A l’heure du déconfinement, c’est l’occasion de dresser un bilan et de nombreux consommateurs confirment leur intérêt pour les produits locaux et les circuits courts. Si certains arrivent à conserver ces modes d’achat, d’autres se disent contraints de revenir à leurs pratiques d’avant..

mais pas tout à fait comme avant.


En matière d’approvisionnement, là aussi, l’heure est au bilan : comment a-t-on fait ses courses pendant le confinement ?


« Comme d’habitude », réaffirment certains :

« Nous nous sommes approvisionnés de la même façon que d'habitude : marché (en grande partie bio, resté ouvert), Biocoop, paysans locaux et un petit supermarché pour ce que nous ne trouvons pas ailleurs ou qui est trop cher pour notre budget en bio. Ce qui a changé c'est que nous avions plus de temps pour cuisiner, donc nous avons encore mieux mangé que d'habitude ! »

(consommatrice, Ile-et-Vilaine, 17 mai)


« Habitant en milieu rural isolé sur une commune qui possède une épicerie associative de produits bio et locaux, cela n'a rien changé à mes habitudes. »

(consommateur, Côtes d’Armor, 22 mai).


Ces achats se sont même renforcés ou élargis pour beaucoup de consommateurs déjà inscrits dans ces modes d’achat :

« plus de cuisine maison, du bio et du local au maximum »

(consommatrice, Marseille, 23 mai) ;


« j'ai voulu soutenir un magasin de vrac où je vais d'habitude acheter mes shampoings etc., le soutenir et aussi aller plus loin dans ma démarches zéro déchets, j'ai commandé un lot de papier toilette et des tablettes pour le lave-vaisselle »

(consommatrice, Toulouse, 20 mai).


Parmi ceux qui consommaient déjà bio et/ou local, certains rappellent toutefois avoir eu du mal à maintenir leurs approvisionnements dans les mêmes conditions qu’avant la crise, fait déjà abordé lors d’un bulletin de partage précédent :


« Consommatrice de longue date de produits de saison, bio, locaux, bruts ou peu transformés, le confinement a brutalement mis entre parenthèses ce mode de consommation. Mes magasins habituels étant trop éloignés, je me suis tournée vers les rares offres internet de ma ville. Elles étaient saturées et horriblement chères. Résultat, je me suis rabattue sur le primeur en bas de chez moi, tout sauf local, de saison ou bio, mais avec le mérite d'être là et sympathique »

(consommatrice, département 06, 24 mai).


« Nous nous approvisionnons régulièrement dans un magasin Biocoop de notre quartier pour tout le reste, or pendant cette période, le magasin était souvent en rupture (sans doute une augmentation de la conso et des problèmes d'approvisionnement) et le nombre limité de personnes dans le magasin demandait un temps long avant de pouvoir rentrer dedans. Nous nous sommes donc rabattus sur les rayons bio des Casino et autre Super U de notre quartier qui eux, étaient un peu mieux organisés. »

(consommateur, Lyon, 8 juin).


Même en AMAP, parfois, c’est l’offre qui a manqué, ce qui a déçu certains adhérents :

« Pendant toute la durée du confinement, nous avons aussi manqué d’œufs : trop de ventes à la ferme, la productrice ne pouvait plus assurer les livraisons à l’AMAP. Pourtant, nous avions signé les contrats 5 mois avant, les œufs étaient déjà payés… Au final, nous avons eu l’impression d’être la variable d’ajustement pour certains producteurs. La solidarité producteur-consommateur, au cœur de l’AMAP, nous a paru être à sens unique. Bien sûr, ça n’a pas été le cas avec tous les producteurs. Notre productrice de fromages de chèvres par exemple nous a expliqué avoir refusé beaucoup de ventes à la ferme pour assurer les livraisons déjà engagées. » (consommateur en AMAP, Isère, 8 juin).


Ces témoignages viennent surtout confirmer que les produits locaux ont intéressé une population large, comme nous l’avions souligné dans les bulletins de partage précédents. Notamment, une population qui mangeait surtout bio, quelle que soit l’origine du bio, a voulu reporter une partie de ses achats vers des produits locaux ou a minima français :

« Nous n’avons pas beaucoup changé nos habitudes : manger bio, favoriser les achats dans les magasins bio spécialisés. Par contre nous avons été plus vigilants sur l’origine des produits. En renonçant parfois d’acheter des légumes s’ils venaient d’Italie ou d’Espagne. »

(consommatrice, Marseille, 23 mai).


Par contre, le local n’est pas toujours à la hauteur des attentes de ces consommateurs de bio :

« Nous avons testé des productions locales suite à la décision de producteurs locaux de s'auto-organiser mais n'avons pas renouvelé car il s'agissait de tomates et fraises sous serre, peu intéressantes gustativement et dont le mode de production energivore ne nous semble pas écologique au final. »

(consommateur, Rennes, 16 mai).


L’intérêt va toutefois bien au-delà de ces consommateurs de bio, comme le confirme un agent de la Métropole de Grenoble, où des enquêtes ont été menées auprès de tous les commerçants :

« Nous avons constaté la très forte demande en direction des produits locaux dans tous les canaux de distribution. C’est aussi pourquoi, cette période de crise a pu également apparaître comme une opportunité pour accélérer certains changements de comportement alimentaire et développer le « manger local de qualité » (20 mai).

Beaucoup de personnes ne consommant pas forcément, ou peu de produit locaux, de saison, en circuits courts, ont en effet pu profiter des livraisons de produits mises en place, par exemple « par l'intermédiaire de voisins connus lors des applaudissements du 20 h. » (consommateur, 39 000, 3 juin), et ce, avec satisfaction : « Pendant le confinement, tout un réseau de distribution s'est mis en place dans notre quartier: livraison de légumes et de plants de légumes via un ami du quartier qui a un copain maraicher, commande groupée pour une vingtaine d'habitants de notre quartier de fromages de chèvres, commande et livraison de poissons via un ami du quartier qui a un copain pêcheur. Le pêcheur gagne plus qu'en vendant sa pêche au Leclerc et nous on achète du poisson hyper frais moins cher que chez le poissonnier. Nous avons mangé pour la première fois de notre vie du homard, des seiches. Cette proposition a rencontré une demande très forte en très peu de temps. On est passé d'un groupe de 7 personnes à un groupe de 20 personnes en l'espace de 2 semaines. Et encore, en freinant un peu pour d'abord tester la capacité du pêcheur à vendre en direct. […] Nous avons très bien mangé pendant le confinement. Des produits frais, locaux. Le top : la livraison à domicile! ou dans la rue d'à côté. » (consommatrice, Côtes d’Armor, 28 mai).

Cela n’a pas toujours été facile, néanmoins, ce qui témoigne aussi du potentiel de développement de la consommation locale mais aussi de la consommation groupée :

« Nous avons essayé de nous associer avec des voisins pour augmenter le local dans notre alimentation, mais nous n'avons pas pu trouver une manière de faire qui soit efficace et efficience. Nous avons donc continué nos pratiques individuellement familiales. »

(consommatrice, Bouches-du-Rhône, 3 juin).


Une des principales questions est alors de savoir si ces habitudes d’achat, nouvelles ou renforcées, peuvent se maintenir dans le temps et déjà, à court terme, pendant la période de déconfinement ; des achats qui incluaient également, comme nous l’avions montré dans les bulletins précédents, un recours plus important aux commerces de proximité, supérettes mais aussi bouchers, primeurs... Pour certains, pour l’instant, ça dure : « J'ai beaucoup acheté, encore au supermarché, mais la proportion de produits locaux, achetés au marché ou paniers regroupement a augmenté et reste de même proportion après confinement. Aujourd'hui, je dois consommer 90% de produits frais issus des producteurs locaux ou bio revendus par le marché local (bananes, agrumes). Je continue à prendre des produits non transformés au supermarché pour continuer dans l'élan de la cuisine maison, mais j'ai moins le temps » (consommatrice, 41150, 2 juin). Pour d’autres, par contre, maintenir ces achats n’est pas si simple à l’heure du déconfinement : « Il est difficile de se procurer de la viande chez le boucher. Plus difficile que pendant le confinement. Il dit que cela vient du fait qu'il a plus de clients, et que les appros sont tendues. » (consommatrice, Gard, 20 mai).


Beaucoup, surtout, regrettent l’arrêt des livraisons à domicile, y compris ceux qui fréquentaient les marchés et qui, dans cette période de déconfinement en tout cas, ont moins envie d’y retourner : « [Pour nous, pendant le confinement] Accentuation de la volonté de fonctionner en circuits courts et proches producteurs locaux. Bémol : depuis le déconfinement, la livraison n'a plus lieu, et obligation d'aller au marché le dimanche à Plélan (plus de monde, attente, moins de relations) Avantage +++ livraison à domicile ou sur un point de collecte autre que marché. » (consommatrice, Ile-et-Vilaine, 26 mai). D’autres témoignages, côté producteurs, viennent confirmer que l’arrêt des livraisons et le retour sur les marchés ont diminué la clientèle, même si celle-ci reste encore, en général, plus importante et plus diverse qu’avant la crise. Les drives fermiers peuvent alors constituer un compromis : « Il a été constaté par les producteurs avec lesquels je suis en contact, que la clientèle des drives fermiers a commencé à diminuer avec la fin du confinement (retour vers les GMS) mais qu'une partie de la nouvelle clientèle arrivée grâce à la crise commence à être fidélisée. C'est une clientèle de trentenaires, sensibilisés au thème des circuits courts, n'ayant pas l'habitude de fréquenter les marchés et souhaitant s'approvisionner en produits locaux d'une façon plus adaptée à leur quotidien (utilisation du numérique, rapidité, offre de produits concentrés à un même endroit). La demande en produits évolue, les circuits-courts doivent s'y adapter. » (observatrice, 28 mai, Alpes Haute Provence).


Enfin, même si on ne peut pas facilement poursuivre ses achats en circuits courts, la crise a suscité d’autres pratiques qui sont plus faciles à maintenir : regarder l’origine des produits dans les magasins, par exemple, comme évoqué précédemment ; « prévoir la quantité d'aliments nécessaires entre deux achats, pour n'acheter que ce qui est nécessaire. Conséquence, un frigo moins plein, et surtout quasiment aucune perte d'aliments frais. » (consommatrice, Département Côtes d’or, 20 mai) ; « Meilleure gestion des courses alimentaires, liste faite à partir des menus et non pas l’inverse = moins de gaspillage. » (consommatrice, Rennes, 20 mai). Ou bien encore, pour conclure ce chapitre, une « prise de conscience de la « futilité » d’une partie importante de mes habitudes d’achats. » (consommateur, département du Maine et Loire, 20 mai).

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