privées et publiques. D’autre part, dégager des pistes qui pourront, au sortir de la crise, nous aider à mieux assurer notre résilience alimentaire collective, c’est-à-dire la capacité de nos systèmes alimentaires, aussi bien locaux que globaux, à assurer la fourniture d’aliments en cas de perturbations, qu’elles soient sanitaires, climatiques, sociales... La crise sanitaire et économique du COVID-19 agit comme un accélérateur des dynamiques à l’œuvre : ce bulletin est destiné à les partager. Nous diffusons aujourd'hui le premier bulletin de partage (reprenant les témoignages du 15 au 24 mars) qui se compose de 6 rubriques que vous pouvez découvrir aux liens suivants : 1. Une situation alimentaire évolutive d’heure en heure 2. La ruée vers l’alimentaire en début de crise 3. Les chaînes d’approvisionnement alimentaire en tension 4. Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation 5. Des solidarités stimulées par la crise 6. De nouvelles relations entre acteurs autour de l’alimentation Il est également possible de télécharger le bulletin dans son intégralité ici : Télécharger le bulletin de partage n°1 Nous espérons être en mesure de diffuser un « bulletin de partage » toutes les deux semaines, pendant un temps qui sera déterminé par la durée des impacts liés à la pandémie, mais qui dépassera à coup sûr la période de confinement. Notre démarche veut servir ensuite à la recherche pour aller plus loin dans la compréhension, aux décideurs publics pour engager des politiques à tous les échelons, et à tous les acteurs des systèmes alimentaires pour renforcer leurs capacités. Nous avons privilégié l’expression spontanée de celles et ceux qui vivent la crise, et le champ des contributions couvre donc toutes les pratiques relatives à l’alimentation, depuis la production agricole et en passant par les diverses étapes du champ à l’assiette. Les contributions utilisées pour ce premier bulletin de partage nous ont été communiquées moins d’une semaine après le confinement, c’est à dire jusqu’au mardi 24 mars à 12 heures. Nous avions à cette heure récolté 131 expressions directes (sur le formulaire en ligne, par courriel ou sur les réseaux sociaux), réalisé 11 observations de terrain, consulté 13 autres sources (sites internet signalés, communiqués de presse) et dépouillé 92 articles de presse. Ce numéro, rédigé à plusieurs mains, dans l’urgence, privilégie la réactivité, et serait très perfectible. Il n’a été possible que grâce à l’inter-connaissance de ses rédacteurs liée à des années de travail en commun. Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Nous contacter : animation@rmt-alimentation-locale.fr L’enquête “Manger au temps du coronavirus” a été initiée par des membres de l’Unité Mixte de Recherche Espaces et Société (C. Darrot, G. Maréchal), avec le cabinet coopératif Terralim (B. Berger, V. Bossu, T. Bréger, D. Guennoc, G. Maréchal, C. Nicolay), et les CIVAM de Bretagne (A. C. Brit), grâce à la stimulation du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de Belle-Île en Mer (G. Février) et l’association Fert'Île de Bréhat (F. Le Tron). Le bulletin de partage est rédigé collectivement par : Akermann G. (Inrae), Berger B. (Terralim), Bodiguel L. (CNRS), Brit A.C. (FR CIVAM Bretagne), Chiffoleau Y. (Inrae), Darrot C. (Institut Agro), Grimonpont A. (Greniers d'abondance), Lallemand F. (Greniers d'abondance), Maréchal G. (Terralim), Nicolay C. (Terralim), avec l'appui de F. Egal (Réseau des politiques alimentaires) et de D. Guennoc (Terralim), et sous la coordination éditoriale de Chiffoleau Y., Darrot C et Maréchal G. Sa réalisation est appuyée techniquement par Brit A.C., Lecouteux C., Muller T. et Peyrin F. L'initiative est soutenue par le RMT Alimentation locale, S. Linou, consultant résilience alimentaire, le Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales à Lille (S. Makki), l’association Résolis (H. Rouillé d’Orfeuil, M. Cosse) et H. Torossian, consultante en sécurité civile et résilience. Avec le soutien financier de la Fondation Daniel et Nina Carasso. Date d’édition : 31/03/2020

  • Bulletin de Partage 1 - Les chaînes d’approvisionnement alimentaire en tension

    Les chaînes d’approvisionnement, qu'elles reposent sur la proximité ou sur des organisations en filières longues, connaissent des difficultés communes, et partagent parfois des solutions de même nature. Les unes comme les autres ont à inventer des solutions d'urgence pour réorganiser leur logistique, adoptent des modes de distribution qui limitent les temps de contact, et constatent la fluidité de leurs clients vers l'un ou l'autre mode. (Re)trouver des débouchés Les restaurants, commerciaux et collectifs, ont fermé ou grandement réduit leurs activités. Leurs fournisseurs se retrouvent à devoir écouler leurs stocks, qu’ils soient producteur individuel, ou grossiste sur le marché de Rungis. Pour faire face à ces stocks disponibles et périssables, des systèmes alternatifs de distribution, souvent solidaires, se sont inventés sur le tas : achats groupés d’habitants, ventes flash de produits supplémentaires en AMAP, initiatives d’entreprises de la logistique amont des circuits courts (La Charrette, Mes producteurs Mes cuisiniers...), mais aussi dans les circuits longs : sur le marché de Rungis, “Intermarché qui est peu présent normalement s'est manifesté pour racheter des produits laissés pour compte” (Ouest France, 21 mars 2020*). Des chaînes de solidarité se sont formées pour réduire le gâchis alimentaire dans le contexte de fermeture des restaurants et des cantines et concernent tout autant les circuits courts que des chaînes plus longues, avec des solutions similaires. Par exemple une crêperie, via une annonce diffusée sur les réseaux sociaux, propose, suite à l'obligation de fermeture, de vendre à prix modique les denrées alimentaires périssables composant ses stocks, et les restaurants Flunch les distribuent à leurs employés. Les producteurs livrant restaurants et restauration collective sont les premiers à subir la crise : “depuis samedi, ils [les producteurs] ont des décommandes de la part des restaurants, restauration collective, et certains marchés sont annulés. Ils se retrouvent donc avec des produits frais en surplus (fromages, fruits et légumes..)”. La plupart se sont adaptés en faisant des systèmes de paniers pour les particuliers ou en approvisionnant leurs clients commerçants plusieurs fois par jour depuis la veille du confinement. Des entreprises leur proposent des solutions logistiques : Ils passent donc leur temps sur la route à livrer aux 4 coins du département. Nous sommes en train de recenser les besoins les plus fréquents pour mettre en place des tournées de livraisons vers les commerçants. Entreprise de solutions logistiques pour les producteurs en circuits courts, 18 mars. D’après l’un des témoignages recueillis, repris par la presse, un producteur de yaourts, face à 15 000 pots décommandés initialement prévus pour la restauration collective, en a vendu la moitié en quelques heures à la ferme grâce à un appel lancé sur les réseaux sociaux. Une cuisine centrale a aussi donné une partie de ses stocks de laitages et d’omelettes à l’aide alimentaire et aux consommateurs locaux via les AMAP et coopératives de consommateurs. Livraison et Drives ont le vent en poupe, que ce soit dans les circuits courts ou longs Les systèmes de commande en ligne direct producteur ont le vent en poupe : ils existaient déjà en nombre, mais d’après les témoignages recueillis, beaucoup de producteurs qui n’en avaient pas ont rapidement - avec leurs consommateurs - improvisé des systèmes de vente à la ferme avec précommande par téléphone ou mail, de drive / ecodrive, ou bien créé des sites internet de commande (témoignages en Drôme, Ille et VIlaine, Cantal). Ainsi, dans le Perche, la crise a permis au groupe “les paniers perchés” de faire aboutir son projet collectif dans un temps record. Dans les commerces classiques, “Entre le 9 et le 15 mars, les ventes de drive ont augmenté de 61% et l'e-commerce de 90%. Face à ce fort engouement, des modes de livraison alternatifs, comme la livraison collaborative, commencent à être fortement mobilisés.”(LSA, 20 mars 2020**). De jeunes entreprises de livraison coopérative, qui travaillent avec la grande distribution, comme Shopopop ou Yper, ont vu leur activité fortement augmenter, mais aussi reçu des sollicitations de commerces locaux “tels que les traiteurs ou les boulangeries”. Des consommateurs qui changent leurs habitudes et croisent les circuits Des témoignages ont été reçus de la part de consommateurs fréquentant principalement des circuits courts et qui déclarent s’être tournés davantage vers la grande distribution ou vers des détaillants plus classiques (pas bio, pas local). “Pour la première fois, je me dis « Avec ces histoires de confinement, il va falloir revoir nos critères d’achat, si on trouve à manger, ce sera déjà bien.»” (consommatrice, 20 mars 2020). “Nous faisons le constat que pour respecter le confinement, nous sommes beaucoup moins "stricts" sur nos achats. Nous privilégions les commerces locaux (Grandes surfaces) plutôt que de faire 25 km pour nous approvisionner en « bio »". Nous vivons bien ce choix .” (22 mars 2020). “Obligation de faire ses courses dans magasin de chaîne de supermarché en raison des restrictions de circulation. Ceci au lieu de marchés et des producteurs locaux” (20 mars 2020). Au contraire, certains clients des circuits courts, qui achetaient uniquement les produits complémentaires en grande surface, ont diminué voire supprimé leurs achats en supermarché : “J’ai cessé d’aller dans les supermarchés, car les files d’attente à l’entrée sont très longues et au final je perdais beaucoup de temps.” (18 mars 2020) “Depuis longtemps nous donnons une importance au circuit court, mais avec la crise du coronavirus, nous allons au plus près pour nous nourrir : boulanger et boucher/charcutier à 2,5 km, verger avec produits locaux (fruits, légumes, viandes, fromages, jus de fruits, bières...) à 7 km. Le bio n'est pas indispensable, mais c'est un plus. Le seul changement est que nous allons moins chez les grands distributeurs.” (23 mars 2020) “La situation de confinement change peu nos habitudes, l'AMAP continue à livrer et le marché est maintenu. Nous avons juste diminué notre fréquence d'achats afin de limiter nos déplacements et essayons d'acheter le moins possible en supermarché pour soutenir les producteurs locaux.” (23 mars 2020) Relations consommateurs - commerçants : entre liberté d’acheter et traitement individualisé, de la qualité à la quantité Certaines supérettes et autres commerces insérés dans les circuits longs ont adopté des règles concernant la consommation individuelle : limitation des achats (maximum trois exemplaires d'un produit, ou “5 kg de patates par client maximum” chez ce primeur des Bouches-du-Rhône), horaires spéciaux réservés aux personnes vulnérables, etc. Ils ont également parfois mis en oeuvre des pratiques jusqu’ici utilisées par les systèmes de vente directe, comme la préparation de paniers tout faits, notamment pour les produits frais. Ce mode de distribution permet de limiter le temps d’exposition lors de l’échange. Les acteurs des circuits longs ont dû gérer le premier mouvement de panique sur les stocks et, comme le montrent certains témoignages, faire face parfois à des incivilités : consommateurs qui se servent directement sur les palettes avant le réassort (observation le mardi 17 mars, juste avant le confinement), agressivité (“[le gérant] s'est fait incendier, le client voulait absolument ses 50 kg de patates”, témoignage d’un consommateur près de Marseille “), vols de cagettes au Marché d’Intérêt National de Marseille... De leur côté, les acteurs des circuits courts ont vu un changement de préoccupations chez leur clientèle; Par exemple dans ce magasin bio vrac et cette AMAP, il y a “moins d’ambiance”, moins de discussions sur les produits. “La présentation du stand : ça ne compte plus”. Les clients veulent des paniers de produits base, “un peu dans l'urgence”. Ce relatif désintérêt pour la qualité au sens large se retrouve dans un autre témoignage qui nous indique que dans un supermarché, pour certains produits “il ne restait parfois que des produits bio.” Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 4. Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation

  • Bulletin de Partage 1 - Les circuits courts et de proximité : maintien du lien et adaptation

    Avec plusieurs débouchés supprimés, certains points de vente fermés subitement et des ventes qui fluctuent fortement, les acteurs des circuits courts montrent une grande capacité d’adaptation mais s’interrogent sur la gestion de la logistique et de la production à venir. Les circuits courts sont particulièrement affectés par la crise du coronavirus, avec de multiples questionnements, de la production à la distribution. Si, au début de l’épidémie et du processus de confinement, c’est le maintien de la distribution qui a fortement posé question, très vite, les questions de logistique et d’organisation de la production sont apparues toutes aussi prégnantes. « Dès le début, de nombreuses interrogations pour les producteurs en circuits courts, les marchés vont-ils être maintenus ? Si non, les clients viendront-ils jusqu’à la ferme ? Si oui, comment organiser son temps entre vente et production ? Plus : problème car les ventes pour les circuits courts reposent sur l’humain et dans ce cas il y a le risque de tomber malade. » Producteur de semences bio, Bretagne, 15 mars 2020 Les agriculteurs doivent réorganiser leur temps de travail pour attribuer plus de temps à la logistique et à la distribution et souvent inclure de nouvelles contraintes personnelles (garde des enfants) mettant en péril leur capacité à faire perdurer l’offre dans les mois à venir. Ils ont par ailleurs la responsabilité de protéger leurs clients avec qui ils ont un contact direct alors que les contacts sont nombreux et également de se protéger eux-mêmes. « Les enfants à garder à la maison, donc moins de temps à passer avec les bêtes et les fruits et plantes aromatiques. Pourtant c’est la pleine période pour désherber, sarcler, pailler, planter, semer…» Éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020 Production La production, déjà menacée par un hiver doux et humide favorisant le développement de parasites, est ainsi impactée dans un moment particulièrement critique (mois de mars et avril) où il est nécessaire de passer du temps dans les fermes pour récolter les légumes de printemps et semer pour l’été. Si plus de temps est attribué à d’autres activités, il faut alors trouver de l’aide dans un contexte contraint : impossible de faire appel à des parents plus âgés qui sont une population à risque et report des stages avec les étudiants en école d’agriculture. Certains agriculteurs ont pu faire venir plus tôt de la main d’œuvre saisonnière tandis que des habitants se manifestent pour en aider d’autres mais en prenant en compte qu’augmenter le nombre de personnes augmente le risque sanitaire pour les travailleurs, y compris le chef d’exploitation « et cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades » (membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020). « cela serait catastrophique si les chefs d’exploitation étaient malades » Membre collectif agricole, Bretagne, 22 mars 2020 Les éleveurs et maraîchers avec des surplus s’interrogent sur la transformation de leurs produits. Les premiers craignent la fermeture de certains abattoirs : « si à l’avenir on ne peut pas faire abattre les agneaux, il faut continuer à nourrir les animaux, ce qui entraîne des frais supplémentaires pour les éleveurs. » (éleveuse de moutons, Bretagne, 22 mars 2020), les seconds aimeraient pouvoir transformer à moindre coût les surplus ou hors-calibre pour ne rien jeter en période de crise mais ne disposent pas toujours de structures adéquates à proximité. Logistique Pour certains acteurs, « cette période montre que la production n’est pas un frein mais que c’est la logistique le plus grand frein en circuit court » témoignage d’un acteur de la logistique pour les circuits courts, 18 mars Pour répondre à cette problématique, plusieurs types d’acteurs proposent des services pour faciliter la logistique pendant la crise. Ainsi : - des collectivités ouvrent des répertoires de producteurs locaux à destination des consommateurs, à l’échelle communale (sites municipaux), départementale (Gard) ou régionale (Occitanie). Certains sont renseignés de façon participative. - d’autres cartes participatives sont proposées directement par des particuliers, associations ou entreprises (autour de Lyon, par exemple). - l’association “mes Producteurs mes Cuisiniers” propose l’utilisation gratuite de sa plateforme pendant 3 mois, permettant aux producteurs de créer facilement un espace de vente en ligne ou de créer des espaces de distribution communs avec d’autres. - l’association Cagette.net propose un kit d’urgence (logiciel libre) pour créer rapidement un drive producteurs. Avec le confinement, de nombreux consommateurs souhaitent se faire livrer, ce qui demande une logistique particulière aux producteurs. Certains ont témoigné avoir choisi de recourir à des prestataires extérieurs : « une livraison à domicile à partir de la semaine du 23/03, dans un rayon de 15 km, en partenariat avec une société de taxi ardennaise. Le taxi va livrer un secteur quand il y a une dizaine de commandes, avec un coût de transport de 7,5€ / commande. » (magasin de producteurs, Grand Est, 20 mars). D’autres choisissent de mettre en place la livraison pour leurs clients habituels sans leur facturer : « je réfléchis à un service de livraison à partir de la semaine prochaine afin de limiter la circulation des personnes, vaut mieux une personne qui se déplace plutôt que plusieurs dizaines, il n’y aura pas de surplus de prix par rapport au marché ni frais de livraison simplement un prix minimum » (maraîcher, Bretagne, 20 mars 2020). Distribution Concernant l’impact de la crise du coronavirus sur les ventes, nous avons reçu des témoignages variés de la part des acteurs des circuits courts, montrant qu’il n’y a pas de règle générale. Une forte augmentation des ventes a été observée par plusieurs collectifs de distribution de paniers ou des magasins de producteurs au début du confinement. Cependant, de nombreux clients ayant fait des réserves, le niveau de commande risque selon eux de stagner par la suite. Par ailleurs, tandis que certains clients déclarent continuer à aller au marché ou au magasin de producteurs par militantisme, d’autres se sont orientés vers les drives de GMS jugés plus sûrs compte tenu de la forte affluence dans les lieux en circuits courts. Les témoignages font également remonter l’observation de marchés peu fréquentés, amenant les exposants à s’interroger sur la gestion de leur surplus. Dans cette période de début de confinement, les acteurs des circuits courts basés sur le littoral ou dans les îles, en particulier, sont sous forte tension, du fait de l’afflux de “réfugiés sanitaires” : à Bréhat par exemple, le stock de pommes de terres et de légumes produits localement a été presque totalement écoulé dès le début de semaine. Selon les témoignages recueillis, certains producteurs ou intermédiaires de systèmes de paniers sur commande en zone littorale ont eux choisi de “rationner” en n’ouvrant les commandes qu’aux habitués plutôt qu’aux très nombreux propriétaires de résidences secondaires ayant rejoint le territoire pour la durée du confinement et souhaitant profiter de l’opportunité de ces commandes sans qu’une telle demande ait pu être anticipée. La distribution est également au cœur des interrogations pour les circuits courts en raison d’une grande versatilité de la décision publique : annulation des marchés par certains maires, demande d’assurer les marchés par les préfectures… (notez que ce texte ne reprend que les informations reçues jusqu’à la date du 24 mars 2020, donc avant la décision nationale de fermeture). Des inquiétudes ont porté sur les risques sanitaires liés à la distribution des aliments : un nombre important de témoignages porte sur ces interrogations et sur des ajustements improvisés dans ce contexte incertain, tant concernant les circuits courts que dans l’artisanat alimentaire qui fait face aux mêmes problématiques : “La boulangerie du quartier ferme! Le boulanger a décidé, face au "manque de civisme de certains clients" de fermer. Il a affiché un courrier sur la porte et explique en avoir assez "des remarques concernant le port de nos masques qui selon certains "ne servent à rien car pas à la norme covid 19"; des remarques "concernant le manque de pain à partir d'une certaine heure car d'autres ont acheté en importante quantité sans commander" (Nantes, 19 mars 2020) ; “Les commerçants ont adapté leurs stands : port de gants, mise en place de cagettes pour marquer les espaces à respecter entre les gens dans la file d'attente, cagettes toutes prêtes pour limiter le temps d’attente” (témoignage sur le marché de Foix, le 20 mars). Selon les témoignages recueillis, confirmés par la presse, de nombreux producteurs en vente directe se mettent à proposer des paniers ou des livraisons plutôt que la vente sur les marchés pour éviter la foule. "Les commerçants ont adapté leurs stands : port de gants, mise en place de cagettes pour marquer les espaces à respecter entre les gens dans la file d'attente, cagettes toutes prêtes pour limiter le temps d’attente” témoignage sur le marché de Foix, le 20 mars Par conséquent de nombreuses actions spontanées ont été mises en place pour garantir la sécurité de tous sur les lieux de vente en circuits courts : port de gants, masques, service par les personnes du stand, mise en place de marquage au sol pour les files d’attente, proposition de créneau spécifiques pour les personnes fragiles, pour le personnel soignant, limitation du temps d’attente par la réalisation de paniers… Ces initiatives ont été diffusées via des guides de bonnes pratiques ou des FAQ fournies par certaines structures d’appui (GAB, FRAB, Chambre d’agriculture, CIVAM…). Certains témoignent toutefois d’un « besoin d’être aidés sur ce points car certains clients prennent les marquages au sol à la rigolade » (producteur, Bretagne, 18 mars 2020). Pour les AMAP ou distribution de paniers, certains lieux de distribution habituels ont fermé. D’après les témoignages recueillis, certaines communes ont alors mis des locaux à disposition pour la distribution. « Au moins 2 communes en Bretagne ont autorisé de manière exceptionnelle l'ouverture temporaire pour la distribution de paniers ce vendredi soir. Des consignes sont données : Les précautions qui s'imposent seront strictement appliquées pendant l'échange (distance, contacts…). » (bénévole d’une association, Bretagne, 19 mars 2020) Les remontées de terrain soulignent l’importance de l’aide des bénévoles, des acteurs de l’accompagnement et des collectivités pour contribuer à trouver des solutions rapidement. Partage d'informations et soutien Les témoignages font état de beaucoup de soutien et d’échanges entre producteurs et consommateurs dans les circuits courts, facilités par une interconnaissance et des prises de contact (numéros, mails, réseaux sociaux) antérieures. Ces prises de contact permettent aux producteurs de joindre facilement leurs clients pour les prévenir de changements (horaires de ventes, mises en place de paniers…) ou pour les solliciter en cas de problème. Un groupement d’achat a notamment permis d’écouler rapidement le surplus d’un producteur suite à l’annulation d’une commande importante de la restauration collective. « Je voulais vous remercier pour les commandes passées, vous aidez mon entreprise et mon moral à tenir le choc » pépiniériste, Bretagne, 20 mars Les témoignages montrent comment ce lien permet de soutenir les producteurs et de les valoriser dans ce moment difficile pour tous, où ils subissent beaucoup de pression : maintenir leur production, approvisionner leurs clients et garantir la sécurité de tous. « Je voulais vous remercier pour les commandes passées, vous aidez mon entreprise et mon moral à tenir le choc » (pépiniériste, Bretagne, 20 mars). A l’inverse, dans cette période de crise, les acteurs des circuits courts peuvent à la fois rassurer les consommateurs et montrer l’importance de la consommation locale : « [les consommateurs ont] Beaucoup d'inquiétude quant à la disponibilité des stocks, ce qui est aussi l'occasion pour nous de replacer l'importance de consommer local auprès de nos clients. Ex : "nous n'aurons pas de rupture d'approvisionnement en œufs, la ferme est située à 500 m du magasin!"... Notre objectif étant de changer les comportements sur le long terme, période de confinement ou non. L'alimentation locale (à 40 km de moyenne du lieu de vente) et en majorité Bio révèle en cette période toute son importance. » (employé d’un magasin à la ferme) Pour proposer de nouvelles observations : https://framaforms.org/appel-a-retour-dexperience-manger-au-temps-du-coronavirus-1584194374 Edito et présentation | Article suivant : 5. Des solidarités stimulées par la crise

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